Chronique politique. Le Juwa face au supplice chinois du régime Azali

Par Faissoili Abdou

Une vue des participants au Congrès Juwa

Nous publions ci-dessus un petit concentré des événements politiques les plus marquant de la semaine passée.

Le Juwa face au supplice chinois du régime Azali

Le week-end dernier, le parti Juwa de l’ancien Président Ahmed Abdallah Sambi a réussi à organiser son premier congrès malgré la volonté clairement affichée du ministère l’intérieur de vouloir empêcher cet événement important dans la vie d’une formation politique.

Les Sambistes ont donc pu renouveler les membres du bureau de leur parti et tracer de nouvelles lignes directrices de leur Mouvement. Ce fut ainsi, l’occasion pour le président d’honneur du Juwa d’appeler ses partisans à resserrer les rangs pour pouvoir  jouer pleinement leur rôle d’opposant au régime en place et aussi se préparer pour affronter les échéances électorales à venir à commencer par les législatives de 2019.

En réussissant, donc,  à organiser son congrès sans anicroche, le Juwa est arrivé du même coup à conjurer les démons de la division qui guettent ses rangs depuis les dernières élections présidentielles.

En effet, après l’échec de leur candidat à l’issue des primaires, le parti s’est divisé sur le choix du candidat à soutenir parmi les trois arrivés en tête. Alors que la préférence des candidats Juwa s’étaient penché sur Azali , certains membres du bureau exécutif  national  s’en étaient farouchement opposés. Un  bras de fer s’engagea alors entre les deux camps Juwa et faillit emporter le parti. Il a fallu des longs mois d’intenses discussions pour pouvoir recoller les morceaux et arriver ainsi à une réconciliation entre les différentes tendances du parti. La rupture de l’alliance entre les anciens candidats Juwa et le chef de l’Etat Azali Assoumani y a certainement beaucoup contribué à cet apaisement au sein de la formation politique.

L’histoire retiendra que depuis l’arrivée  du Colonel Azali,  pourtant soutenu par la grande majorité du Juwa, au pouvoir en mai 2016 et avant même que la rupture fracassante de cette alliance décidée par le chef de l’Etat lui même,  le Juwa a subi plusieurs déconvenues. De l’annulation de l’élection du  Conseiller de l’île (Juwa) de la circonscription de Adda par la Cour constitutionnelle suivie par la validation l par la même haute juridiction de la liste controversée des trois Conseillers de l’opposition comme représentant du Conseil de l’île de Ndzouani à l’Assemblée de l’Union au détriment de ceux du Juwa, les Sambistes en ont vu de toutes les couleurs.

A croire que leur alliance avec le président Azali leur a apporté la poisse. Alors qu’ils croyaient, enfin, continuer tranquillement leur rôle d’opposant au régime en place après leur rupture au mois de juillet dernier, voilà que le pouvoir Azali s’est rappelé à leur souvenir en voulant empêcher la tenue de leur Congrès sous un prétexte fallacieux consigné dans un circulaire visiblement bricolé à la hâte par le cabinet du ministère de l’intérieur. Quelques jours auparavant c’est le chef de l’Etat en personne qui, dans un meeting à Bimbini, aurait recommandé un de ses Conseillers à la Présidence, un membre du Juwa passé depuis avec armes et bagages dans le camp Azali d’intégrer au plus vite  la Crc (parti au pouvoir) car le Juwa (soleil) va bientôt se coucher… Une déclaration qui semble expliquer les coups portés régulièrement au parti de l’homme au turban vert. Un vrai supplice chinois. Jusqu’où cela va nous mener?

Et aussi…

Les Assises de la discorde…

Membres du comité de pilotage des Assises nationales

Lundi, 13 novembre dernier, le Chef de l’Etat Azali Assoumani  a procédé à l’investiture du comité de pilotage des Assises Nationales (Cpan). Un comité qui, deux jours auparavant à subi des défections dans ses rangs. Des membres de l’opposition, ayant constaté une « mainmise regrettable »  du pouvoir sur les préparatifs des Assises et jugeant que le Cpan n’était pas « inclusif » ont décidé de quitter le navire. Il y en est de même pour Idriss Mohamed, un des membres influents du Mouvement du 11 août qui a décidé de ne pas participer à la cérémonie d’investiture pour les mêmes raisons.  Dans la foulée, le comité mis en place s’est fendu d’un communiqué pour assurer  de « son intégrité et sa neutralité ». Le comité a également fait savoir qu’ils travaillaient pour faire revenir les dissidents dans leurs rangs.

Alors que le train des Assises semble sur les rails, les réticences se font de plus en plus aigües. Une bonne partie de la classe politique qui soupçonne des intentions inavouées du chef de l’Etat par rapport à ce rendez vous, notamment sa volonté de s’éterniser au pouvoir à travers un tripatouillage de la Constitution, préfère tout bonnement  s’abstenir de ces Assises.

Une opposition farouche, qui pour l’instant, semble n’avoir ébranlé les ardeurs du colonel Azali déterminé à aller jusqu’au bout de son entreprise : la suppression pure et simple du dispositif constitutionnel sur la présidence tournante entre les îles de l’archipel introduit par la constitution de 2001. Et pourtant, la sagesse dicterait que ces Assises se tiennent dans un climat apaisé et neutre. Ceux qui proposent par exemple qu’elles se tiennent en 2031, après la présidence Mohélienne, nous paraissent plus raisonnables. Rappelons que même avec des bonnes intentions, on peut aboutir à des résultats contraires. Il ne faut pas que l’initiative, du Mouvement du 11 août considérée comme une occasion pour les forces vives nationales de pouvoir s’asseoir autour d’une même table, discuter et essayer de réinventer des Comores nouvelles, finissent par servir dans les faits comme la toilette du mort avant….. son enterrement. En effet, en s’entêtant à vouloir organiser vaille que vaille ces Assises qui divisent fortement la classe politique nationale, Azali prend le risque d’exposer le pays à son implosion…

Et enfin…

La gifle ministérielle…

Mohamed Daoudou, Ministre de l’Intérieur, de l’Information, de la Décentralisation, chargé des Relations avec les Institutions, Porte-parole du Gouvernement, est un ennemi de la liberté d’expression voire même de la liberté tout court. Et, il en donne la preuve depuis plus d’un an qu’il est à la tête du ministère de l’intérieur. Entre la démolition des lieux de cultes tenus par des minorités religieuses dans l’archipel (Chiites, Ahamadiya..), l’arrestation arbitraire de journalistes des radios périphériques et la confiscation de leurs outils de diffusions en dehors de toute décision juridique, la forte pression sur les journalistes des médias publics, le ministre de l’intérieur démontre son aversion pour les libertés humaines.

L’agression physique, lundi dernier, du  journaliste de radio Kaz dont le ministre refuse même sa qualité professionnelle, est le dernier épisode d’une liste bien fournie de ses actions contre la liberté de la presse. Pour les journalistes de la place c’était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase déjà pleine de leur patience et ils l’ont fait savoir au ministre en organisant un sit-in à la place de l’indépendance, devant le Conseil de l’île de Ngazidja. Kiki qui est, pourtant, un représentant de l’Etat, semble ne faire grand cas des institutions judiciaires du pays. Il donne constamment  l’impression de vouloir les décrédibiliser. Avec un tel comportement, il est difficile pour le ministre de demander à ses concitoyens de respecter la loi…dont il est le premier à bafouer.

 

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