Comores Telecom : Oumara Mgomri, pris les doigts dans le pot de confiture

Par Faïssoili Abdou

Oumara Mgomri, Directeur Général de Comores Télécom

Oumara Mgomri, Directeur Général de Comores Télécom

L’affaire fait grand bruit sur les réseaux sociaux. Depuis mardi, les internautes comoriens, scandalisés crient leur colère après la découverte d’un acte de vente d’un véhicule passé entre la société Comores Télécom et son Directeur général, Oumara Mgomri. Certains réclament qu’il soit immédiatement démis de ses fonctions. Le document est signé, le 28 janvier 2017, par un certain Oumara Mgomri  (le  vendeur) et  le Directeur financier et de la prévision de la société (acquéreur pour Comores Télécom). Il est indiqué que ce véhicule d’occasion (mise en circulation en janvier en  2016) a été vendu pour la coquette somme de 12 millions Kmf (24000 euros).  Un prix jugé trop élevé par rapport à ceux pratiqués sur le marché. C’est sans doute dans une pareille  circonstance qu’on peut dire qu’on a eu «  le beurre et l’argent du beurre ».

Copie de l'acte de vente

Copie de l’acte de vente

Le moins que l’on puisse dire est que le Directeur de Comores Télécom a le sens des affaires. Il sait fructifier ses propres investissements…  Mais au  delà du prix qu’aurait coûté le véhicule, ce qui heurte le plus  dans cette affaire c’est le conflit d’intérêt manifeste  que révèlent de telles pratiques. Aussi, plusieurs interrogations surgissent notamment celles de savoir si l’acquisition du véhicule par Comores Telecom était justifiée ? Et si, c’était le cas, pourquoi il n’y a pas eu d’appels d’offres ? Cette opération  a-t-elle été validée par le Conseil d’administration ? Pourquoi donc, la société a-t-il jugé bénéfique de s’acheter un véhicule d’occasion plutôt qu’une voiture neuve ?  Des questions sans réponses pour le moment. Ce qui est évident à ce stade de l’affaire c’est que le Directeur général de Comores Telecom  a fait montre d’un déconcertant mépris des bons usages. Une indélicatesse qu’on ne doit pas passer sous silence et qui doit interpeller les hautes autorités du pays. Ils auraient tort de traiter cette question par le mépris.

Il suffit de parcourir la toile pour constater le niveau de mécontentement de nos compatriotes. « Quelle honte ! », crient les uns.  « Marre de toutes ces magouilles et de ces voleurs.  Je suis en rogne », lance un internaute. « Il n’a rien d’autre qu’à démissionner », enchaîne cet autre internaute. « Sous d’autres cieux, il serait immédiatement débarqué », indique un autre. Et, on ne peut que leur donner raison. Car, ailleurs, on a vu des responsables démissionner pour moins que cela. Nous  avons,  par exemple, en mémoire  qu’en 1995 une ministre suédoise fut poussée à la démission pour avoir régler quelques courses, dont une barre chocolatée, avec sa carte de crédit de fonction.

Pour prendre la mesure du scandale de cette affaire de Comores Telecom, revenons un peu en arrière. Nous sommes au mois de juillet 2016, quelques semaines après la nomination en juin  de M. Oumara Mgomri, 57 ans, à la tête de Comores Telecom. Celui-ci entreprend une série de mesures dont le motif, indique-t-il à ce moment là, est de réduire la voilure de la société. Il s’agit précisément d’équilibrer les comptes de l’entreprise d’Etat et garantir une bonne gestion des ressources. Ainsi, 1080 jeunes agents de l’opérateur téléphonique se sont retrouvés sur le carreau. Dans la même foulée, le nouveau Directeur décide également de réduire les quotas des forfaits téléphoniques attribués aux membres du conseil d’administration de Comores Telecom et les hautes personnalités du pays. Dans une conférence de presse à Moroni, au mois de novembre dernier, il assurait ainsi avoir  ramené la « masse salariale mensuelle de la société de 800 millions à 500 millions Kmf ». Ceux qui nourrissaient alors le fol espoir que toutes ces mesures étaient prises pour permettre à la société de souffler en sont, aujourd’hui, pour leurs frais.

Au cours de cette même conférence, Oumara Mgomri, qui fut Directeur de Comores Télécom sous le premier mandat du Président Azali (1999-2006), se flattait des « acquis de croissance de 20% annuel » que la société avait enregistrés sous sa direction. Il a regretté ensuite que ses successeurs aient abaissé cette croissance. Très en verve ce jour là, le Directeur de Comores Telecom, se posant « en vrai patriote », selon ces mots, avait garanti qu’il était là pour « défendre les intérêts de la société et ceux du pays »… Avec cette nouvelle révélation on peut ajouter, tout en oubliant pas au passage de mettre du beurre dans ses épinards.

« Il faut qu’on arrête cette habitude de nommer n’importe qui à la tête de nos sociétés d’Etat pour des raisons politiques, car, il y a ceux qui sont soucieux de redresser nos sociétés et d’autres qui ne pensent qu’à les détruire », prêchait-il ce jour là. Il ne croyait pas si bien dire… La balle est maintenant dans le camp du président Azali Assoumani qui, clame-t-il, ambitionne de mettre le pays dans la voie de l’émergence économique à l’horizon 2030. Une telle ambition doit d’abord passer par un assainissement et une réforme de notre manière de gouverner. Le chef de l’Etat va-t-il trancher dans le vif et sonner la fin de la récréation en écartant le Directeur Général de Comores Télécom ? Attendons et voir….Soulignons que les pratiques comme celles du Directeur de Comores Télécom ne feront que brouiller le message du Chef de l’Etat.

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