Contribution/ Réussir les Assises nationales, réunir quatre conditions préalables  

Par Nakidine Mattoir, Historien∗

Nakidine Mattoir, Historien

Les partis politiques semblent adhérer à l’idée des assises nationales. Cette réunion porterait sur le bilan des 42 ans d’indépendance et des institutions actuelles. Ainsi, afin d’éviter de refaire les mêmes erreurs, il me semble que quatre conditions préalables doivent être réunies pour faire de ces assises une réussite collective.

Construire la nation comorienne

Une des conditions fondamentales pour construire les Comores de demain, c’est d’abord de construire la nation comorienne. Il est un spectre que nous devons tous nous employer à exorciser : celui de la disparition de l’unité de notre pays et de l’amour que nous lui portons.

Nous avons pris l’indépendance sans former des jeunes amoureux de leur pays et de la nation. Les Comoriens sont très claniques et chauvins. Par conséquent, nous devons mener, avec foi et conviction, la mère de toutes les batailles : la construction de la nation comorienne. Qu’est ce qu’être Comorien ? Est-ce le partage de valeurs communes? Est-ce l’exercice de droits et le respect d’obligations communes? Quelles sont nos valeurs communes à partager et à transmettre ? L’une des bases fondamentales de ces assises serait de définir “Être Comorien”. Ce sentiment d’appartenir à une nation unique peut être aussi transmise par l’instruction civique. Sur ce sujet, avec mon ami juriste Abdou Azimdini, nous avons élaboré un manuel d’instruction civique pour les élèves de l’école primaire et secondaire qui se propose de construire cette identité comorienne partagée et parfois refoulée. Notre démarche vise à réveiller le patriotisme qui nous habite tous. Assurer la cohésion nationale, transmettre les valeurs communes et consolider la fraternité nationale, ca serait érigé la fierté d’être comorien en bonheur partagé. Lire la suite

Transport aérien/Le projet Air Corail fait pschitt

Par Faïssoili Abdou

Un tigre en papier. Air Corail a été contraint de replier ses ailes face à la polémique. Le rêve comorien s’est subitement arrêté ce 1er août pour Erick Lazarus, ancien Pdg de le défunte compagnie Air Bourbon qui voudrait rebondir dans l’archipel en lançant une nouvelle compagnie aérienne battant pavillon comorien. 

Une sortie de piste.« Compte tenu de toutes les réactions négatives, voire hostiles, au lancement du projet Air Corail, les promoteurs de ce projet ont décidé de renoncer à la création et au lancement de cette compagnie aérienne comorienne ». C’est par ces quelques mots que les initiateurs  du projet Air Corail ont décidé de faire un trait sur leur ambition de lancement d’une compagnie long courrier dans l’archipel des Comores. Et pourtant, tout semblait être prêt pour le lancement de cette compagnie en gestation. Les destinations ded’Air Corail qui ambitionnait de devenir la compagnie nationale comorienne ont été dentifiés (Marseille, Plaisance, Nosy Bé et Djeddah) et le 1er novembre a été fixée comme le début d’exploitation de l’Airbus A330 de la compagnie avec un premier vol Moroni Marseille.

En effet, les initiateurs du projet, soutiennent dans leurs communiqué publié ce 1er août que « cette nouvelle compagnie long courrier entre Moroni et Marseille constituait réellement l’élément manquant pour l’ouverture et le développement de ce pays ». Ce passage fait étrangement écho à une phrase figurant dans l’autre communiqué publié ce 31 juillet à Moroni à l’issue de la rencontre entre les autorités comoriennes et les responsables d’Int’Air îles en vue du dénouement de la crise que traverse cette compagnie privée comorienne. Il est en effet mentionné que le Président Azali s’engage à « promouvoir l’émergence du secteur privé national dans le secteur du transport aérien afin d’assurer une meilleure insertion de l’Union des Comores dans la région et dans le monde ». Et si, c’était le dénouement de la crise d’Int’Air îles qui aurait découragé nos vaillants « investisseurs » à se lancer dans le ciel comorien? Lire la suite

Bras de fer Anacm-Compagnies aériennes/ Le RADHI-France dénonce une « politique anti-nationale »

C’est la première formation politique à avoir pris clairement position dans le bras de fer qui oppose, depuis une année déjà,  les compagnies aériennes (AB Aviation et Int’Air îles) et l’Aviation civile comorienne (Anacm). Dans un communiqué publié ce 30 juillet à Paris, le RADHI-France apporte  son soutien « aux investisseurs nationaux victimes des opérations du gouvernement du président Azali, ainsi qu’aux familles qui vont devoir vivre avec le chômage à partir d’aujourd’hui ». Le bureau de cette section du parti de l’ancien ministre Houmeid Msaidie appelle également « l’ensemble des partis politiques à ne pas rester muets face à une politique anti-nationale en attendant une hypothétique entrée au gouvernement, et la société civile à ne pas se laisser endormir par une aide à l’organisation d’Assises Nationales ». Dans son communiqué le RADHI-France n’y va pas avec le dos de la cuillère en fustigeant  « une politique économique qui conduit à l’échec les investisseurs nationaux », en lieu et place de l’émergence promis par le chef de l’Etat. Une politique économique, par ailleurs, responsable des « destructions d’emploi dans ces deux compagnies, 130 emplois pour la seule société INT’AIR ILES » auxquels s’ajoutent plus de 7000 emplois détruits dans la fonction publique », constate le RADHI-France. Le parti demande enfin « au président de la République et à son gouvernement de se ressaisir et de changer de cap en soutenant les opérateurs économiques au lieu de les enfoncer ». Voici l’intégralité du communiqué.

 

FÉDÉRATION RADHI-France

Radhi.france2@gmail.com

COMMUNIQUÉ

30.07.17

La société INT’AIR ILES a annoncé la cessation de ses activités à partir du 30 juillet 2017, ne pouvant faire face aux exigences inconsidérées de l’Agence Nationale pour l’Aviation et la Météorologie (ANACM). Après la mise à mort il y a quelques mois de la compagnie AB Aviation, c’est la deuxième disparition d’une compagnie aérienne comorienne depuis le retour au pouvoir du président Azali, il y a un peu plus d’un an. Et comme par hasard, on nous annonce au même moment l’arrivée d’une nouvelle compagnie qui a les faveurs du gouvernement. Lire la suite

L’Oeil de Nidhoir/ Comores Telecom-Telma : les frères jumeaux du numérique aux Comores

Par Nidhoir Daoud

L’arrivée du câble Eassy allait numériquement désenclaver les Comores, fondre les prix exorbitants des communications numériques dans l’archipel. Le monopôle de Comores Telecom (CT) a exacerbé plus d’un, tant le service au sens technique, humain et commercial est à déplorer. L’arrivée du deuxième opérateur, Telco filiale de Telma , attendu religieusement n’a presque pas rebattu les cartes. Nous assistons à une petite guéguerre des prix que le Comorien ne comprend même pas. Au lieu d’une vraie concurrence source d’innovation ou de guerre de tarifs, le client est pris au piège: à défaut d’interconnexion entre les réseaux Huri et Telco, le client est contraint d’avoir deux puces, deux répertoires. Une offre commerciale floue que seuls les communicants de ces deux opérateurs en comprennent les avantages.

Sur les réseaux sociaux, les internautes comoriens applaudissaient l’arrivée du challenger Telma avec son marketing.  J’ai alerté sur cette fausse concurrence et le danger que cela représente sur les infrastructures de télécommunication aux Comores:

  • Primo, l’approche de Telma était centrée sur l’utilisateur B to C. En gros mener une guerre frontale à l’opérateur historique CT sur l’offre aux particuliers.
  • Deuxio, la couverture du réseau Telma au lieu de proposer une complémentarité a opté pour « je te tiens tu me tiens par la barbichette ». Quid des zones blanches. Quid de la densification des zones d’activités. Quid de la connexion sur pc en dehors des devices mobiles.

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Transport aérien/Face à l’ »hostilité » de l’Anacm, Int’air îles stoppe ses activités

Par Faïssoili Abdou

Et de deux ! En 14 mois le pouvoir Azali aura réussi la prouesse de réduire en pièces les deux seules compagnies aériennes comoriennes qui assuraient jusqu’ici la desserte dans l’archipel et dans les pays de la région.

Maudit, ciel comorien ! Six mois après AB Aviation dont, l’aviation civile comorienne a cloué ses appareils au sol et retiré la licence d’exploitation, c’est au tour d’ Int’Air îles de stopper ses activités. Dans un communiqué publié ce 28 juillet, la Direction de cette petite compagnie privée annonce la « fin de toutes ses activités à compter du 30 juillet 2017 à 17h00 ». Une décision lourde de conséquence motivée notamment  par « l’hostilité » de l’aviation civile comorienne à l’égard de cette petite société qui « s’est placée durant dix ans au service des habitants de l’archipel des Comores », rappelle le communiqué. Donc, ceux là même qui devaient protéger la compagnie comorienne seront ceux qui l’auront plombé, sans état d’âmes. Il y a quelques jours, Saiffoudine Inzoudine,  le patron d’int’Air îles avait publié un long communiqué sur les réseaux sociaux pour tirer la sonnette d’alarme devant ce qu’il a qualifié de volonté de l’Anacm de « saigner » sa compagnie. Un appel de détresse qui n’a, visiblement, pas eu d’écho auprès des autorités comoriennes alors que cette agence placée sous l’égide de Jean-Marc Heintz multiplie les mesures « hostiles » à l’encontre de la petite compagnie. Pendant ce temps, les autorités comoriennes obnubilées par la seule question qui vaille, pour le moment, à leurs yeux à savoir les « Assises nationales pour le bilan des 42 ans d’indépendance », ont préféré regarder ailleurs.

Les responsables d’Int’air îles estimant qu’ils ne sont « plus en mesure d’assurer leur mission dans la sérénité », ont donc décidé  de cesser leurs activités et mettre leurs « 130 salariés au chômage économique à partir du 31 juillet prochain ».  Silence au liquide… En attendant, l’Emergence à l’horizon 2030, le gouvernement Azali se débarrasse donc joyeusement du peu d’entreprises locales existantes. Bien malin celui qui comprendra la stratégie de ces chantres de l’émergence à la comorienne. En effet, comme, on le soulignait sur ce même blog en début de semaine, l’émergence ne se décrète et ne peut s’acheter. Elle est stimulée, soutenue et encadrée. Ce ne sont pas les pétrodollars de nos « amis » saoudiens qui pourront sortir le pays de son statut de pays sous développé à celui de pays émergent.

Alors qu’Int’Air îles est en train de mettre les clés sous le paillasson, la presse régionale se fait l’écho depuis quelques jours d’un mystérieux projet de création d’une compagnie aérienne dénommée Air Corail,  basée à Moroni avec à sa tête Erick Lazarus, ancien PDG d’Air Bourbon et qui aurait le soutien du Président de l’Union Azali Assoumani. Son début d’exploitation serait fixé pour le mois de novembre prochain. Au même moment, deux petits avions ont également fait irruption, depuis quelques jours, dans le ciel comorien. Des projets pilotés, dit-on, par des proches du pouvoir en place. « Ceci explique donc cela »… pensent les uns et les autres.  Décidément, le ciel comorien est peu clément pour les compagnies privées comoriennes. Et dire, qu’il y a encore des gens qui donnent du crédit au discours sur l’Emergence à l’horizon 2030…qui nous semble n’être, en réalité, qu’une grosse fumisterie.

Chronique/ Le Kikomor notre arme économique

Par Nidhoir Daoud, blogueur

Nidhoir Daoud

Connu comme un instrument de diffusion de la culture et la civilisation bantoue, le Kiswahili est devenu un instrument de soft power entre nos mains.  Une arme commerciale avec un potentiel d’accès à un marché de plus de 150 millions de consommateurs dans une dizaine de pays. Des pays en forte croissance économique comme le Rwanda, la Tanzanie, le Kenya. Le dynamisme de la région swahili qui est soutenu au sud par l’Afrique du Sud et au nord par l’Angola et le Nigéria est une opportunité pour les Comores. Je vous laisse imaginer l’impact et l’influence économique et géostratégique de cet ensemble swahili sur le continent africain et l’Océan Indien.

Le Kikomor ou Shikomori est une langue dérivée du Kiswahili parlée par entre 100 et 150 millions de locuteurs dans 10 pays d’Afrique: de la République démocratique du Congo (RDC) au Mozambique, en passant par les Grands Lacs (Rwanda, Ouganda, Burundi, Tanzanie), le Kenya et la Somalie. (source RFI.) Ces dernières années, grâce à la plateforme Youtube, nous avons découvert des clips vidéos tanzaniens, ougandais aussi ressemblants et proches de nous par le paysage, la langue voire la scénographie. Diamond Platnumz en est le parfait miroir de cette culture swahilie conquérante et puissante. Des clips professionnels où la réalisation n’a rien à envier aux productions hollywoodiennes ou à ceux de Trace TV, M6, MTV etc….Ces images racontent un espace swahili dynamique, fier et prospère.  Lire la suite

A Mayotte, le spectre des « décasages » réapparaît

Par Faïssoili Abdou

Les « décasés « , ici à la Place de la République à Mamoudzou en 2016 (image d’archive)

Une épée de Damoclès. Elle est là. Menaçante. Elle risque de frapper à tout moment. « Ce matin à 6h00 des engins de la mairie de Ouangani détruisent une vingtaine de bangas (cases en tôles), récemment construits à Kahani, sous la haute surveillance de plus de 160 gendarmes. Pour les occupants c’est la stupeur », rapporte une vidéo de 2 min posté le 20 juillet sur le site web de Mayotte 1 ère.  « Où allons-nous avec nos enfants français », se demande, désemparé, un des occupants de ces bangas qui assistent à la destruction de leurs habitations malgré le fait, soutiennent-ils, qu’ils ont eu l’autorisation d’un agent de la Mairie de cette commune du centre Mayotte pour leurs constructions.

Cette action intervient une semaine après les menaces, le 11 juillet dernier sur la chaîne de télé Kwezi Tv, d’un collectif Mahorais, qui se fait, pudiquement, appeler le Comité de défense des intérêts de Mayotte (Codim). Derrière ce nom à priori inoffensif, se cachent en réalité les collectifs de Mahorais qui se sont illustrés l’année dernière par des actions violentes dirigées contre  des Comoriens des autres îles vivant à Mayotte. « De mi-janvier jusqu’au début du mois de juin, des collectifs de villageois ont procédé à des évacuations illégales, souvent avec violence, de personnes logeant dans des habitations précaires (avec ou sans bail) », rappelait, le 26 juin dernier, le rapport des associations françaises intervenant dans les centres de rétention administrative (CRA).

« Ces collectifs ont justifié ces actions par des prétextes tels que l’occupation illégale des terrains et un lien supposé entre les personnes expulsées et la délinquance constatée  dans le département. Cela a donné lieu à des déplacements de populations (estimés à environ 1 500 personnes), situation aggravée par la passivité des pouvoirs publics face à ces « décasages», poursuivent les associations notant, au passage, que la majeure partie des personnes délogées étaient mineures ou en situation régulière.   Lire la suite