Liquidation de l’agence FADC : la Banque mondiale met en garde..

Par Kamal Ali Yahoudha

Ici, des travaux de construction d’une place publique à Tsinimoichongo sur financement du FADC et de la communauté locale

L’Agence nationale de conception et d’exécutions des projets (ANCEP) créée récemment par décret présidentiel pour remplacer le FADC passe mal au niveau de la Banque mondiale. Et l’institution l’a fait savoir, dans une missive, aux autorités comoriennes.

Dans un courrier adressé au Ministre des Finances et du Budget par la représentante pays de la BM, Coralie Gevers, le 25 avril dont Comoressentiel a eu copie,  la Banque mondiale invite « les parties prenantes (dont le gouvernement comorien) à faire attention à tout facteur qui pourrait faire obstacle à la bonne exécution du projet(FSS). »

Ce projet « Filets Sociaux de Sécurité (FSS) » est l’une des composantes phares de l’agence FADC financé par la Banque Mondiale depuis sa création en 1993 et qui s’étend sur 3 ans. Il a le mérite d’évaluer les nouvelles orientations de la Banque Mondiale qui passe d’une « perspective de court terme à une perspective de plus longue terme et de développement » lit-on dans ce courrier.

La Banque Mondiale à travers son agence FADC, dans sa composante FSS comptait mettre en œuvre « une approche plus directe à la réduction de la pauvreté en fournissant un soutien de revenu aux plus pauvres grâce à des filets de sécurité productifs qui augmentent leurs revenus tout en renforçant leurs bases d’actifs productifs et en développant des activités de nutrition communautaire. »

Faut-il rappeler que l’exécution de ce projet comme le mentionne la lettre au Ministre, est confiée à l’agence FADC« compte tenu de sa longue expérience et de son bilan satisfaisant en matière de mise en œuvre. »

L’abandon de ce projet aura des conséquences directes sur les couches les plus vulnérables ciblées par le FSS. Sans oublier les différents emplois que notre pays risque de perdre par cet arrêt brusque des activités de la FADC (20 emplois directs dans l’administration, 4000 emplois directs sur les sites et 20000 autres emplois indirects). Cet arrêt, pourrait aussi compromettre les engagements de collaboration de 3 ans avec les communautés cibles. Ce projet est déjà « planifié pour être effectué dans cette durée». D’où cette mise en garde à peine voilée de la Banque Mondiale contre toute interférence sur les missions du FADC.

Le gouvernement reviendra-t-il sur sa décision qui a mis fin, il y a quelques semaines, aux activités de l’agence FADC en le remplaçant par une superstructure présidentielle?  Car s’il y a une partie prenante qui n’a pas fait attention à un facteur « qui pourrait faire obstacle à la bonne exécution du projet (FSS)… » C’est bien le partenaire et bénéficiaire à savoir le gouvernement de l’Union des Comores.

Libre opinion: Contre la nouvelle politique d’assistanat de la FADC

Les autorités comoriennes ont dévoilé récemment un nouveau programme de la FADC (fond d’appui au développement communautaire) intitulé « filets sociaux de sécurité ».  Doté d’une enveloppe de 6 millions de dollars ce projet soutenu par la banque mondiale viserait à « augmenter l’accès aux filets sociaux et au service de nutrition dans les communautés les plus pauvres ». Reste que cette nouvelle orientation des activités de la FADC  soulève  des questionnements quant à son utilité et son efficacité. Un de nos lecteurs nous a fait parvenir la réflexion suivante à travers laquelle, il appelle à dénoncer ce qu’il a baptisé « la politique du mangement ». 

Par Docteur Abdou Ada Musbahou (Chirurgien, France)

Avant  de m’exprimer sur la nouvelle politique de la FADC, en ma qualité de simple citoyen soucieux de l’avenir de notre pays, je ne peux pas m’empêcher de louer les efforts que cet organisme a consenti  pour améliorer les infrastructures,  dans l’ensemble du territoire national.  En effet, au  moment où les moyens de l’Etat sont limités, c’est  grâce à la FADC que des  travaux de construction d’écoles,  d’adduction d’eau et  d’assainissement sont réalisés dans nos villes et villages,  oubliés par les pouvoirs publics. Sans aucun doute, il s’agissait  d’une action,   profitant à l’ensemble de la population ayant vocation à  améliorer  la vie des gens d’une façon durable dans ce pays où beaucoup d’éléments de base pour son développement manquent cruellement à savoir : l’eau, l’électricité, les routes, les écoles…

Les principales activités professionnelles  pratiquées  par la majeure partie des hommes et des femmes actives dans ce pays, demeurent l’agriculture et la pêche. Force est de constater que mis à part le projet de pêche qui vient de voir le jour à Ngazidja, rien n’est fait pour aider le paysan et le pêcheur comorien à améliorer ses revenus, malgré les nombreuses annonces.

Il faut aussi rappeler que les Comoriens ne connaissent pas la famine et la malnutrition à grande échelle comme d’autres pays, grâce aux  efforts  ingrats de nos agriculteurs et de nos pêcheurs,  malgré leurs  faibles  moyens d’exploitation. Ces Comoriens d’en bas méritent reconnaissance et encouragement pour améliorer leur  rendement et non pas l’aumône quelle qu’elle soit sa forme. Il serait donc  préférable de leur donner des outils de travail et  assainir les pistes rurales construites par les gouvernorats, plutôt que  leur distribuer des denrées alimentaires importées.

C’est pourquoi, je m’insurge contre la nouvelle politique de la FADC, laquelle vise à distribuer des vivres aux gens sous prétexte de soulager leur souffrance, au lieu de continuer ses efforts en faveur de l’amélioration des infrastructures dans le pays. Cette politique alimentaire, une  pérennisation de l’assistanat  me rappelle les projets PAM (programme alimentaire mondial) aux Comores avec leurs dérives…

Je lance un appel pressant à tous pour dénoncer cette politique de « mangement »