Vie de parti/ Mahmoud Ibrahime, ex- secrétaire fédéral du Radhi en France « Dans l’état actuel, je ne suis pas favorable à une entrée du Parti RADHI au gouvernement »

Ici, Mahmoud Ibrahime et Jaffar Abdellahi, ancien et nouveau secrétaire fédéral du Radhi France lors de la passation

Bilan de son action durant ses deux ans de mandat à la tête de la fédération du parti Radhi en France, les bisbilles entre les responsables du bureau national ou encore l’éventualité d’une entrée de cette formation politique de l’opposition dans un prochain gouvernement du président Azali, Mahmoud Ibrahime, qui a passé le flambeau à son successeur le 19 mars dernier, aborde tous ces sujets dans cet entretien exclusif accordé, il y a une semaine de cela, à Comoressentiel…

Le 26 février dernier, les membres de la fédération Radhi-France ont élu un nouveau secrétaire fédéral pour vous succéder. Dans quelle ambiance s’est déroulée cette procédure ?

L’élection du Secrétaire Fédéral RADHI-France s’est déroulée dans de très bonnes conditions. Il y a deux ans j’ai été élu par deux sections (Paris, Marseille), Jaffar a été élu par trois sections (Lyon en plus). En termes de résultats, l’élection de Jaffar a été encore plus nette que la mienne puisqu’il a obtenu 92% des suffrages. Je rappelle que l’élection anticipée du SF en France est consécutive à une décision d’une Assemblée Générale du Parti à Moroni, AG présidée par le président Abidhar et le Secrétaire Général Houmed Msaidié, en vue du Congrès qui doit se tenir les 21-22 mai prochain.

Quel bilan faites-vous des deux années que vous avez passées à la tête de la fédération du Radhi en France ?

Pendant les deux années qui se sont écoulées, le Bureau Fédéral que j’ai dirigé a essayé de concilier la structuration de la fédération et le soutien que nous devions apporter au parti aux Comores durant les élections législatives et municipales puis présidentielles.

En ce qui concerne la structuration, je peux dire que la Fédération-France est la fédération la mieux structurée du parti RADHI. La preuve en est que nous avons pu organiser des élections des secrétaires de sections (4 fois) et du secrétaire fédéral(3 fois) dans lesquelles chaque membre pouvait voter s’il remplissait les conditions et le souhaitait. Nous avons pu organiser des assemblées générales délibératives et prendre des décisions en respectant nos statuts et les normes démocratiques.

Lorsque je suis entré dans ce parti, la fédération France comptait une quarantaine de personnes, avant même mon élection, avec les cadres du parti, nous avons parcouru la France (Marseille, Lyon, Nantes, Amiens…). Nous avons choisi de nous doter d’outils et de critères permettant l’expression démocratique et de sortir des décisions arbitraires, prises comme si nous étions dans une assemblée de notables. Le résultat, c’est qu’aujourd’hui le parti RADHI en France compte près de 200 membres officiels et nous pouvons compter, sans doute, sur cinq fois plus de sympathisants. Cela en fait sans doute le premier parti comorien en France, en termes d’effectifs, mais aussi de présence dans les débats et d’actions des cadres. Ce résultat n’a pu être obtenu que par la forte présence de cadres expérimentés parmi nous.

En termes de soutien au parti en France, notre contribution financière est encore faible par rapport aux capacités, mais nous avons fait ce que nous avons pu avec les cotisations. Le nouveau SF sait qu’il doit travailler dans ce domaine. Par contre dans les diverses élections que les Comores ont connu ces derniers temps, le Parti a pu compter sur notre présence dans les réseaux sociaux ou sur le terrain quand cela a été possible. Houmed Msaidié, candidat Vice-Président aux présidentielles a pu sentir notre présence à ses côtés, dans une élection qui a été très difficile pour nous car peu préparée.

Donc, vous quittez votre poste avec le sentiment du devoir accompli ?Peut-on dire que la fédération Radhi-France est sur les rails?

Exactement, je pense que tout le Bureau Fédéral que j’ai eu à dirigerpeut être fier du travail accompli et je saisi cette occasion pour remercier tous les membres pour le travail accompli et la fraternité et la confiance qu’ils m’ont accordées pendant deux ans, et sans lesquelles je n’aurais pas pu continuer à assumer ce rôle jusqu’à ces derniers jours.

On ne peut pas dire autant pour le bureau exécutif à Moroni. On constatetous les jours la guéguerre qui règne entre les chefs depuis quelques mois. Quelle est votre réaction par rapport à ces tiraillements à la tête du Radhi ?

En ce qui concerne le problème actuel au sein du Bureau National, je regrette vraiment que ce ne soit pas un affrontement au niveau des idées, mais juste parce que certains estiment qu’ils auraient du devenir ministre à la place de l’actuel SG ou que ce dernier ne les a pas fait nommer directeurs ici ou là. Je regrette que ce soit un combat pour des places et non un combat d’idées.

Le parti a été créé depuis trois ans. Parmi, ces messieurs qui s’affrontent aujourd’hui, lequel peut dire qu’il a structuré le parti dans sa région, même en créant une section ? Jusqu’à aujourd’hui le parti n’est pas structuré et dans ce domaine le Bureau National n’a pas rempli sa mission. Nous allons au Congrès, nous ne voyons pas sur quelles idées nous allons discuter. Où en sommes-nous sur la rédaction du programme du parti ? Quel bilan faisons-nous des élections présidentielles ? Comment préparons-nous les prochaines élections ? Quelles alliances envisageons-nous ? Pour moi, le BN actuel a montré ses limites et doit être profondément renouvelé pour mettre des cadres qui sont en mesure de travailler et donner une colonne vertébrale idéologique au parti RADHI. Pour parodier Ali Soilihi, nous ne pouvons pas prétendre être à l’avant-garde de la modernité démocratique et continuer à fonctionner comme l’UDZIMA dans les années 1980, c’est-à-dire comme un parti de notables, qui a des statuts mais qu’il foule aux pieds pour mettre en avant des pratiques notabilaires.

Justement, deux grands ténors du parti Radhi à savoir Houmed Msaidié et Abdou Soefo ont été récemment reçus séparément par le chef de l’Etat Azali Assoumani. Avez-vous eu vent de l’objet de ces rencontres?

Non, je n’ai pas eu vent de ce qui est ressorti de ces entretiens, entre le Président et des membres de l’opposition. Mais, je voudrais rappeler à certains qui jouent les vierges effarouchées dès qu’ils voient un membre de l’opposition rencontrer le président actuel que le parti RADHI n’est pas un parti de témoignage. Nous ne sommes pas là pour montrer que nous sommes les plus beaux et les plus intelligents et faire en sorte de ne jamais exercer de responsabilités. Nous sommes un parti politique, notre objectif est de transformer la société, l’Etat, l’économie dans le sens qui nous paraît le mieux pour le plus grand nombre. Et pour cela nous cherchons à avoir le pouvoir, d’une manière démocratique. Si un président élu a besoin de nous et si on s’entend sur un programme de gouvernement, nous irons sans état d’âme.

Donc, RADHI va rejoindre le prochain gouvernement Azali ?

Je n’en sais rien. A ma connaissance, aucune discussion n’a commencé avec le Président Azali ou la CRC pour une entrée au gouvernement. Mais, on a des problèmes internes qui font que dans l’état actuel du parti RADHI, personnellement, je ne suis pas favorable à une entrée au gouvernement.

Comme je vous le disais le parti n’est pas suffisamment structuré, il n’y a pas de programme de gouvernement et il faut apaiser certaines tensions. Qu’irions-nous faire dans un gouvernement maintenant ? Avons-nous discuté ensemble d’un plan à appliquer immédiatement ? Le nouveau dada du président Azali est maintenant l’émergence, une notion qui n’a, pour le moment, aucun contenu pour les trois partis qui sont au gouvernement.

Nous avons vu que les programmes du candidat du parti Juwa et celui de la CRC étaient aux antipodes. Ils se sont alliés en une semaine pour faire gagner le candidat Azali. Qu’est-ce que Juwa a eu le temps de négocier avec la CRC ? Juste le nombre de postes de ministres et de directions (Juwa a refait la même chose pour pouvoir entrer dans le gouvernement de Hassani Hamadi). La conséquence nous la constatons aujourd’hui : un parti Juwa inexistant, des ministres qui ne peuvent pas vraiment exercer leurs prérogatives et dont il est impossible de lire la ligne de leurs actions et qui de plus sont humiliés en permanence, mais sont obligés de « la fermer » pour reprendre l’expression de l’un d’eux.

Je ne rêve pas d’une telle situation pour le parti RADHI. Nous gagnerons en crédibilité en structurant le parti et en construisant un véritable parti d’idées et d’actions, plutôt que d’aller nous aventurer dans un gouvernement qui n’a aucune direction.

Propos recueillis par Faïssoili Abdou

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