Projets d’infrastructures/ Et les Comoriens dans tout ça ?

Par Kamal’Eddine Saindou

Kamal’Eddine SAINDOU, journaliste

Les annonces des futures réalisations donnent le vertige. Hôpitaux gratte-ciel, hôtels, casernes, autoroute du soleil reliant Moroni à l’aéroport de Hahaya par Itsoundzou, cité administrative sur la grille….Telles des prémices, la succession des coups de pioche, annonce le cap donné au pays, peu importe le nom.

Un président promettant à son peuple de semer des « arbres à argent », aux fruits de billets de banque. Un autre miroitant des éléphants blancs. Ceci, comme cela, financé par des générosités extérieures dont on ne sait pas s’il s’agisse d’aumônes ou de prêts. Tout aussi flou que sont les montants. Ce qui est moins mystérieux dans ces transactions, ce sont les sociétés étrangères qui se précipitent pour réaliser ces chantiers. Et pendant ce temps, les opérateurs économiques comoriens se disputent les sigles de leurs associations et se disputent le marché des ailes de poulet.

Bien sûr que l’on prétextera que nos patrons bons pour les photos de famille – à l’exception de certains visiteurs du soir-, n’ont pas les moyens de garantir ces chantiers colossaux. Peut-être, sont-ils moins riches que le nom qu’on leur colle: « Ye ma tadjiri wa hentsi« . Encore faut-il les tester dans les compétitions des appels d’offre publics. Compétition par ailleurs en voie de disparition. Que l’agora du business comorien ne soit pas en mesure de construire un hôpital de 4 étages, peut se concevoir. Encore que. Mais qu’ils ne soient pas capables de se mettre ensemble sur un projet d’extension d’un hôtel, présagerait plutôt d’une émergence-mirage. Car cela voudrait dire, que les Comoriens sont voués au rang de spectateurs de la construction de leur propre pays; que l’on va bâtir sans nos entreprises, sans nos ouvriers, que nos écoles techniques auraient du spécialiser. Hacha, tsi djawu!

Pourquoi ne pas orienter l’épargne des Comoriens vers des projets productifs au lieu de le diriger vers le financement du grand-mariage où vers l’enrichissement des sociétés d’import qui n’apportent pas de valeur ajoutée et ne créent pas d’emplois qualifiés? Le niveau de bancarisation atteint par les mutuels de crédits, apporte la preuve que bien dirigée, l’épargne (mbapvi za économie) des particuliers leur seraient directement profitable, si elles étaient transformées en petites actions d’investissement sur des projets d’intérêt collectif. Les Mecks, les Sanduks et demain les mutuelles, sont-ils en vérité autre chose que des entreprises dont les clients sont aussi les actionnaires? Cette implication profitable pour tous, manque malheureusement, à la vision projetée sur le développement des Comores, peu importe son nom.

Sans une telle impulsion qui ferait des Comoriens les petits porteurs finançant le développement de leur pays avec l’assurance d’un retour sur investissement, le pays risque de vivre l’expérience d’autres pays africains qui ont dilapidé l’argent public dans des projets pharaoniques. Des éléphants blancs qui ont nourri le culte de la personnalité de leur président-bâtisseur, avant de mourir sur pied. L’absence de tels débats sur le comment développer, (et non de cours magistral), renvoie à cette caractéristique du pouvoir politique comorien de considérer tout citoyen critique, toute exigence d’une participation citoyenne à la construction nationale, comme une mauvaise herbe. La pensée unique ou l’exil, sont deux faces de la mort. Comme un destin…

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