A Mayotte, le spectre des « décasages » réapparaît

Par Faïssoili Abdou

Les « décasés « , ici à la Place de la République à Mamoudzou en 2016 (image d’archive)

Une épée de Damoclès. Elle est là. Menaçante. Elle risque de frapper à tout moment. « Ce matin à 6h00 des engins de la mairie de Ouangani détruisent une vingtaine de bangas (cases en tôles), récemment construits à Kahani, sous la haute surveillance de plus de 160 gendarmes. Pour les occupants c’est la stupeur », rapporte une vidéo de 2 min posté le 20 juillet sur le site web de Mayotte 1 ère.  « Où allons-nous avec nos enfants français », se demande, désemparé, un des occupants de ces bangas qui assistent à la destruction de leurs habitations malgré le fait, soutiennent-ils, qu’ils ont eu l’autorisation d’un agent de la Mairie de cette commune du centre Mayotte pour leurs constructions.

Cette action intervient une semaine après les menaces, le 11 juillet dernier sur la chaîne de télé Kwezi Tv, d’un collectif Mahorais, qui se fait, pudiquement, appeler le Comité de défense des intérêts de Mayotte (Codim). Derrière ce nom à priori inoffensif, se cachent en réalité les collectifs de Mahorais qui se sont illustrés l’année dernière par des actions violentes dirigées contre  des Comoriens des autres îles vivant à Mayotte. « De mi-janvier jusqu’au début du mois de juin, des collectifs de villageois ont procédé à des évacuations illégales, souvent avec violence, de personnes logeant dans des habitations précaires (avec ou sans bail) », rappelait, le 26 juin dernier, le rapport des associations françaises intervenant dans les centres de rétention administrative (CRA).

« Ces collectifs ont justifié ces actions par des prétextes tels que l’occupation illégale des terrains et un lien supposé entre les personnes expulsées et la délinquance constatée  dans le département. Cela a donné lieu à des déplacements de populations (estimés à environ 1 500 personnes), situation aggravée par la passivité des pouvoirs publics face à ces « décasages», poursuivent les associations notant, au passage, que la majeure partie des personnes délogées étaient mineures ou en situation régulière.   Lire la suite

Publicités