Institutions/ Jeu de M’raha à Dar Soifa

Par Faïssoili Abdou

Le Conseil de l’île de Ndzouani

Dar-Soifa, le  Conseil de l’île de Ndzouani  est au cœur d’une bataille de chiffonniers entre le pouvoir insulaire (Juwa) et l’opposition (Updc). Tous les coups semblent permis dans cette foire d’empoigne où l’enjeu reste le contrôle de ce deuxième centre de décision de l’île après Dar Nadjah (le Gouvernorat). Contrôler le Conseil de l’île pour espérer contrôler l’île entière après? Tel semble être le pari des forces en présence. Les combines mises en œuvre par les uns et les autres dans cette lutte sans merci rappellent curieusement celles d’un jeu dont raffolent les Comoriens : le M’raha wa ntso. Ici, les graines ne sont autres que les élus de cette chambre insulaire dont les représentants de certains intérêts qui dépassent ceux de l’île sont en train de manier à leur guise. Car, évidemment, si l’épicentre  de ces  querelles de borne-fontaine se situe à Dar Soifa et parfois à Hamramba, ceux qui tirent les ficelles sont ailleurs…Leurs intérêts sont autres que ceux de cette île et de ses pauvres  habitants.

« M’raha tahiliba ! Comprenez par là : Le  jeu est une suite de feintes !», la réplique est sortie par le joueur dont on reproche d’avoir trompé l’adversaire pour gagner une partie du jeu. Elle est implacable, mais c’est ainsi.  Cela fait parti du jeu. « L’une des caractéristiques du M’raha wa tso est que la situation sur le tablier peut se renverser complètement d’un coup à l’autre. Il est souvent difficile de prédire quel joueur a l’avantage à la simple position des graines sur le tablier. Il est également difficile pour les joueurs de planifier une stratégie de jeu à long terme », décrit Rastami Spelo, professeur de Shimaoré[1]. Une description qui colle parfaitement à la situation qui prévaut au Conseil de l’île de Ndzouani où le parti Juwa de l’ancien président Sambi qui dispose, pourtant, de la majorité  est entrain de perdre pied dans cette institution qui, mine de rien, devient un vrai foutoir. Lire la suite

Crise au Parlement/ Les requérants devant la Cour Constitutionnelle ce mardi

Par Faïssoili Abdou

Cour Constitutionnelle des Comores

Après les empoignades, place maintenant aux plaidoiries. La Cour constitutionnelle doit bientôt  se prononcer sur la crise à l’Assemblée de l’Union qui a vu, début avril dernier, des élus s’empoigner  dans l’hémicycle à l’ouverture de la session parlementaire. Une audition des protagonistes est prévue ce mardi 16 avril au prétoire de la Haute juridiction.

Les images de cette fâcheuse scène montrant des élus s’échanger coups de poing et de pied  au sein de  l’hémicycle restent encore vives dans les mémoires. (Lire ici http://wp.me/p4Q22P-by) Cet esclandre a indigné nombre de nos concitoyens. Beaucoup ont déploré cette attitude des élus qui a ternie l’image d’un Parlement qui devrait, pourtant, donné le bon exemple aux citoyens. Les deux parties en conflit ont, par la suite, introduit des  requêtes à  la Cour constitutionnelle afin que celle-ci  tranche sur ce différend qui déchire les Conseillers de l’île de Ndzouani (pouvoir et opposition) et qui s’est prolongé  à l’Assemblée de l’Union. Ce mardi 16 avril, les requérants seront, donc, auditionnés par les sages de la Cour. Une occasion pour eux et leurs avocats de dérouler leurs arguments afin de tenter de donner beaucoup d’épaisseur à leurs prétentions consignés dans les requêtes qu’ils ont introduits devant la Haute juridiction et ainsi aider les Sages de la Cour à voir un peu plus clair avant de prendre sa décision. Les groupes parlementaires Juwa(pouvoir) et Ouvoimoja (Updc-opposition) vont croiser le fer à coup d’articles de la Constitution et du règlement intérieur de l’Assemblée insulaire lors de ce rendez important pour leurs défenses. Lire la suite

Conseil de l’île de Ndzouani/ Une séance sous haute tension

Le Conseil de l’île de Ndzouani

Par Faïssoili Abdou

Comme on pouvait s’y attendre, la session extraordinaire ouverte  mercredi au Conseil de l’île de Ndzouani en vue de la désignation des trois représentants de cette chambre insulaire au sein de l’Assemblée de l’Union s’est déroulée dans une ambiance survoltée et même cacophonique. « La situation était intenable et le président a fini par appeler les forces de l’ordre. Ce n’est qu’après qu’on a pu procéder au vote », décrit une source sur place. Le vote s’est ainsi déroulé dans la confusion. Les Conseillers de l’opposition se sont retirés de l’hémicycle et ce ne sont que les Conseillers Juwa qui étaient sur place pour choisir les trois représentants du Conseil de l’île qui doivent aller siéger à l’Assemblée de l’Union qui ouvre sa première session ordinaire  de l’année ce vendredi 7 avril.

A l’issue de ce vote ce sont les Conseillers Hatime Sairane, Loutfi Houmadi et Mohamed Abou El Magd, tous du parti Juwa, qui ont été officiellement cooptés par leurs pairs pour représenter la Chambre insulaire au niveau de l’Assemblée. Selon des informations  qui restent à vérifier, il semblerait qu’au même moment, les élus de l’opposition ont également choisi dans leur rang trois Conseillers à savoir Saindou Moussa Toumani, Zahara Ali et Ahmed Nassor pour le même objectif.  Ainsi, un bras de fer entre les deux camps se profile à l’horizon….On remarquera que cette session extraordinaire convoquée par le gouverneur Abdou Salami Abdou, avec comme seul point à l’ordre du jour,  la désignation des trois représentants de l’île au niveau de l’Assemblée de l’Union se clôt dans la confusion générale. Lire la suite

Le Ntrimba de Nioumakele, une fête agraire en décadence

Vue du Ntrimba (capture d'écran)

Vue du Ntrimba (capture d’écran)

« Non le Ntrimba n’aura pas lieu, selon les nouveaux religieux cela est haram, on ne doit pas le célébrer. Le dayira, le Maoulid sont considérés par eux comme bid’aan, n’en parlons plus du Ntrimba  », répond ce jeune cadre du village d’Ongojou à Nioumakele lorsque nous lui avons demandé si le Ntrimba allait-être organisé cette année. En fait, c’est quoi le Ntrimba?

Les images sont en noir et blanc. Elles furent diffusées en 1960 dans le cadre de l’émission « Voyage sans passeport » présentée par Irène Chagneau sur Rtf et l’Ortf dont une copie est disponible sur le site web de l’Institut national de l’audiovisuel (Ina). Il s’agissait d’une série documentaire dont l’objectif  était de faire découvrir un pays via des visites culturelles, des curiosités locales, les évènements importants, le patrimoine, les traditions etc.… Dans cet épisode consacré aux Comores et intitulé « fêtes et traditions », la présentatrice montre plusieurs aspects de la culture et la tradition comoriennes. Ici des femmes tressant des tapis de prière ou brodant des bonnets comoriens (Kofia), là des hommes sortis de la mosquée de vendredi de Moroni, d’autres jouant au M’raha ou dansant la danse du sabre etc… On y voit aussi, des femmes en pleine danse du pilon, wadaha, et la présence curieuse d’un personnage entièrement couvert de feuilles de bananiers séchées. « Il s’agit du simba (sic) », dévoile la présentatrice. « Ce personnage visiblement diabolique devrait tracer des grands cercles autour des femmes au pilon dans un symbole de protection de la cérémonie », explique-t-elle, amusée.

Le Simba dont nous parle Irène Chagneau dans cette vidéo est en réalité prononcé Ntrimba, une fête agraire organisée dans la presque île de Nioumakele,  à la pointe sud-est de l’île de Ndzouani (dans l’archipel des Comores). Il n’existe pratiquement pas d’étude sur cette fête agraire. La seule source écrite que nous avons eu accès, c’est un bref article de Jean Claude Hébert consacré aux fêtes agraires dans l’île d’Anjouan (1960-15 pages). Il y parle du Koma à Wani, du Moudandra à Ouzini et du Ntrimba à Nioumakele. Lire la suite