Assemblée de l’Union/Le député Dhoihir Dhoulkamal part à l’assaut de la loi sur la citoyenneté économique

Par Faïssoili  Abdou

Le député Dhoihir Dhoulkamal, photo d’archives ( source: La Gazette des Comores)

Près de neuf ans après son adoption controversée en novembre 2008, la loi sur la citoyenneté économique, tel un boomerang, revient sous les feux de la rampe. Dans sa livraison du 17 mars dernier, sous le titre « La Cour Suprème rouvre la boite de Pandore »,  Alwatwan Eco, le supplément économique du journal gouvernemental Alwatwan nous informait que la section des comptes de la Cour suprême a décidé d’enclencher « des enquêtes sur les personnes impliquées dans la gestion du programme de la citoyenneté économique sur la période allant de 2008 à 2015 ». Et, aujourd’hui, Comoressentiel, apprend que le député Dhoihir Dhoulkamal plaide, de son côté, pour l’abrogation pure et simple de cette loi…

Le député indépendant vient de déposer une proposition de loi visant à abroger « la loi n°08-014 AU du 27 novembre relative à la citoyenneté économique » du nom de ce programme lancé sous le pouvoir du président Ahmed Abdallah Sambi destiné à vendre des passeports comoriens à des apatrides (Bidouns) des pays du Golfe (Emirats Arabes Unis et Koweit) . Il souhaite qu’après adoption de cette proposition de loi, la loi n°08-014AU soit « abrogée avec effet immédiat » et que les détenteurs des passeports de la citoyenneté économique ne puisse « en faire usage ». « Il y a urgence aujourd’hui de mettre fin à cette volonté de ternir l’image des Comores », souligne le parlementaire dans l’exposé des motifs de cette proposition de loi estimant par la même occasion que « les promoteurs de cette loi controversée ont trahi la confiance de la Nation ».

Selon ses initiateurs, cette loi adoptée dans la confusion en 2008 était censée contribuer à renflouer les caisses de l’Etat et donner un coup d’accélérateur à l’économie de l’archipel des Comores qui figure parmi les pays les plus pauvres de la planète. C’était, visiblement, sans compter avec la cupidité de certains de nos hommes politiques qui, comme des fauves affamés, se sont rués sur le magot pour se gaver et remplir leur compte en banque. Au lieu d’en profiter au pays et donc au peuple comorien dans son ensemble, cet argent a, semble-t-il, fait le bonheur des hommes politiques bien placés. A part quelques miettes engagées dans travaux ici et là, le peuple n’en a pas vu la couleur de ces sommes astronomiques…

Dans son premier volet, le programme de citoyenneté économique devrait rapporter à l’Etat comorien la coquette somme de 200 millions de dollars (155 millions d’euros). D’autres opérations ont suivis par la suite sans qu’on sache  ni le nombre de passeport ou les montants engrangés à travers ces transactions. Ainsi, à cause de cette opacité totale qui a entouré la gestion de cet argent public, on ne peut, aujourd’hui, garantir avec certitude que ces fonds ont réellement atterri dans les caisses de l’Etat. On se rappelle qu’un jeune député de la précédente législature qui avait soulevé la question à l’hémicycle s’était vu répondre par l’ancien Vice-président en charge des finances, Mohamed Ali Soilihi,  qu’il s’agissait d’un « secret d’Etat ». Un secret que la Cour des comptes semble aujourd’hui vouloir percer. Espérons que l’institution judiciaire aura le courage d’aller jusqu’au bout de son action.

S’appuyant sur le livre « Citoyenneté à vendre » de la journaliste Américaine Atossa Araxia Abrahamian qui, selon le parlementaire, « décrit dans les détails les centaines de millions de dollars volés aux Comoriens », le député Dhoulkamal affirme que « l’usage des fonds provenant de la citoyenneté économique constitue le plus gros scandale et montage financier que les Comores n’aient jamais connu ». Le député suggère ainsi aux autorités comoriennes d’ « accepter l’expertise de nos partenaires et les institutions de Bretton Woods pour que la lumière soit faite et que les capitaux soient rendus à l’Etat, identifiant ainsi les prédateurs des deniers publics qui ont plongé le pays dans l’abîme ».

Dans son exposé, le député Dhoulkamal, relève également le manque de confiance dont essuieraient aujourd’hui, les détenteurs des passeports comoriens. « Les pays amis ferment leurs frontières et des mesures draconiennes sont prises contre les détenteurs de passeports comoriens », soutient-il, prenant l’exemple de l’Egypte  où naguère, « les Comoriens s’y rendant obtenaient leurs visas à l’aéroport » et qu’actuellement le pays «  refuse de faciliter la délivrance des visas aux « citoyens comoriens » difficilement identifiables ». Au sujet des détenteurs des passeports de la citoyenneté économique, il lance , « nombreux sont les détenteurs  de ces passeports qui sont arrêtés dans les pays du Golfe, pour des crimes et délits assimilés au terrorisme ». Des faits qui restent à vérifier. Le parlementaire souhaite enfin  que les Comores, qui viennent de signer un accord cadre de coopération avec l’île Maurice incluant la circulation sans visas des ressortissants des deux pays d’un bout à l’autre de leur espace commun, mettent de l’ordre dans l’octroi des passeports. L’Etat comorien doit « faire preuve de responsabilité en acceptant l’offre réciproque  de permettre aux citoyens de deux pays de circuler librement sans visa », conclu Dhoulkamal..

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