Projets d’infrastructures/ Et les Comoriens dans tout ça ?

Par Kamal’Eddine Saindou

Kamal’Eddine SAINDOU, journaliste

Les annonces des futures réalisations donnent le vertige. Hôpitaux gratte-ciel, hôtels, casernes, autoroute du soleil reliant Moroni à l’aéroport de Hahaya par Itsoundzou, cité administrative sur la grille….Telles des prémices, la succession des coups de pioche, annonce le cap donné au pays, peu importe le nom.

Un président promettant à son peuple de semer des « arbres à argent », aux fruits de billets de banque. Un autre miroitant des éléphants blancs. Ceci, comme cela, financé par des générosités extérieures dont on ne sait pas s’il s’agisse d’aumônes ou de prêts. Tout aussi flou que sont les montants. Ce qui est moins mystérieux dans ces transactions, ce sont les sociétés étrangères qui se précipitent pour réaliser ces chantiers. Et pendant ce temps, les opérateurs économiques comoriens se disputent les sigles de leurs associations et se disputent le marché des ailes de poulet.

Bien sûr que l’on prétextera que nos patrons bons pour les photos de famille – à l’exception de certains visiteurs du soir-, n’ont pas les moyens de garantir ces chantiers colossaux. Peut-être, sont-ils moins riches que le nom qu’on leur colle: « Ye ma tadjiri wa hentsi« . Encore faut-il les tester dans les compétitions des appels d’offre publics. Compétition par ailleurs en voie de disparition. Que l’agora du business comorien ne soit pas en mesure de construire un hôpital de 4 étages, peut se concevoir. Encore que. Mais qu’ils ne soient pas capables de se mettre ensemble sur un projet d’extension d’un hôtel, présagerait plutôt d’une émergence-mirage. Car cela voudrait dire, que les Comoriens sont voués au rang de spectateurs de la construction de leur propre pays; que l’on va bâtir sans nos entreprises, sans nos ouvriers, que nos écoles techniques auraient du spécialiser. Hacha, tsi djawu! Lire la suite

Interview/Mohamed Abdouloihabi, ancien président de Ngazidja : « Si l’on se sent le courage politique de défendre les grandes valeurs d’unité nationale, notre Constitution mérite une révision en profondeur ».

Mohamed Abdouloihabi, ancien président de Ngazidja (Image d’archives)

Débat sur l’éventualité d’une révision constitutionnelle aux, loi sur les partis politiques, bilan de la première année de mandat du Président Azali…Mohamed Abdouloihabi, homme de loi et ancien président de l’île de Ngazidja, s’est confié à Comoressentiel pour aborder toutes ces questions en toute franchise.

Quel est l’avis de l’homme politique et ancien président de l’île de Ngazidja que vous êtes par rapport aux  velléités  de révision Constitutionnelle  qui s’expriment avec insistance ces  derniers temps ?

D’aucuns prêtent au président Azali l’intention de réviser la Constitution et ce sont des hommes politiques qui se déclarent séduits par son ambition de mener les Comores  vers l’émergence qui lancent le débat.En ma qualité d’ancien président de Ngazidja, j’ai pratiqué les institutions nées de la Constitution de 2001 et subi sa révision de 2009 qui, selon les dires des uns et des autres visait en partie à  m’affaiblir dans ma détermination à faire respecter la Constitution dans l’attribution des compétences aux îles.

Ce vécu m’a permis de me rendre compte qu’une constitution n’est fondamentalement mauvaise que si ceux qui l’appliquent font preuve de mauvaise volonté dans leur pratique des institutions. Cette mauvaise volonté émanait particulièrement des autorités de l’Union qui avaient du mal à intégrer la nouvelle donne en cédant un peu de leur pouvoir.

Cependant l’opinion générale admet que notre Constitution a rempli sa mission de réconciliation et que désormais il  faut privilégier l’unification. Je pense donc que notre Constitution, n’étant pas un texte sacré peut être révisée,  mais elle doit l’être dans la concertation avec les forces vives de la nation, pour l’intérêt général et dans le respect de la procédure prévue à cet effet.

Si révision constitutionnelle il  devait y avoir, quels sont, selon vous, les points qui mériteraient d’être modifiés ?

Le 21 novembre 2011, mon parti, l’Alliance Politique pour la Sauvegarde des Institutions (APSI) a organisé au club des amis un colloque avec pour thème : »Après la tournante  mohélienne, quel devenir pour nos institutions ? » Y étaient conviés tous les partis politiques, les institutions nationales et nos partenaires internationaux. L’absence des institutionnels n’avait rien enlevé au sérieux de l’événement.

Notre objectif était de faire prendre conscience aux acteurs politiques de la nécessité de réviser notre Constitution dans ses fondamentaux et d’emmener le gouvernement à convoquer des assises nationales aux termes desquelles sortirait un document, fruit d’une concertation sereinement conduite, en dehors de toute précipitation.

L’APSI a sa vision des institutions qu’il faut à notre pays, des institutions qui assurent plus d’unité à notre Nation tout en donnant aux collectivités de base une grande liberté d’action pour leur développement. Mais elle croit en la vertu de la concertation. C’est pour cela qu’elle en appelle à des assises nationales où elle pourra apporter sa contribution. Lire la suite

Mort d’Ali Soilih, un assassinat aux multiples implications étrangères…

Par Faïssoili Abdou

Ali Soilih, ancien président des Comores

Il y a 39 ans, Ali Soilih tombait sous les balles des mercenaires. Renversé le 13 mai 1978 après seulement 28 mois de pouvoir, le Mongozi  fut froidement et lâchement assassiné le 29 mai suivant par ses geôliers.

« Ali Soilih, exhibé quelques jours auparavant, menottes aux poignets, pour la télévision française, est abattu « lors d’une tentative d’évasion », puis enterré en catimini à Chouani », écrivent Hervé Chagnoux et  Ali Haribou dans leur livre Les Comores.[1] Lors de son procès, en 1999, Denard apportera un éclairage sur cette « tentative d’évasion » du Président destitué. « Un soir, je lui ait dit que s’il se faisait juger il serait dilapidé. Nous nous estimions.  J’ai laissé la porte ouverte en lui disant : tu peux jouer ta chance. A peine étais-je sorti, j’ai entendu la rafale de kalachnikov », expliquait le mercenaire cité par Pierre Caminade[2].  Et lui d’indiquer qu’en fait, le barbouze avait placé l’un de ses hommes dans le couloir pour exécuter le sale boulot.

Bob Denard auteurs de plusieurs coups d’Etat aux Comores est décrit par Philippe Leymarie[3] comme étant « une belle fripouille dont la France officielle, du temps De Gaulle et de Giscard d’Estaing, n’a jamais condamné  les hauts faits et que ses services spéciaux manipulent pour retourner les causes désespérées ». Une description on ne peut plus explicite. D’ailleurs, selon Francois-Xavier Verschave[4], l’opération visant le président marxiste «  était commanditée par Paris et Pretoria. Le régime d’apartheid cherchait à déstabiliser les pays voisins, en particulier le Mozambique où il entretint, comme en Angola, une terrible guerre civile. Les Comores devinrent une base idéale pour les raids anti-mozambicains. » (France-Afrique P.322) Lire la suite

Télécommunications: Comores Telecom et Telco SA sur la même ligne…

Par Faissoili Abdou

Les clients de Comores Telecom et de Telco SA pourront désormais communiquer entre eux. Le long bras de fer qui opposait, jusqu’ici, l’opérateur national des télécoms et Telco SA a, enfin, trouvé une issue ce 22 mai 2017 par la signature d’une convention d’interconnexion des réseaux des deux opérateurs. « Enfin, un ouf de soulagement pour les usagers du mobile. La concurrence devient réelle avec l’interconnexion des deux opérateurs! Que le meilleur gagne! », a réagit Hamidou Mhoma, président de l’association des consommateurs des Tics aux Comores, sur sa page facebook. « Il était temps, c’est quand même une bonne nouvelle. Je crains toutefois un nivellement des prix vers le haut», confiera-t-il plus tard à Comoressentiel.

Une hausse qui pourrait provenir notamment par l’encadrement des tarifs imposé par l’Anrtic. Soulignons que l’accord d’échange de trafic entre les deux opérateurs s’est fait sur la base de deux décisions (l’une du 4 février 2017 et l’autre du 18 mai 2017) de l’Anrtic, l’autorité de régulation des Tics aux Comores, qui encadrent les tarifs des terminaisons nationales d’appels fixes, mobiles et Sms de Comores Telecom et Telco SA ainsi que les tarifs internationaux sortant de l’Union des Comores.

Les deux opérateurs se sont ainsi engagés à fixer leurs nouveaux tarifs internationaux en même temps que la mise en œuvre effective de cette interconnexion intervenue ce lundi peu avant minuit. L’interconnexion réclamée depuis des mois par Telco SA et ses clients tardaient à venir à cause de deux points essentiel : les tarifs des télécommunications pratiqués par Telco SA et la convention d’établissement signé entre l’Etat comorien et ce nouvel opérateur qui a démarré ses activités en 2016 dans l’archipel des Comores. « Pour Comores Télécom, les tarifs de Telco SA, surtout à l’international, étaient anormalement voire abusivement bas. Pour ce qui est de la Convention d’établissement les deux parties sont d’accord pour la renégocier », confie Hamidou Mhoma qui indique que celle-ci « mettait Comores Telecom en difficultés dans le sens où les avantages octroyés à Telma créaient une concurrence déloyale ».

Grève dans l’Education/ Le secrétaire général de l’intersyndical arrêté

Par Faïssoili Abdou

Ici, Moussa Mfoungounlie, au milieu, entouré de ses camarades (images d’archives. Source: Alwatwan)

Le gouvernement comorien visiblement  à bout des nerfs serait-il tenté d’adopter la manière forte pour mettre un terme à la grève illimitée qui secoue les écoles publiques depuis bientôt un mois?

Et soudain la manière forte. Un nouveau palier vient d’être franchi dans le bras de fer qui oppose depuis près d’un mois le gouvernement et l’intersyndical des enseignants du public aux Comores. Moussa Mfoungoulié, SG de l’intersyndical de l’Education a été arrêté ce mercredi soir suite à des propos tenus lors d’un point de presse au lycée de Moroni. Le chef syndicaliste se trouvait encore ce jeudi après midi dans les locaux de la gendarmerie de Moroni où  ses camarades s’étaient réunis pour lui apporter leur soutien. « On l’accuse d’avoir dit que des enseignants ont été corrompus par des autorités pour casser le mouvement. Pour eux, il s’agit d’un outrage à des autorités publiques. En réalité, ce qu’ils cherchent c’est casser la grève », a témoigné Chabane Mohamed, secrétaire national à l’organisation au niveau de la Confédération des travailleurs comoriens (CTC).

Alors  que le dialogue entre les deux parties s’éternise, sans grand succès pour le moment, le gouvernement serait-il tenté d’adopter la manière forte pour essayer de mettre fin à la grève qui paralyse l’école publique depuis le 24 avril dernier ?   « En tout cas les enseignants sont inflexibles, le mouvement est intact. Cette arrestation va durcir le mouvement. Au niveau de la Confédération des travailleurs (CTC), nous pensons même demander à l’intersyndical de ne répondre à aucune sollicitation du gouvernement pour revenir à la table des négociations, tant que Moussa ne sera pas libéré », répond notre interlocuteur. Lire la suite

Vie de parti/ Le président du Radhi quitte le bateau avec perte et fracas

Par Faïssoili Abdou

Ici,Abidhar Abdallah (au milieu) entouré des ténors du Radhi dont Houmed Msaidie, Sg du parti (photo prise par un membre du parti)

Alors qu’on croyait que  la brouille au sein du Radhi  était aplanie avec la récente réconciliation entre les deux tendances qui s’écharpaient ces derniers mois, voilà que le président de cette formation politique crée en 2014 a décidé soudainement, ce mercredi,  de claquer la porte. Une défection  qui intervient à quelques jours seulement du Congrès  du parti qui doit se tenir avant la fin de ce mois de mai.

« J’ai décidé de vous présenter par la présente ma démission à la fois de la présidence et de membre du parti ». C’est ainsi qu’Abidhar Abdallah, président du Radhi depuis sa création, a conclu sa lettre de démission, datée du 16 mai, qu’il a adressé au secrétaire général du parti. « Il s’est passé ces derniers mois beaucoup de choses au sein du parti Radhi : divergences sur la position à adopter face au pouvoir en place, tentative de rapprochement avec le parti du chef de l’Etat, divisons internes, tentatives de réconciliation entre les tendances, fusion inavouée avec le Gnec rénové », a-t-il commencé à inventorier avant de se plaindre d’avoir « été toujours écarté sans aucune raison valable » de toutes ces initiatives. Une version dont Houmed Msaidie, secrétaire général du parti, interrogé par Comoressentiel, n’approuve pas. « Comment Radhi aurait pu ignorer la stature de son président ? En tout cas, je faisais part de tout au président pour toutes les questions politiques et il était toujours partie à la décision », a assuré cet ancien ministre. Lire la suite

Liquidation de l’agence FADC : la Banque mondiale met en garde..

Par Kamal Ali Yahoudha

Ici, des travaux de construction d’une place publique à Tsinimoichongo sur financement du FADC et de la communauté locale

L’Agence nationale de conception et d’exécutions des projets (ANCEP) créée récemment par décret présidentiel pour remplacer le FADC passe mal au niveau de la Banque mondiale. Et l’institution l’a fait savoir, dans une missive, aux autorités comoriennes.

Dans un courrier adressé au Ministre des Finances et du Budget par la représentante pays de la BM, Coralie Gevers, le 25 avril dont Comoressentiel a eu copie,  la Banque mondiale invite « les parties prenantes (dont le gouvernement comorien) à faire attention à tout facteur qui pourrait faire obstacle à la bonne exécution du projet(FSS). »

Ce projet « Filets Sociaux de Sécurité (FSS) » est l’une des composantes phares de l’agence FADC financé par la Banque Mondiale depuis sa création en 1993 et qui s’étend sur 3 ans. Il a le mérite d’évaluer les nouvelles orientations de la Banque Mondiale qui passe d’une « perspective de court terme à une perspective de plus longue terme et de développement » lit-on dans ce courrier.

La Banque Mondiale à travers son agence FADC, dans sa composante FSS comptait mettre en œuvre « une approche plus directe à la réduction de la pauvreté en fournissant un soutien de revenu aux plus pauvres grâce à des filets de sécurité productifs qui augmentent leurs revenus tout en renforçant leurs bases d’actifs productifs et en développant des activités de nutrition communautaire. »

Faut-il rappeler que l’exécution de ce projet comme le mentionne la lettre au Ministre, est confiée à l’agence FADC« compte tenu de sa longue expérience et de son bilan satisfaisant en matière de mise en œuvre. »

L’abandon de ce projet aura des conséquences directes sur les couches les plus vulnérables ciblées par le FSS. Sans oublier les différents emplois que notre pays risque de perdre par cet arrêt brusque des activités de la FADC (20 emplois directs dans l’administration, 4000 emplois directs sur les sites et 20000 autres emplois indirects). Cet arrêt, pourrait aussi compromettre les engagements de collaboration de 3 ans avec les communautés cibles. Ce projet est déjà « planifié pour être effectué dans cette durée». D’où cette mise en garde à peine voilée de la Banque Mondiale contre toute interférence sur les missions du FADC.

Le gouvernement reviendra-t-il sur sa décision qui a mis fin, il y a quelques semaines, aux activités de l’agence FADC en le remplaçant par une superstructure présidentielle?  Car s’il y a une partie prenante qui n’a pas fait attention à un facteur « qui pourrait faire obstacle à la bonne exécution du projet (FSS)… » C’est bien le partenaire et bénéficiaire à savoir le gouvernement de l’Union des Comores.