Contribution/ Réussir les Assises nationales, réunir quatre conditions préalables  

Par Nakidine Mattoir, Historien∗

Nakidine Mattoir, Historien

Les partis politiques semblent adhérer à l’idée des assises nationales. Cette réunion porterait sur le bilan des 42 ans d’indépendance et des institutions actuelles. Ainsi, afin d’éviter de refaire les mêmes erreurs, il me semble que quatre conditions préalables doivent être réunies pour faire de ces assises une réussite collective.

Construire la nation comorienne

Une des conditions fondamentales pour construire les Comores de demain, c’est d’abord de construire la nation comorienne. Il est un spectre que nous devons tous nous employer à exorciser : celui de la disparition de l’unité de notre pays et de l’amour que nous lui portons.

Nous avons pris l’indépendance sans former des jeunes amoureux de leur pays et de la nation. Les Comoriens sont très claniques et chauvins. Par conséquent, nous devons mener, avec foi et conviction, la mère de toutes les batailles : la construction de la nation comorienne. Qu’est ce qu’être Comorien ? Est-ce le partage de valeurs communes? Est-ce l’exercice de droits et le respect d’obligations communes? Quelles sont nos valeurs communes à partager et à transmettre ? L’une des bases fondamentales de ces assises serait de définir “Être Comorien”. Ce sentiment d’appartenir à une nation unique peut être aussi transmise par l’instruction civique. Sur ce sujet, avec mon ami juriste Abdou Azimdini, nous avons élaboré un manuel d’instruction civique pour les élèves de l’école primaire et secondaire qui se propose de construire cette identité comorienne partagée et parfois refoulée. Notre démarche vise à réveiller le patriotisme qui nous habite tous. Assurer la cohésion nationale, transmettre les valeurs communes et consolider la fraternité nationale, ca serait érigé la fierté d’être comorien en bonheur partagé.

Modifier la Constitution en mettant fin au Président-Dieu

En octobre 2015, nous avons encore dénoncé la Constitution de 2001 et avons appelé à un débat national sur l’avenir des institutions après la tournante mohélienne. Ainsi, à la veille des assises, réformer cette constitution, qui a ôté aux Comoriens le droit d’avoir une nation une et indivisible, est vitale. Qui plus est, le mode de désignation, d’abord par l’île d’origine a renforcé le clientélisme insulaire. Enfin, nous devons modifier cette constitution scabreuse qui a instauré une « monarchie de fait », un Président-Dieu, centralisant toutes les nominations.

Mettre fin à ce régime hyper-présidentiel est une préalable pour réussir ces assises. Repenser la Constitution actuelle avec ses foultitudes d’institutions est une exigence vitale. L’objectif commun serait de sauvegarder la tournante en instituant le régime parlementaire. A ce titre, l’exemple mauricien est plus que frappant. Les partis sont libres, la tenue régulière des élections législatives est inviolable depuis 1982 et le phénomène de l’alternance politique s’y est installé. Le président de la République est élu par l’assemblée nationale et occupe un pouvoir purement honorifique. Le premier ministre détient la réalité du pouvoir. Ainsi, nous pouvons nous inspirer de ce modèle pour instaurer un Président « tournante » honorifique et une assemblée nationale élue à la proportionnelle nationale à deux tours, avec le respect de la parité « un homme, une femme ». Les listes ayant obtenu plus de 15% des votants seront admis au second tour et les listes ayant obtenues plus de 5% au moins dans deux îles pourront fusionner. Une prime majoritaire de 30% sera donnée à la liste ayant obtenue la majorité absolue ou relative. Le premier ministre, chef de la majorité, sera rééligible une seule fois. Ce modèle d’élection élargi aux gouverneurs des îles favorisera le débat national, éliminera les institutions budgétivores et les partis régionaux.

Une justice indépendante et impartiale, gage de progrès social et de paix civile

La confiance dans la justice est un élément fondamental de la démocratie. Or, aujourd’hui, la justice comorienne est réactive pour condamner un voleur de tomates et lâche pour les voleurs des biens publics. La justice doit retrouver son honneur, mais aussi rassurer l’opinion publique. Les assises doivent assainir la justice afin que celle-ci mène une traque des biens mal acquis. L’assainissement de la justice passe également par le statut des magistrats, notamment la fin des nominations des juges par le pouvoir exécutif.

La réforme de la justice constitutionnelle devient également impérieuse. Les assises doivent penser à une justice constitutionnelle qui garantit l’impartialité, le rendu sincère des recours électoraux et l’institution d’une cour commune fusionnant la Cour constitutionnelle et la Cour suprême.

Le développement économique, le chantier d’avenir

A l’heure de la mondialisation, le bilan économique des 42 ans s’impose à nous : c’est le taux de dépendance aux importations. Importation des parfums malgré les fleurs Ylang-ylang, importation des aliments malgré des terres fertiles et un climat favorable à la production.

Le patriotisme économique doit être au cœur des assises. Nous ne pouvons plus assister à la mort à petit feu des initiatives locales : hier les Mahmoud Soidik avec Naziko et aujourd’hui les fleurs de l’aérien national.  Nous devons nous doter d’un arsenal juridique et économique favorisant la création des entreprises locales et l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire.

Les assises doivent être le chantre du « Comorien First ». Ils doivent se réapproprier du slogan « produisons et achetons comorien » afin de préserver l’environnement en produisant « local » et favoriser les activités nationales. La mobilisation doit se faire pour mettre en œuvre des crédits facilités et à bas coût pour l’investissement local, mais aussi des taux d’imposition plus faibles pour favoriser la production made in Comores.

∗ Nakidine Mattoir est notamment l’auteur du l’ouvrage « Les Comores de 1975 à1990, une histoire politique mouvementé,2004, l’Harmattan

Publicités

Une réflexion sur “Contribution/ Réussir les Assises nationales, réunir quatre conditions préalables  

  1. des bonnes idées. Mais tu as évoqué certaines maladies qui rongent les Comores, tu as avancé quelques solutions . il n y’aura jamais de changements si les pays ne changent pas des « têtes ». combien de conférences ont lieu aux comores? les solutions se trouvent au côté de l’éducation. A chaque fois on parle des causes de nos difficultés mais on n’oublie les facteurs qui les nourrissent. j’ai besoin de vous lire encore une fois ce que tu as proposé pour l’école. Merci

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s