Mort d’Ali Soilih, un assassinat aux multiples implications étrangères…

Par Faïssoili Abdou

Ali Soilih, ancien président des Comores

Il y a 39 ans, Ali Soilih tombait sous les balles des mercenaires. Renversé le 13 mai 1978 après seulement 28 mois de pouvoir, le Mongozi  fut froidement et lâchement assassiné le 29 mai suivant par ses geôliers.

« Ali Soilih, exhibé quelques jours auparavant, menottes aux poignets, pour la télévision française, est abattu « lors d’une tentative d’évasion », puis enterré en catimini à Chouani », écrivent Hervé Chagnoux et  Ali Haribou dans leur livre Les Comores.[1] Lors de son procès, en 1999, Denard apportera un éclairage sur cette « tentative d’évasion » du Président destitué. « Un soir, je lui ait dit que s’il se faisait juger il serait dilapidé. Nous nous estimions.  J’ai laissé la porte ouverte en lui disant : tu peux jouer ta chance. A peine étais-je sorti, j’ai entendu la rafale de kalachnikov », expliquait le mercenaire cité par Pierre Caminade[2].  Et lui d’indiquer qu’en fait, le barbouze avait placé l’un de ses hommes dans le couloir pour exécuter le sale boulot.

Bob Denard auteurs de plusieurs coups d’Etat aux Comores est décrit par Philippe Leymarie[3] comme étant « une belle fripouille dont la France officielle, du temps De Gaulle et de Giscard d’Estaing, n’a jamais condamné  les hauts faits et que ses services spéciaux manipulent pour retourner les causes désespérées ». Une description on ne peut plus explicite. D’ailleurs, selon Francois-Xavier Verschave[4], l’opération visant le président marxiste «  était commanditée par Paris et Pretoria. Le régime d’apartheid cherchait à déstabiliser les pays voisins, en particulier le Mozambique où il entretint, comme en Angola, une terrible guerre civile. Les Comores devinrent une base idéale pour les raids anti-mozambicains. » (France-Afrique P.322) Lire la suite

Avoir 39 ans dans l’archipel des Comores

Par Faïssoili Abdou

Des jeunes militants devant la Cour Constitutionnelle à Moroni

Des jeunes militants devant la Cour Constitutionnelle à Moroni

Je suis né en 1978 dans la campagne anjouanaise. 39 ans à peine sonnés.

Chers enfants de 1978…. L’année qui nous a vu naître est une année tragique et en même temps, une année charnière de l’Histoire récente de notre archipel. Cette année marque la fin de révolution culturelle  initiée par Ali Soilihi et le début d’un pouvoir dictatorial, instauré avec l’appui des mercenaires français, qui va durer jusqu’en 1989.  En effet, c’est le 13 mai 1978 qu’Ali Soilihi Mtsachiwa, chef de l’Etat depuis le 2 janvier 1976 est renversé par un coup d’Etat mené par le mercenaire français Bob Denard. Celui qui se faisait appelé le Mongozi  (le guide) sera lâchement  assassiné quelques temps après, dans la nuit du 28 au 29 mai « lors d’une tentative d’évasion ».

Cet assassinat mettait ainsi, brutalement, fin à la révolution socialiste qu’Ali Soilihi  avait tenté de mettre en place aux Comores. Le coup d’Etat contre le Mongozi ouvrait également la voie à un  retour au pouvoir d’Ahmed Abdallah qui était destitué trois ans plutôt par le même Ali Soilihi. Dans le sillage de ce retour d’Abdallah aux affaires, des mercenaires français allaient s’établir dans l’archipel des Comores durant une décennie. En effet, « à partir de 1978, autour de Bob Denard, une partie des soldats de fortune s’installe aux Comores au sein de la Garde présidentielle (Gp). Ils se maintiennent aux côtés d’Ahmed Abdallah et sont associés à la direction des Comores (politiquement et économiquement) pendant dix ans ».  (Walter Bruyère-Ostells, Dans l’ombre de Bob Denard)

Et pourtant, trois ans plutôt, en 1975, les Comoriens écrivaient une des plus belles pages de leur Histoire récente en déclarant unilatéralement l’indépendance de l’archipel. L’enthousiasme né de cette initiative glorieuse sera de courte durée. Lire la suite

Libre opinion: A propos de l’Analyse de Kamal Abdallah sur la situation politique aux Comores en ce début 2015

Par Kamal Eddine Saindou (Kes)

Nombreuses et contrastées, les réactions des internautes sur la publication de Kamal Abdallah, porte –parole du Collectif pour la défense de la démocratie aux Comores (A lire ici : http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-divay/040115/pourquoi-sambi-est-la-bete-noire-du-regime-ikililou-ancien-collaborateur-de-feu-le-president-soi), prouvent au moins que l’auteur n’a pas laissé ses lecteurs insensibles. Pour ma part, je trouve cette analyse intéressante, en tout cas objective. Je profite ici pour regretter la facilité de beaucoup d’internautes à fustiger les réflexions publiées sur la toile (lieu incontournable de la communication moderne) au lieu d’argumenter sur leurs désaccords. Que l’auteur d’un propos ait une position partisane ou pas n’est pas le problème. C’est son argumentation et sa démarche qui devraient faire l’objet de débat. Il faudrait que nous apprenions à sortir de cette spirale improductive d’invectives gratuites qui confisquent la réflexion. C’est dans ce sens que j’apporte ici ma contribution. Lire la suite

Quand Idriss Mohamed raconte l’Asec

En librairie/ « Fragments d’expérience. Parcours d’un révolutionnaire comorien », Editions Coelacanthe

COUVERTURE2Idriss Mohamed

Un plongeon au cœur de ce que fut l’Association des stagiaires et étudiants comoriens (Asec) et son émanation le parti Front démocratique (FD) de 1970 à 2003. C’est ce à quoi nous invite Idriss Mohamed Chanfi, président du comité Maoré, dans son livre « Fragments d’expérience. Parcours d’un révolutionnaire comorien » paru aux Editions Cœlacanthe en août dernier. L’auteur retrace l’histoire de trente années de son engagement politique dans le mouvement révolutionnaire comorien. Un parcours qui se mêle à l’histoire politique de l’archipel. Aux côtés d’Idriss Mohamed, on pénètre dans les coulisses du combat patriotique qui était le sien et celui de sa génération imprégnée par les idées marxistes des années 60. On découvre l’ambiance et l’intensité des débats qui prévalaient à cette époque. Le fonctionnement, les forces et les faiblesses de ce mouvement, les coups bas, les retournements de veste de certains membres de l’organisation y sont également décrits sans ambages. Edifiant… Lire la suite