Archives de la catégorie ‘Actus’

Par Kamal Eddine Saindou, Journaliste

Le journaliste Kamal’Eddine Saindou

Je m’incline devant la mémoire de notre confrère décédé ce 26 décembre. J’adresse mes condoléances attristées à la famille de l’homme de média et je m’associe dès à présent à toute forme d’hommage qui peut provenir des organisations professionnelles.

Mais je suis trop en colère pour verser des larmes. En colère contre la culture de la fatalité légitimant des drames qui auraient pu être évités. Hadji Hassanaly était diabétique. Il est mort des complications postopératoires à la suite d’une amputation au pied. C’est cette cause directe du décès qui doit nous interpeller parce qu’elle soulève la défaillance de la prise en charge médicale dans ce pays, pour les diabétiques bien sûr, mais pas seulement puisque récemment, un patient est décédé dans de circonstances analogues (complications postopératoires) pour une toute autre pathologie. (suite…)

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Par Faïssoili Abdou

Azali Assoumani, président de l’Union des Comores. Photo d’archive

« Un bon stratège », l’ancien diplomate qui s’exprime ainsi parle du colonel Azali qu’il a vu très détendu quelques heures avant de commettre son coup d’Etat de 1999. « Il n’avait rien laissé transparaître dans son comportement », ajoute-t-il. Plus qu’un stratège, le colonel nous apparaît comme un surfeur chevronné. Il a déjà fait ses preuves tout au long de son parcours politique au cours duquel il a toujours profité des vagues pour s’imposer.

1999, 2002, 2016…Voilà les plus grandes dates du parcours politique du colonel Azali, ancien officier et chef d’Etat major de l’armée comorienne qui a investi par effraction la scène politique comorienne le 30 avril 1999 à la faveur d’un coup d’Etat. Un putsch présenté alors comme une simple  « interposition de l’armée » décidée, selon ses meneurs, afin d’éviter au pays de « sombrer dans le chaos et l’anarchie ». Pourtant, des témoignages de certains observateurs et acteurs politiques de l’époque indiquent plutôt que la chasse aux Anjouanais déclenchée à Moroni quelques jours avant le coup d’Etat de l’armée, était encouragée dans l’ombre par le chef d’Etat major lui même qui prétextera ensuite de ces troubles pour s’imposer au pouvoir. Un pompier pyromane, en somme.

Alors qu’il avait promis de remettre le pouvoir aux civils l’année suivante, le chef militaire changera d’avis quelques mois plus tard en annonçant dans les médias qu’il avait pris le pouvoir et qu’il comptait bien y rester. J’y suis, j’y reste. « Ri fakuwa Nga rendeleyao ; entendez, nous avons pris le pouvoir et nous restons », déclara-t-il alors. (suite…)

Par Faissoili Abdou

Une vue des participants au Congrès Juwa

Nous publions ci-dessus un petit concentré des événements politiques les plus marquant de la semaine passée.

Le Juwa face au supplice chinois du régime Azali

Le week-end dernier, le parti Juwa de l’ancien Président Ahmed Abdallah Sambi a réussi à organiser son premier congrès malgré la volonté clairement affichée du ministère l’intérieur de vouloir empêcher cet événement important dans la vie d’une formation politique.

Les Sambistes ont donc pu renouveler les membres du bureau de leur parti et tracer de nouvelles lignes directrices de leur Mouvement. Ce fut ainsi, l’occasion pour le président d’honneur du Juwa d’appeler ses partisans à resserrer les rangs pour pouvoir  jouer pleinement leur rôle d’opposant au régime en place et aussi se préparer pour affronter les échéances électorales à venir à commencer par les législatives de 2019.

En réussissant, donc,  à organiser son congrès sans anicroche, le Juwa est arrivé du même coup à conjurer les démons de la division qui guettent ses rangs depuis les dernières élections présidentielles.

En effet, après l’échec de leur candidat à l’issue des primaires, le parti s’est divisé sur le choix du candidat à soutenir parmi les trois arrivés en tête. Alors que la préférence des candidats Juwa s’étaient penché sur Azali , certains membres du bureau exécutif  national  s’en étaient farouchement opposés. Un  bras de fer s’engagea alors entre les deux camps Juwa et faillit emporter le parti. Il a fallu des longs mois d’intenses discussions pour pouvoir recoller les morceaux et arriver ainsi à une réconciliation entre les différentes tendances du parti. La rupture de l’alliance entre les anciens candidats Juwa et le chef de l’Etat Azali Assoumani y a certainement beaucoup contribué à cet apaisement au sein de la formation politique.

L’histoire retiendra que depuis l’arrivée  du Colonel Azali,  pourtant soutenu par la grande majorité du Juwa, au pouvoir en mai 2016 et avant même que la rupture fracassante de cette alliance décidée par le chef de l’Etat lui même,  le Juwa a subi plusieurs déconvenues. De l’annulation de l’élection du  Conseiller de l’île (Juwa) de la circonscription de Adda par la Cour constitutionnelle suivie par la validation l par la même haute juridiction de la liste controversée des trois Conseillers de l’opposition comme représentant du Conseil de l’île de Ndzouani à l’Assemblée de l’Union au détriment de ceux du Juwa, les Sambistes en ont vu de toutes les couleurs.

A croire que leur alliance avec le président Azali leur a apporté la poisse. Alors qu’ils croyaient, enfin, continuer tranquillement leur rôle d’opposant au régime en place après leur rupture au mois de juillet dernier, voilà que le pouvoir Azali s’est rappelé à leur souvenir en voulant empêcher la tenue de leur Congrès sous un prétexte fallacieux consigné dans un circulaire visiblement bricolé à la hâte par le cabinet du ministère de l’intérieur. Quelques jours auparavant c’est le chef de l’Etat en personne qui, dans un meeting à Bimbini, aurait recommandé un de ses Conseillers à la Présidence, un membre du Juwa passé depuis avec armes et bagages dans le camp Azali d’intégrer au plus vite  la Crc (parti au pouvoir) car le Juwa (soleil) va bientôt se coucher… Une déclaration qui semble expliquer les coups portés régulièrement au parti de l’homme au turban vert. Un vrai supplice chinois. Jusqu’où cela va nous mener?

Et aussi…

Les Assises de la discorde…

Membres du comité de pilotage des Assises nationales

Lundi, 13 novembre dernier, le Chef de l’Etat Azali Assoumani  a procédé à l’investiture du comité de pilotage des Assises Nationales (Cpan). Un comité qui, deux jours auparavant à subi des défections dans ses rangs. Des membres de l’opposition, ayant constaté une « mainmise regrettable »  du pouvoir sur les préparatifs des Assises et jugeant que le Cpan n’était pas « inclusif » ont décidé de quitter le navire. Il y en est de même pour Idriss Mohamed, un des membres influents du Mouvement du 11 août qui a décidé de ne pas participer à la cérémonie d’investiture pour les mêmes raisons.  Dans la foulée, le comité mis en place s’est fendu d’un communiqué pour assurer  de « son intégrité et sa neutralité ». Le comité a également fait savoir qu’ils travaillaient pour faire revenir les dissidents dans leurs rangs.

Alors que le train des Assises semble sur les rails, les réticences se font de plus en plus aigües. Une bonne partie de la classe politique qui soupçonne des intentions inavouées du chef de l’Etat par rapport à ce rendez vous, notamment sa volonté de s’éterniser au pouvoir à travers un tripatouillage de la Constitution, préfère tout bonnement  s’abstenir de ces Assises.

Une opposition farouche, qui pour l’instant, semble n’avoir ébranlé les ardeurs du colonel Azali déterminé à aller jusqu’au bout de son entreprise : la suppression pure et simple du dispositif constitutionnel sur la présidence tournante entre les îles de l’archipel introduit par la constitution de 2001. Et pourtant, la sagesse dicterait que ces Assises se tiennent dans un climat apaisé et neutre. Ceux qui proposent par exemple qu’elles se tiennent en 2031, après la présidence Mohélienne, nous paraissent plus raisonnables. Rappelons que même avec des bonnes intentions, on peut aboutir à des résultats contraires. Il ne faut pas que l’initiative, du Mouvement du 11 août considérée comme une occasion pour les forces vives nationales de pouvoir s’asseoir autour d’une même table, discuter et essayer de réinventer des Comores nouvelles, finissent par servir dans les faits comme la toilette du mort avant….. son enterrement. En effet, en s’entêtant à vouloir organiser vaille que vaille ces Assises qui divisent fortement la classe politique nationale, Azali prend le risque d’exposer le pays à son implosion…

Et enfin…

La gifle ministérielle…

Mohamed Daoudou, Ministre de l’Intérieur, de l’Information, de la Décentralisation, chargé des Relations avec les Institutions, Porte-parole du Gouvernement, est un ennemi de la liberté d’expression voire même de la liberté tout court. Et, il en donne la preuve depuis plus d’un an qu’il est à la tête du ministère de l’intérieur. Entre la démolition des lieux de cultes tenus par des minorités religieuses dans l’archipel (Chiites, Ahamadiya..), l’arrestation arbitraire de journalistes des radios périphériques et la confiscation de leurs outils de diffusions en dehors de toute décision juridique, la forte pression sur les journalistes des médias publics, le ministre de l’intérieur démontre son aversion pour les libertés humaines.

L’agression physique, lundi dernier, du  journaliste de radio Kaz dont le ministre refuse même sa qualité professionnelle, est le dernier épisode d’une liste bien fournie de ses actions contre la liberté de la presse. Pour les journalistes de la place c’était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase déjà pleine de leur patience et ils l’ont fait savoir au ministre en organisant un sit-in à la place de l’indépendance, devant le Conseil de l’île de Ngazidja. Kiki qui est, pourtant, un représentant de l’Etat, semble ne faire grand cas des institutions judiciaires du pays. Il donne constamment  l’impression de vouloir les décrédibiliser. Avec un tel comportement, il est difficile pour le ministre de demander à ses concitoyens de respecter la loi…dont il est le premier à bafouer.

 

Par Faïssoili Abdou

Comme un couperet , la nouvelle est tombée ce 3 novembre 2017. Le Conseil des Ulemas de Ndzouani a décidé d’interdire les fidèles de ce groupe qui se fait appelé «Ahl As-Sounna wal Jamaa= les gens de la tradition et du conscensus » de faire la prière collective du vendredi dans leur mosquée. « La mosquée d’Answar Sonnat wal djamaen d’Ongojou, n’a aucune autoristation pour pratiquer la prière de vendredi dans cette mosquée, au moment ou les deux autres mosquées de vendredi répondent aux besoins actuels », lit on dans une lettre en date du 30 octobre signée par le secrétaire général du Conseil des Ulémas et adressée au Préfet du Nyumakele . Un pas de plus dans cette pression que subissent les minorités religieuses dans notre pays.

« Nous vous demandons de demander mains fortes à l’autorité compétente pour mettre fin à la prière de vendredi et inviter les responsables de cette dite mosquée pour la seconde fois au bureau du conseil des ulémas le lundi prochain 6 novembre 2017 à 8h00 », poursuit ce document. Une mesure qui a provoqué incompréhension et inquiétude au sein de cette communauté qui s’est constitué voilà sept ans dans ce village du Nyumakele. Ils soupçonnent ainsi certaines autorités de la localité d’etre derrière cette décision qui s’apparente selon eux à un acharnement. Rappelons qu’un Imam de cette mosquée a été interpellé fin juin dernier pour avoir dirigé la prière du Tarweh un jour avant la date fixé par les autorités religieuses du pays. Il passera plus de 48 heures de garde à vue dans la prison de Koki. « On s’acharne contre des gens qui pratiquent pacifiquement leur religion et on laisse prospérer des actes de délinquance« , s’étonne un fidèle de la mosquée. (suite…)

Par Eddine Mlivoindro

Jean-Marc Heintz, ex-directeur de l’Anacm et actuel conseiller chargé de l’aéronautique du Président Azali. Source: La Gazette des Comores

A première vue, en dehors de la proximité temporelle, – ces deux événements ont lieu la même semaine-, on ne peut établir de lien, entre le limogeage d’un directeur général, en l’occurrence le patron de l’Anacm, Jean Marc Heintz  et le naufrage d’une embarcation qui a fait trois morts et plusieurs disparus entre Ngazidja et Mwali. Et pourtant, l’un et l’autre portent le sceau de l’incohérence.

L’Affaire Jean-Marc Heintz.

Le limogeage de Jean-Marc Heintz a été accueilli comme une délivrance par des détracteurs ravis de la décision du gouvernement. Du côté de ses partisans qui ne tarissaient pas d’éloges dans sa gestion du dossier AB-Aviation, le silence respire le lâchage. Celui qui a réussi à liguer contre lui, les opérateurs économiques, une partie des élus de la Nation, la moitié des conseillers du chef de l’Etat et une majorité de l’opinion, semblait indéboulonnable. Au point de se faire prêter des accointances particulières avec l’Exécutif, pour tenir tête à tous ceux qui se trouvaient sur son chemin, y compris les députés. Lorsqu’un responsable national de ce niveau cumule autant d’arrogance et de suffisance jusqu’à laisser penser qu’il n’avait pas à répondre de ses décisions à aucune hiérarchie, et encore moins à l’opinion, que dire,  sinon qu’il avait les garanties d’une telle posture. (suite…)

Par Nakidine Mattoir, Historien∗

Nakidine Mattoir, Historien

Les partis politiques semblent adhérer à l’idée des assises nationales. Cette réunion porterait sur le bilan des 42 ans d’indépendance et des institutions actuelles. Ainsi, afin d’éviter de refaire les mêmes erreurs, il me semble que quatre conditions préalables doivent être réunies pour faire de ces assises une réussite collective.

Construire la nation comorienne

Une des conditions fondamentales pour construire les Comores de demain, c’est d’abord de construire la nation comorienne. Il est un spectre que nous devons tous nous employer à exorciser : celui de la disparition de l’unité de notre pays et de l’amour que nous lui portons.

Nous avons pris l’indépendance sans former des jeunes amoureux de leur pays et de la nation. Les Comoriens sont très claniques et chauvins. Par conséquent, nous devons mener, avec foi et conviction, la mère de toutes les batailles : la construction de la nation comorienne. Qu’est ce qu’être Comorien ? Est-ce le partage de valeurs communes? Est-ce l’exercice de droits et le respect d’obligations communes? Quelles sont nos valeurs communes à partager et à transmettre ? L’une des bases fondamentales de ces assises serait de définir “Être Comorien”. Ce sentiment d’appartenir à une nation unique peut être aussi transmise par l’instruction civique. Sur ce sujet, avec mon ami juriste Abdou Azimdini, nous avons élaboré un manuel d’instruction civique pour les élèves de l’école primaire et secondaire qui se propose de construire cette identité comorienne partagée et parfois refoulée. Notre démarche vise à réveiller le patriotisme qui nous habite tous. Assurer la cohésion nationale, transmettre les valeurs communes et consolider la fraternité nationale, ca serait érigé la fierté d’être comorien en bonheur partagé. (suite…)

Par Faïssoili Abdou

Un tigre en papier. Air Corail a été contraint de replier ses ailes face à la polémique. Le rêve comorien s’est subitement arrêté ce 1er août pour Erick Lazarus, ancien Pdg de le défunte compagnie Air Bourbon qui voudrait rebondir dans l’archipel en lançant une nouvelle compagnie aérienne battant pavillon comorien. 

Une sortie de piste.« Compte tenu de toutes les réactions négatives, voire hostiles, au lancement du projet Air Corail, les promoteurs de ce projet ont décidé de renoncer à la création et au lancement de cette compagnie aérienne comorienne ». C’est par ces quelques mots que les initiateurs  du projet Air Corail ont décidé de faire un trait sur leur ambition de lancement d’une compagnie long courrier dans l’archipel des Comores. Et pourtant, tout semblait être prêt pour le lancement de cette compagnie en gestation. Les destinations ded’Air Corail qui ambitionnait de devenir la compagnie nationale comorienne ont été dentifiés (Marseille, Plaisance, Nosy Bé et Djeddah) et le 1er novembre a été fixée comme le début d’exploitation de l’Airbus A330 de la compagnie avec un premier vol Moroni Marseille.

En effet, les initiateurs du projet, soutiennent dans leurs communiqué publié ce 1er août que « cette nouvelle compagnie long courrier entre Moroni et Marseille constituait réellement l’élément manquant pour l’ouverture et le développement de ce pays ». Ce passage fait étrangement écho à une phrase figurant dans l’autre communiqué publié ce 31 juillet à Moroni à l’issue de la rencontre entre les autorités comoriennes et les responsables d’Int’Air îles en vue du dénouement de la crise que traverse cette compagnie privée comorienne. Il est en effet mentionné que le Président Azali s’engage à « promouvoir l’émergence du secteur privé national dans le secteur du transport aérien afin d’assurer une meilleure insertion de l’Union des Comores dans la région et dans le monde ». Et si, c’était le dénouement de la crise d’Int’Air îles qui aurait découragé nos vaillants « investisseurs » à se lancer dans le ciel comorien? (suite…)