Grève dans l’Education/ Le secrétaire général de l’intersyndical arrêté

Par Faïssoili Abdou

Ici, Moussa Mfoungounlie, au milieu, entouré de ses camarades (images d’archives. Source: Alwatwan)

Le gouvernement comorien visiblement  à bout des nerfs serait-il tenté d’adopter la manière forte pour mettre un terme à la grève illimitée qui secoue les écoles publiques depuis bientôt un mois?

Et soudain la manière forte. Un nouveau palier vient d’être franchi dans le bras de fer qui oppose depuis près d’un mois le gouvernement et l’intersyndical des enseignants du public aux Comores. Moussa Mfoungoulié, SG de l’intersyndical de l’Education a été arrêté ce mercredi soir suite à des propos tenus lors d’un point de presse au lycée de Moroni. Le chef syndicaliste se trouvait encore ce jeudi après midi dans les locaux de la gendarmerie de Moroni où  ses camarades s’étaient réunis pour lui apporter leur soutien. « On l’accuse d’avoir dit que des enseignants ont été corrompus par des autorités pour casser le mouvement. Pour eux, il s’agit d’un outrage à des autorités publiques. En réalité, ce qu’ils cherchent c’est casser la grève », a témoigné Chabane Mohamed, secrétaire national à l’organisation au niveau de la Confédération des travailleurs comoriens (CTC).

Alors  que le dialogue entre les deux parties s’éternise, sans grand succès pour le moment, le gouvernement serait-il tenté d’adopter la manière forte pour essayer de mettre fin à la grève qui paralyse l’école publique depuis le 24 avril dernier ?   « En tout cas les enseignants sont inflexibles, le mouvement est intact. Cette arrestation va durcir le mouvement. Au niveau de la Confédération des travailleurs (CTC), nous pensons même demander à l’intersyndical de ne répondre à aucune sollicitation du gouvernement pour revenir à la table des négociations, tant que Moussa ne sera pas libéré », répond notre interlocuteur.

Les revendications de l’intersyndical sont essentiellement axées sur des « avancements et intégrations » des enseignants et aussi « des reliquats liés aux avancements déjà faits sous Ikililou ». Et, selon des chiffres cités par nos confrères de la Gazette des Comores ces réclamations s’élèveraient à 405 millions kmf  pour les reliquats et 246 millions par mois pour les avancements. Le gouvernement aurait montré sa volonté de répondre favorablement à cette demande mais exige un contrôle physique des enseignants avant de débloquer l’argent. Le 8 mai dernier, Mohamed Daoud, le ministre de l’intérieur qui assurait l’intérim de son confrère de l’Education confiait à La Gazette des Comores qu’ « on ne peut pas payer ces avancements et intégrations à l’aveuglette car on sait qu’il y a des erreurs. Un travail en profondeur doit se faire et ne peut se faire qu’avec l’appui du syndicat national des agents de l’éducation », ajoutant que « le syndicat doit faire vite car le travail doit s’achever avant le 15 mai pour pouvoir bénéficier leurs droits dès le paiement du salaire mois d’avril ». Le lendemain dans le même journal, Soilih Mohamed Djounaid, directeur général de la fonction publique, expliquait : « Selon plusieurs rapports établis par les inspections de l’éducation il se dégage un surplus d’enseignants. On nous demande de faire des avancements de manière globale et on sait qu’il y a des éléments qui peuvent se glisser sans le savoir. C’est pourquoi nous avons demandé de faire des contrôles sur le terrain avant d’effectuer le paiement des avancements et intégrations ».

En attendant l’éventuelle satisfaction des revendications de l’intersyndical, le gouvernement envisagerait également de frapper les grévistes dans leurs portes monnaie en leur privant leur salaire du mois de mai. Ce qui a fait sursauté Chabane Mohamed. « Le plus grave encore c’est que le gouvernement, à l’issue du conseil des Ministres d’hier, a déclaré que les grévistes ne seront pas payés à partir de mai. Cela est une atteinte au droit syndical de grève. Lorsqu’une grève est provoquée par le non respect par l’employeur de ses engagements, on ne peut pas retenir le salaire. Il y a eu un protocole d’accord que le gouvernement ne veut pas respecter et ça a déclenché la grève. En ne payant pas les salaires, le gouvernement porterait atteinte aux libertés syndicales et aux Conventions 87 et 98 de l’OIT. Le gouvernement piétinerait également la Convention 95 de l’OIT, qui protège les salaires en général, et dans un cas pareil en particulier. Les avancements et les intégrations, c’est un droit statutaire. Ils ne devraient même pas faire l’objet de négociations, ils devraient être automatiques. Le gouvernement se met ainsi en situation d’illégalité »,commenté cet enseignant de philosophie. Pendant ce temps, les portes des écoles restent désespérément fermées. A deux mois des examens de fin d’année, avouons que  cela fait désordre…

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