Retro/ Abdou Zanatany, une victime oubliée de la violence policière

Par Faïssoili Abdou

Hier, en fouillant dans mes archives, je suis tombé sur un article que j’ai publié il y a huit ans dans La-Gazette Des-Comores. Il raconte l’histoire d’un jeune homme victime de la violence policière. Soudain me vient les images de ce jeune homme assoupi sur son matelas que j’avais rencontré en juillet 2009 à Moroni (au quartier Sahara) et je décide alors de me renseigner, prendre de ses nouvelles. La magie des réseaux sociaux aidant, je contacte rapidement un ami, habitant du même quartier que la victime, pour savoir où en est l’état de santé de ce jeune. Mon ami m’apprend quelques minutes plus tard que ce jeune homme est mort, il y a environ trois ans.Il est mort en fin 2014, parait-il. Qu’Allah l’accueille au Paradis! Amin…Bouleversé par la perte de ce jeune, j’ai donc décidé de partager avec vous ce papier qui date de 2009. Qui sait ? Cela peut, peut-être aider à réfléchir sur certaines méthodes ayant cours chez nos forces de l’ordre.  Cette histoire s’est déroulée en 2005, sous Azali Assoumani I.  Je me rappelle également que dernièrement un jeune lycéen a été victime d’une violence similaire au lycée Said Mohamed Cheikh de Moroni….

Moroni, jeudi 16 juillet 2009 (HZK-Presse) – Dans le quartier Sahara, au nord-est de Moroni où il vit, tout le monde connaît l’histoire d’Abdou Zanatany. Il s’appelle ainsi en référence aux origines malgaches de sa mère. « Celui à qui on avait tiré ? » nous a demandé le Monsieur qui nous a conduit dans sa cabane, une case en tôles au mobilier très sommaire : un matelas placé à même le sol, un poste de téléviseur placé au milieu de la pièce, une chaise roulante, celle-ci lui aurait été offert lors des présidentielles de l’île de Ngazidja en 2007, et quelques effets personnels.

Amana Maoulida pour l’état civil, Abdou Zanatany ou encore Abdou Dede pour ses camarades, fait partie des victimes de la violence policière qui s’est abattue sur l’île de Ngazidja, un jour du mois de septembre 2005, suite à une manifestation contre la hausse du prix du carburant décideé par les autorités de l’époque. Des affrontements entre force de l’ordre et les manifestants mécontents de cette hausse ont fait un mort et plusieurs blessés dont douze dans un état très critique ayant nécessité leur évacuation dans des hôpitaux à l’étranger. Abdou Zanatany fut de ceux-là.

Alors que ses camarades d’infortune ont retrouvé leur santé après les soins qui leur ont été prodigués, lui, moins chanceux que les autres, a perdu l’usage de ses jambes. Ses moindres petits mouvements nécessitent l’appui d’une tierce personne.

Ce jour là, inquiet de ses petits frères qui participaient à la manifestation, il serait parti les chercher pour les ramener à la maison quand un militaire placé à quelques mètres de là, lui tira dessus. Bref, il se trouverait au mauvais endroit au mauvais moment. Il s’écroule par terre. Son bourreau s’approche de lui et lui lance : «voilà, tu te croyais plus fort ! ».

Près de quatre ans après, il garde toujours en mémoire cette scène. Le faciès de ce militaire, qui lui a tiré, hante ses journées. « Dans mon sommeil mais aussi en plein jour, il m’arrive de voir son visage. Je ne connais pas son nom », confie-t-il. Ce jeune de 33 ans, aujourd’hui, est resté cloué sur son matelas. Si les premiers soins, dont il a reçu aux Comores et en Tanzanie où il était admis lors de son évacuation, ont pu le sauver de la mort, ils n’ont pas suffi pour autant à lui épargner cette paralysie qui le menace.

Après 18 jours passés dans un hôpital tanzanien, ses médecins lui avaient recommandé de rentrer aux Comores et revenir après trois mois. Ce qu’il n’a pu faire, faute de moyens. Les fonds recueillis lors de deux concerts organisés par les jeunes du quartier pour venir en aide à ce jeune malheureux se sont révélés trop insuffisants. Et Abdou est replongé dans le désespoir.

Cet ancien brillant joueur de handball et moniteur de sport dans une école privée de la capitale a vu sa vie ainsi que celle de ses proches basculer. Lui, qui est le deuxième d’une fratrie de six enfants, se débrouillait tant bien que mal pour subvenir à ses besoins et ceux de ses petits frères et sœurs. « C’est moi qui payait leur écolage », confie ce jeune homme allongé sur son matelas.

Aujourd’hui, il ne vit que par le soutien moral et financier qu’il reçoit de la part de ses amis et des habitants du quartier. « Leur soutien soulage un peu mes douleurs », nous indique-t-il. Accroupi sur son matelas, il se sent délaissé par « les autorités politiques et mes anciens amis ». Et pourtant, à en croire ce jeune homme, des hautes personnalités politiques du pays, savent très bien son histoire.

Lors des présidentielles de l’Union ainsi que des îles certains hommes politiques qui étaient venus à la pêche aux voix dans le quartier avaient promis de lui venir en aide si les habitants du secteur acceptaient de voter pour eux. Ces derniers ont rempli leur part du contrat, l’autre partie est invisible depuis. Et Abdou est resté sur le carreau …dans l’espoir d’un improbable bienfaiteur qui puisse lui sortir de l’auberge.

 

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