En librairie: « Trois contes des Comores » ou l’histoire du séparatisme racontée aux enfants

Par Faïssoili Abdou

Une petite piqûre de rappel. Quand un médecin prend la plume pour narrer  un pan de notre histoire sous forme de contes. Le livre « Trois contes des Comores » d’Ahmed Bacar Rezida Mohamed paru récemment aux éditions Cœlacanthe est une petite merveille. Très bien écrit, ce petit opuscule d’une quarantaine de pages se lit d’une traite avec délectation.  L’auteur nous présente trois merveilleux contes mettant en scène des animaux mais, en fait, ils se dévoilent être le récit des « blessures » de notre histoire. Il est question ici de ces divisions internes qui ont fendillé l’Histoire de notre archipel. Etant de la génération qui a vécu et senti au plus profond de sa chair les méfaits du séparatisme à Anjouan, le narrateur espère à travers ce petit bouquin toucher la jeunesse pour leur expliquer avec des mots simples ce qui s’est passé à cette époque. «Rien de mieux que de pouvoir l’imprimer dans la mémoire de nos petits frères et enfants à travers la littérature », nous explique ce médecin généraliste diplômé de l’Université d’ Antananarivo (Madagascar). Nous connaissons tous le rôle des contes dans l’éducation et la socialisation des plus jeunes dans les sociétés à traditions orales comme la nôtre notamment celle de leur inculquer les valeurs de la vie.

Le livre s’ouvre avec « la légende du Cœlacanthe ». Ce conte est celui d’un « petit oiseau qui se détestait » du fait il trouvait qu’il était « le plus petit et le plus laid de tous les animaux ».  Il décida alors  de « se tuer ». Il usera de tous les moyens  pour mettre fin à ses jours en commençant par « s’aventurer au milieu des bancs de requins, espérant se faire déchiqueter », il s’est ensuite laissé « aspirer par des ntseba », des crocodiles, des animaux carnassiers et gourmands qui finiront pourtant à le recracher.  Il finira par plonger dans « la profondeur des mers, là où aucun poisson, aucun être vivant n’osait descendre » toujours dans l’espoir de se faire engloutir par l’immensité de la mer et ainsi de passer de vie à trépas, mais il sortit miraculeusement vivant de toutes ces tentatives.

Loin de l’achever, ce séjour dans les abysses a plutôt entièrement transformé le pauvre petit oiseau. Il est métamorphosé : « quand il atteignit la surface, ses ailes étaient devenues des nageoires, ses plumes des écailles » et plus encore « à cause de toutes ces années passées sous l’eau, il ne pouvait plus voler, il ne savait à présent que nager ». Le petit oiseau était, en fait, devenu le grand cœlacanthe. Qui a dit que le séjour dans l’eau ne transforme jamais un arbre en crocodile ? C’est peut-être vrai dans la vie réelle, mais pas dans les contes…

On relèvera, néanmoins que là-bas, dans les profondeurs des mers, le petit oiseau a grandit et atteignit son âge adulte. Il a surtout eu le temps de réfléchir et prendre conscience de pleins de choses notamment qu’on « peut-être laid ou bon dans l’enfance et devenir irrésistible ou moche à l’âge adulte ». Il comprit aussi que « tout vient à point nommé pour qui sait attendre.  Et qu’il fallait juste laisser du temps au temps ».  Dénouement heureux : on croyait le Cœlacanthe « disparu à jamais jusqu’au jour où sur les côtes de l’ile d’Anjouan, un homme le pêcha ». « A présent beau et satisfait de son état, l’oiseau décida de rejoindre la surface, et de montrer à tous les animaux, ce qu’il était devenu », nous apprend le narrateur. Le conte de ce « trompe la mort » ne vous rappelle pas une page de notre histoire récente ?

Le conte suivant intitulé « Likomori et le berger » met en scène quatre petits moutons qui rêvent de liberté et qui doivent déjà apprendre à vivre ensemble. Ces quatre moutons prénommés Li…Ko…Mo….Ri…. étaient confiés par Cheikh Soulthoine, gardien des destins et des malédictions,  à un berger qui se prénommait Moussamoudou. Cheikh Soulthoine conseilla au berger de veiller sur ces quatre animaux qui feront son bonheur et dit ensuite aux animaux qu’ils devaient « toujours rester unis » sinon une malédiction s’abattrai  sur eux.  Les quatre moutons, « quatre » comme les îles de l’archipel des Comores, désormais baptisés« Lilagé, Kolegrand, Molaperle et Rilepetti »,  par le berger Moussamoudou ne tarderont pas à essuyer les sévices de leur pasteur. Les quatre moutons décidèrent finalement de se délivrer et de vivre libre. Un affront que le berger décida de laver en semant la zizanie dans le troupeau….

Et le dernier conte, « Mauwana et ses enfants », est celui du roi qui voulait avoir des enfants et laisse éclater sa colère contre celle qui lui en donne à cause des combines de sa co-épouse. Cette femme jalouse du nom de Bweni Bepare, mettra tout en œuvre pour éloigner son mari de sa jeune épouse qui venait de lui donner deux petits bébé qui seront jetés dans la mer mais qui vécurent et retrouveront leurs parents après de longues années. Bweni Bepare sera sévèrement châtiée lorsque ses manigances seront découvertes. Ici, on veut  nous apprendre que le mal finit toujours par revenir à celui qui le fait. Ce petit livre vaut vraiment le détour…Conseil, il est à lire autour d’un plat comorien et surtout, vous devez savoir, le hale ( conte) ne doit être lu pendant la journée sans que le lecteur et tous ceux qui l’entourent ne retroussent les manches de leurs vêtements. La légende dit que des longues cornes ont poussé sur des enfants qui avaient omis de le faire…

Livre disponible en librairie et sur le site de l’éditeur internet  (https://www.editions-coelacanthe.com/product-page/3-contes-des-comores-ahmed-bacar-rezida-mohamed)

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