Religion. Interdits de prière de vendredi , les fidèles de la mosquée Ahl As-Sounna wal Jamaa de Ongojou dans l’inquiétude

Par Faïssoili Abdou

Comme un couperet , la nouvelle est tombée ce 3 novembre 2017. Le Conseil des Ulemas de Ndzouani a décidé d’interdire les fidèles de ce groupe qui se fait appelé «Ahl As-Sounna wal Jamaa= les gens de la tradition et du conscensus » de faire la prière collective du vendredi dans leur mosquée. « La mosquée d’Answar Sonnat wal djamaen d’Ongojou, n’a aucune autoristation pour pratiquer la prière de vendredi dans cette mosquée, au moment ou les deux autres mosquées de vendredi répondent aux besoins actuels », lit on dans une lettre en date du 30 octobre signée par le secrétaire général du Conseil des Ulémas et adressée au Préfet du Nyumakele . Un pas de plus dans cette pression que subissent les minorités religieuses dans notre pays.

« Nous vous demandons de demander mains fortes à l’autorité compétente pour mettre fin à la prière de vendredi et inviter les responsables de cette dite mosquée pour la seconde fois au bureau du conseil des ulémas le lundi prochain 6 novembre 2017 à 8h00 », poursuit ce document. Une mesure qui a provoqué incompréhension et inquiétude au sein de cette communauté qui s’est constitué voilà sept ans dans ce village du Nyumakele. Ils soupçonnent ainsi certaines autorités de la localité d’etre derrière cette décision qui s’apparente selon eux à un acharnement. Rappelons qu’un Imam de cette mosquée a été interpellé fin juin dernier pour avoir dirigé la prière du Tarweh un jour avant la date fixé par les autorités religieuses du pays. Il passera plus de 48 heures de garde à vue dans la prison de Koki. « On s’acharne contre des gens qui pratiquent pacifiquement leur religion et on laisse prospérer des actes de délinquance« , s’étonne un fidèle de la mosquée. Lire la suite

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Fin de la première session parlementaire de l’année: « Un volume de travail limité…mais d’une portée importante »

Par Faissoili Abdou

Abdou Ousseni, Président l’Assemblée de l’Union
source: Alwatwan

Le parlement a clôturé, le 22 juin dernier, les travaux de la première session de l’année 2017 ouverte début avril. « Au terme de cette session les députés ont adopté onze textes dont cinq déposés par le gouvernement et six relevant d’initiatives des élus », a indiqué Abdou Ousseni,  le président de l’Assemblée de l’Union dans son discours. Parmi les lois adoptées, on citera celle du code de la nationalité, celle relative à  la promotion du genre dans l’accès aux fonctions nominatives et électives ou encore celle portant transfert des activités de la centrale d’achat des médicaments de l’Union des Comores (CAMUC), à un nouvel établissement public appelé Office Comorien des Produits Pharmaceutiques (OCOPHARMA).

L’Accord cadre de coopération entre le gouvernement de l’Union des Comores et le gouvernement de la République de Maurice a été aussi adopté au cours de cette session. « A l’actif de la session, il y a aussi l’adoption de la Résolution portant création d’une Commission d’enquête parlementaire sur la loi relative à la citoyenneté économique adoptée en novembre 2008 dans des conditions pour le moins douteuses. Les retombées de ladite loi au plan financier, diplomatique et sécuritaire font aujourd’hui l’objet de nombreuses interrogations qui ont motivé l’initiative ainsi prise par la Représentation nationale », a souligné le président de l’Assemblée. « Le volume de travail ainsi accompli pendant cette session, peut paraître à certains comme étant finalement limité. Mais il est vrai aussi que sa portée est importante », a-t-il tenu à rappeler.

Le moins que l’on puisse dire c’est que cette 1ère session de l’année 2017 a connu un début très mouvementé. Le président de l’Assemblée est d’ailleurs revenu sur les incidents survenus début avril dans l’hémicycle et qui ont sérieusement écorné l’image de cette institution. Il a ainsi  regretté « une atmosphère inhabituelle d’affrontements physiques entre des membres de notre institution parlementaires » indiquant que ce « climat de défiance qui règne de façon quasi permanente au sein de l’Assemblée est dû en grande partie au fait que l’on voudrait régler les problèmes sans considération des textes règlementaires et des règles de bienséance qui régissent notre Institution ».

Du haut de son perchoir, le chef de Hamramba a ainsi tenu à « réaffirmer » son « attachement au dialogue et à la cohésion interne, au sein de notre Institution dans le respect de la réglementation en vigueur ». Dans ce même registre, Abdou Ousseni, a relevé « la crise politique et institutionnelle qui sévit au Conseil de l’île autonome d’Anjouan et dont on ne voit pas encore l’issu » précisant que « cette situation est le résultat de manquements répétés au nécessaire dialogue entre les différents acteurs politiques concernés et au respect des textes fondamentaux qui régissent l’Institution ». Espérons que les mauvais plaisantins, tapis dans l’ombre, qui nous oblige à assister à ce mauvais film décideront enfin de couper  le tournage…

Initiatives locales/ Muo-Ouani Verte déclare la guerre aux ordures qui jonchent sur la ville  

Faissoili Abdou

Les bénévoles du Muo-Ouani verte en plein action sur le littoral..

La problématique de la gestion des ordures se pose avec acuité aux Comores où les grandes villes croulent sous les ordures. Face à l’inertie des pouvoirs publics, qui semblent dépassées par le phénomène, les initiatives locales devraient suppléer  cette absence d’actions des autorités.  C’est ce qui se passe  à Ouani où  une structure associative se bat pour la propreté de la ville et envisage même de mettre en place un site de traitement des déchets…

« Garantir le nettoyage et l’assainissement de la ville de Ouani ». Voilà l’objectif que s’est fixé l’association Muo(Maendreleyo Urahafu Ouani)-Ouani verte qui a initié des opérations de nettoyage de grande envergure  dans cette deuxième cité de l’ile de Ndzouani. Les premières actions de cette structure associative  qui aspire aujourd’hui à mettre en place un projet ambitieux de valorisation de déchets non biodégradables dans cette ville-aéroport, remonte en 2015. Il s’agissait alors de « nettoyer la route principale qui va de « tournejou » à l’aéroport d’Ouani mais aussi les artères principales de la ville. On a ensuite planté des fleurs tout le long de ces artères », nous explique Nidhoir Daoud, l’un des portes paroles de l’association.

Vue d’une des artères de la ville après le passage des bénévoles de Muo-Ouani verte (source: page facebook de l’association)

Jusque là, la ville, comme c’est le cas dans d’autres grandes localités de l’archipel, croulait sous les ordures. Les immondices étaient partout. « Des jeunes ayant constaté que la ville était insalubre, se sont, alors,  dit qu’il fallait faire quelque chose ne serait-ce que nettoyer les artères principales », poursuit  Nidhoir Daoud. Ils ont ensuite sensibilisé la population pour un nettoyage hebdomadaire des quartiers.  Chaque vendredi les riverains doivent nettoyer leurs secteurs. Un travail de sensibilisation se mène parallèlement sur les réseaux sociaux où les responsables de l’association échangent avec les membres de la diaspora.

Cette année, les actions  de Muo-Ouani verte se sont étendues sur les bords de rivière et le littoral sur un périmètre allant de l’aéroport jusqu’à l’autre extrémité de la ville. Ici, l’association s’est assigné la mission de débarrasser tous les ordures qui jonchaient sur ses lieux de vie. Des montagnes de déchets ont été amassées en un rien de temps. Toutes ces opérations se réalisent grâce notamment à la jonction des efforts  des bénévoles locales et le soutien de la diaspora. « Les jeunes de la diaspora se sont dit, si eux, ils font ça, nous nous devons les soutenir. On a  acheté des équipements (gants, pelles et brouettes..) pour aider  les bénévoles », assure notre interlocuteur.  A partir de ces actions décidées  spontanément par des volontaires de Ouani , naîtra l’idée de mieux structurer l’association et réfléchir ensuite sur un  projet  plus ambitieux : la mise en place d’un site de traitements de déchets non biodégradables (plastique, verre et le fer).

Un dépôt sauvage d’ordures

A travers cette plateforme, l’association envisage de construire des bassins de tri sélectifs, de collecte de déchets domestiques  et la transformation et valorisation de ces détritus. Une initiative largement soutenue par la commune de la ville. Le projet dont le coût total est estimé à 54.045 euros (près de 27 millions Kmf) recherche ses bailleurs. A terme, les initiateurs prévoient d’embaucher une quinzaine de jeunes des quartiers défavorisés de la commune sur ce site. Une manière, selon les responsables, d’éviter à ces jeunes désorientés de plonger dans la délinquance. Une opération de crowdfunding est maintenant lancée sur la toile pour essayer de grappiller une partie de cette somme prévue.  « Ouani est  une ville vitrine, c’est l’aéroport. Tout étranger qui vient à Anjouan, passe d’abord à Ouani. Cette ville connue aux Comores comme étant une ville d’intellectuels et aussi, une ville où les gens ont une conscience sur les enjeux écologiques et environnementaux », conclut Nidhoir Daoud comme pour justifier cette engagement citoyenne. Un exemple qui devrait inspirer d’autres initiatives dans d’autres localités…

Pour participer à l’opération de crowdfunding lancé par l’association Muo-Ouani verte c’est par ici: https://www.generosity.com/community-fundraising/nettoyer-la-riviere-d-ouani-des-dechets-plastiques

Institutions/ Jeu de M’raha à Dar Soifa

Par Faïssoili Abdou

Le Conseil de l’île de Ndzouani

Dar-Soifa, le  Conseil de l’île de Ndzouani  est au cœur d’une bataille de chiffonniers entre le pouvoir insulaire (Juwa) et l’opposition (Updc). Tous les coups semblent permis dans cette foire d’empoigne où l’enjeu reste le contrôle de ce deuxième centre de décision de l’île après Dar Nadjah (le Gouvernorat). Contrôler le Conseil de l’île pour espérer contrôler l’île entière après? Tel semble être le pari des forces en présence. Les combines mises en œuvre par les uns et les autres dans cette lutte sans merci rappellent curieusement celles d’un jeu dont raffolent les Comoriens : le M’raha wa ntso. Ici, les graines ne sont autres que les élus de cette chambre insulaire dont les représentants de certains intérêts qui dépassent ceux de l’île sont en train de manier à leur guise. Car, évidemment, si l’épicentre  de ces  querelles de borne-fontaine se situe à Dar Soifa et parfois à Hamramba, ceux qui tirent les ficelles sont ailleurs…Leurs intérêts sont autres que ceux de cette île et de ses pauvres  habitants.

« M’raha tahiliba ! Comprenez par là : Le  jeu est une suite de feintes !», la réplique est sortie par le joueur dont on reproche d’avoir trompé l’adversaire pour gagner une partie du jeu. Elle est implacable, mais c’est ainsi.  Cela fait parti du jeu. « L’une des caractéristiques du M’raha wa tso est que la situation sur le tablier peut se renverser complètement d’un coup à l’autre. Il est souvent difficile de prédire quel joueur a l’avantage à la simple position des graines sur le tablier. Il est également difficile pour les joueurs de planifier une stratégie de jeu à long terme », décrit Rastami Spelo, professeur de Shimaoré[1]. Une description qui colle parfaitement à la situation qui prévaut au Conseil de l’île de Ndzouani où le parti Juwa de l’ancien président Sambi qui dispose, pourtant, de la majorité  est entrain de perdre pied dans cette institution qui, mine de rien, devient un vrai foutoir. Lire la suite

Crise au Parlement/ Les requérants devant la Cour Constitutionnelle ce mardi

Par Faïssoili Abdou

Cour Constitutionnelle des Comores

Après les empoignades, place maintenant aux plaidoiries. La Cour constitutionnelle doit bientôt  se prononcer sur la crise à l’Assemblée de l’Union qui a vu, début avril dernier, des élus s’empoigner  dans l’hémicycle à l’ouverture de la session parlementaire. Une audition des protagonistes est prévue ce mardi 16 avril au prétoire de la Haute juridiction.

Les images de cette fâcheuse scène montrant des élus s’échanger coups de poing et de pied  au sein de  l’hémicycle restent encore vives dans les mémoires. (Lire ici http://wp.me/p4Q22P-by) Cet esclandre a indigné nombre de nos concitoyens. Beaucoup ont déploré cette attitude des élus qui a ternie l’image d’un Parlement qui devrait, pourtant, donné le bon exemple aux citoyens. Les deux parties en conflit ont, par la suite, introduit des  requêtes à  la Cour constitutionnelle afin que celle-ci  tranche sur ce différend qui déchire les Conseillers de l’île de Ndzouani (pouvoir et opposition) et qui s’est prolongé  à l’Assemblée de l’Union. Ce mardi 16 avril, les requérants seront, donc, auditionnés par les sages de la Cour. Une occasion pour eux et leurs avocats de dérouler leurs arguments afin de tenter de donner beaucoup d’épaisseur à leurs prétentions consignés dans les requêtes qu’ils ont introduits devant la Haute juridiction et ainsi aider les Sages de la Cour à voir un peu plus clair avant de prendre sa décision. Les groupes parlementaires Juwa(pouvoir) et Ouvoimoja (Updc-opposition) vont croiser le fer à coup d’articles de la Constitution et du règlement intérieur de l’Assemblée insulaire lors de ce rendez important pour leurs défenses. Lire la suite

Conseil de l’île de Ndzouani/ Une séance sous haute tension

Le Conseil de l’île de Ndzouani

Par Faïssoili Abdou

Comme on pouvait s’y attendre, la session extraordinaire ouverte  mercredi au Conseil de l’île de Ndzouani en vue de la désignation des trois représentants de cette chambre insulaire au sein de l’Assemblée de l’Union s’est déroulée dans une ambiance survoltée et même cacophonique. « La situation était intenable et le président a fini par appeler les forces de l’ordre. Ce n’est qu’après qu’on a pu procéder au vote », décrit une source sur place. Le vote s’est ainsi déroulé dans la confusion. Les Conseillers de l’opposition se sont retirés de l’hémicycle et ce ne sont que les Conseillers Juwa qui étaient sur place pour choisir les trois représentants du Conseil de l’île qui doivent aller siéger à l’Assemblée de l’Union qui ouvre sa première session ordinaire  de l’année ce vendredi 7 avril.

A l’issue de ce vote ce sont les Conseillers Hatime Sairane, Loutfi Houmadi et Mohamed Abou El Magd, tous du parti Juwa, qui ont été officiellement cooptés par leurs pairs pour représenter la Chambre insulaire au niveau de l’Assemblée. Selon des informations  qui restent à vérifier, il semblerait qu’au même moment, les élus de l’opposition ont également choisi dans leur rang trois Conseillers à savoir Saindou Moussa Toumani, Zahara Ali et Ahmed Nassor pour le même objectif.  Ainsi, un bras de fer entre les deux camps se profile à l’horizon….On remarquera que cette session extraordinaire convoquée par le gouverneur Abdou Salami Abdou, avec comme seul point à l’ordre du jour,  la désignation des trois représentants de l’île au niveau de l’Assemblée de l’Union se clôt dans la confusion générale. Lire la suite

Le Ntrimba de Nioumakele, une fête agraire en décadence

Vue du Ntrimba (capture d'écran)

Vue du Ntrimba (capture d’écran)

« Non le Ntrimba n’aura pas lieu, selon les nouveaux religieux cela est haram, on ne doit pas le célébrer. Le dayira, le Maoulid sont considérés par eux comme bid’aan, n’en parlons plus du Ntrimba  », répond ce jeune cadre du village d’Ongojou à Nioumakele lorsque nous lui avons demandé si le Ntrimba allait-être organisé cette année. En fait, c’est quoi le Ntrimba?

Les images sont en noir et blanc. Elles furent diffusées en 1960 dans le cadre de l’émission « Voyage sans passeport » présentée par Irène Chagneau sur Rtf et l’Ortf dont une copie est disponible sur le site web de l’Institut national de l’audiovisuel (Ina). Il s’agissait d’une série documentaire dont l’objectif  était de faire découvrir un pays via des visites culturelles, des curiosités locales, les évènements importants, le patrimoine, les traditions etc.… Dans cet épisode consacré aux Comores et intitulé « fêtes et traditions », la présentatrice montre plusieurs aspects de la culture et la tradition comoriennes. Ici des femmes tressant des tapis de prière ou brodant des bonnets comoriens (Kofia), là des hommes sortis de la mosquée de vendredi de Moroni, d’autres jouant au M’raha ou dansant la danse du sabre etc… On y voit aussi, des femmes en pleine danse du pilon, wadaha, et la présence curieuse d’un personnage entièrement couvert de feuilles de bananiers séchées. « Il s’agit du simba (sic) », dévoile la présentatrice. « Ce personnage visiblement diabolique devrait tracer des grands cercles autour des femmes au pilon dans un symbole de protection de la cérémonie », explique-t-elle, amusée.

Le Simba dont nous parle Irène Chagneau dans cette vidéo est en réalité prononcé Ntrimba, une fête agraire organisée dans la presque île de Nioumakele,  à la pointe sud-est de l’île de Ndzouani (dans l’archipel des Comores). Il n’existe pratiquement pas d’étude sur cette fête agraire. La seule source écrite que nous avons eu accès, c’est un bref article de Jean Claude Hébert consacré aux fêtes agraires dans l’île d’Anjouan (1960-15 pages). Il y parle du Koma à Wani, du Moudandra à Ouzini et du Ntrimba à Nioumakele. Lire la suite