Comores/Rififi à l’Assemblée de l’Union, les clés pour comprendre…

Par Faïssoili Abdou

image de l’altercation

Une vive altercation entre élus, ce vendredi 7 avril, à l’hémicycle. La séance d’ouverture de la session ordinaire d’avril à l’Assemblée de l’Union des Comores a tourné au pugilat. Les corps se sont entrechoqués, cognés. Les mots ont claqués. Les maux se sont installés. Il va falloir les soigner. Il reste à savoir celui qui va s’atteler à cette tâche. Pour le moment, ce qu’on sait avec certitude, c’est que cette scène a, encore une fois, terni l’image de cette représentation nationale beaucoup plus habilitée à abriter les débats, la confrontation démocratique des idées, que l’affrontement physique entre élus. Ce qui s’est passé ce vendredi laissera certainement des traces. Certains des protagonistes risquent de perdre des plumes… Ce week-end, sur les réseaux sociaux, beaucoup de Comoriens se sont indignés, avec raison, du comportement de nos élus. Pourtant, tout cela était prévisible. Tout cela pouvait être évité. Mais personne parmi les autorités compétentes n’a rien fait pour l’éviter.

Le contexte…

En effet, tout ce grabuge est né de la déchéance, en décembre dernier, de l’élu de la 35 ème circonscription de Ndzouani et son non remplacement  dans la foulée (dans un délai de 30 jours) comme il a été ordonné par la Cour constitutionnelle. Et là, plusieurs observateurs pointent du doigt les autorités de l’Union qui ont préféré se cacher derrière les poursuites judiciaires qui frappent certains membres de la Ceni pour ne pas organiser cette partielle et ainsi laisser la situation pourrir. Pour quel dessein ? La suite de cette crise nous le dira…L’absence de cet élu Juwa au Conseil de l’île de Ndzouani a fait que le pouvoir et l’opposition sont à égalité de membres (9-9). Et donc, pas de majorité claire ce qui complique un peu plus la situation.

Ce mercredi, 5 avril, alors que cette chambre insulaire devait choisir ses trois représentants devant siéger à l’Assemblée nationale pour l’année 2017, la séance a été perturbée. L’un des Consiellers, Abdoulkarim, originairement membre de l’opposition qui a décidé de passer du côté du pouvoir insulaire dominé par le parti Juwa de l’ancien président Sambi a donné une procuration à un élu de ce parti pour voter à sa place. Seulement, quelques jours auparavant, le 25 mars, il avait donné le même document à un autre camarade de l’opposition. Alors que sur la procuration du 5 avril, il est mentionné que celle-ci annule, le document émis le 25 avril qui, en l’occurrence devient caduque, les deux Conseillers, les deux camps se sont déchirés sur ce bout de papier, chacun revendiquant la légalité de son document. La tension monte. L’opposition finit par se retirer de l’hémicycle insulaire. Les neufs Conseillers Juwa parés de la procuration de ce dixième Conseiller, restent. Ils choisissent les trois Conseillers qui doivent siéger comme député à l’Assemblée nationale. Leurs camarades de l’opposition (Updc de l’ancien président Ikililou) ont fait de même, mais à l’extérieur du Conseil de l’île. Certains disent que leur vote se serait déroulé dans les locaux de……Comores Telecom à Mutsamudu.

Les deux camps, Juwa et Updc envoient leurs procès verbaux à l’Assemblée de l’Union. Le Bureau de l’Assemblée les valide, apparemment, tous les deux. Ce qui fait que nous sommes là à six prétendants pour seulement trois sièges réservés au Conseil de l’île de Ndzouani à l’Assemblée de l’Union. Trois élus doivent s’effacer au profit de leurs camarades. Et  c’est là que tout se gâte….

Les faits

La suite de ce qui s’est passé, c’est un témoin de la scène de ce vendredi 7 avril qui nous la raconte : « Les élus Juwa ont voulu empêcher les autres élus [ces trois Conseillers de l’opposition désignés par leurs pairs pour siéger à l’Assemblée, ndlr], d’entrer dans l’hémicycle. S’en est suivi une altercation, ils en sont venus aux mains à l’extérieur de l’Assemblée. Après, les élus Juwa sont entrés dans l’hémicycle, ils se sont installés. Quelques minutes après, KIKI (Mohamed Daoud, Ministre de l’intérieur, ndlr), Maoulana Charif (Vice-président de l’Assemblée, ndlr) et deux hommes en treillis ont essayé d’introduire de force les trois autres Conseillers. Ils se sont une nouvelle fois accrochés devant l’entrée de l’hémicycle. Des coups partaient de partout. C’était violent. Finalement, les nouveaux élus de l’Updc ont réussi à entrer dans l’hémicycle et un nouvel accrochage s’est déclenché à l’intérieur, devant les diplomates en poste à Moroni. C’est vraiment honteux. Après, ça s’est calmé un peu. Le président de l’Assemblée à commencer à lire la liste de présence, les élus Juwa l’ont arrachée et déchirée. Il a repris une autre liste qu’il a réussi, enfin, à lire ». La session a pu être ouverte avec, seulement, la lecture du discours en langue française. Voilà, les faits…

Les mots….

Et là, les mots ont claqué. Interrogé quelques minutes après ces faits, Fahmi Saïd Ibrahim, le ministre de la Justice(Juwa), très remonté, a « regretté » ce qui s’est passé avant de demander des éclaircissements par rapport à l’alliance qui lie son parti à la Crc du président Azali. Selon lui,« la session a été ouverte de la manière la plus vilaine qui puisse exister ». « Vilaine », cette bagarre au sein de l’hémicycle et peut-être aussi, le fait que des responsables politiques ont, par leurs comportements, attisés les braises ardentes de la vive tension qui prévaut, depuis quelques mois déjà, entre les élus de l’opposition et le pouvoir exécutif à Ndzouani. « Il est pas très beau, le spectacle que notre assemblée a pu donner au reste du monde. J’aurais aimé que ce combat, ce rapport de forces soit établi à l’occasion d’un débat, à propos d’une loi  de portée générale qui intéresse le bien être du peuple comorien et non sur le rafistolage de liste de députés qui seraient cooptés », poursuit le ministre. Et lui, de poursuivre : « Il eut fallu, à mon avis, faire preuve de plus de sagesse. Et là, c’est regrettable que le président n’ait pas eu cette sagesse de reporter ou tout au moins de ne pas aggraver la crise en lisant la liste. Il aurait été plus sage, s’il avait déclaré la session ouverte en prononçant son discours et attendre qu’il y ait un compromis, une discussion et qu’une solution acceptable soit trouvée dans l’intérêt de l’Assemblée qui est une institution importante pour l’équilibre de nos institutions ».

Ce candidat malheureux à la dernière élection présidentielle et qui a appelé à voter pour le président Azali s’est ensuite interrogé sur l’état de l’alliance entre Juwa et Crc. « Quand on observe ces manœuvres qui sont faits à  l’Assemblée, le vice-président Maoulana (Crc), se trouve aux côtés de l’opposition qui est de l’Updc que nous avons combattu, il est temps, je pense, qu’on clarifie ces jeux et qu’on clarifie cette alliance», a-t-il déploré. « Qu’en est-il quand on voit que ceux avec qui nous sommes supposés avoir une alliance, ceux-là même, nous combattent au sein de l’Assemblée nationale.  Il est temps que cette situation soit clarifiée », a-t-il encore ajouté. «Nous sommes là pour des raisons politiques, en moins d’un an, nous avons fait une alliance pour combattre justement l’UPDC parce que nous avons cru à Azali, parce que nous soutenons Azali, si maintenant certains venaient à penser que cette alliance est caduque ou que cette alliance n’est plus porteur d’avenir qu’on se le dise clairement et que chacun de nous prenne les options qui s’imposent », poursuit, le ministre Fahmi, visiblement très remonté. Assurément, le mariage entre Juwa et CRC bat de l’aile…

La situation à l’Assemblée a aussi fait réagir l’ancien président Ahmed Abdallah Sambi qui, pourtant, se fait de plus en plus discret ces derniers temps. « Notre pays est en deuil aujourd’hui car notre démocratie a encore une fois était bafouée. L’Assemblée nationale a été », a clamé l’ancien chef de l’Etat sur une vidéo en langue comorienne posté sur facebook. Il a ensuite appelé les membres du Juwa et les Comoriens  dans leur ensemble à « rester vigilants et défendre la démocratie et le respect de la loi, car, a-t-il indiqué, tout laisse à penser qu’il y a des gens qui veulent déstabiliser notre pays ».Pour le moment, on attend la réaction des autres protagonistes de cette affaire….

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