Vie politique/Conflit larvé au sein du Radhi

Par Faïssoili Abdou

Houmed Msaidie et Abidhar Abdallah, président et secrétaire général du Radhi (source: La Gazette des Comores)

Houmed Msaidie et Abidhar Abdallah, président et secrétaire général du Radhi (source: La Gazette des Comores)

Sur la corde raide. Jusqu’où ira la brouille au sein du Rassemblement pour une alternative de développement harmonieux et intégré (Radhi)? La jeune formation politique de l’ancien ministre Houmed Msaidie est aujourd’hui divisée entre partisans d’un rapprochement immédiat avec le pouvoir du président Azali Assoumani et ceux qui souhaitent rester dans l’opposition. Un face à face tendu qui risque de lui être fatal, tant les positionnements des deux tendances semblent inflexibles.

Fervent défenseur de la tendance qui prône le rapprochement avec le colonel Azali, l’ancien ministre Aboudou Soefo joue des pieds et des mains pour imposer  sa ligne. Ces derniers mois, cet ancien baron de la Crc (parti actuellement au pouvoir) qu’il a décidé, il y a trois ans, de quitter en même temps que l’ancien ministre Msaidié pour créer le parti Radhi, s’est longuement épanché dans la presse locale pour évoquer tout le bien qu’il pense du président Azali Assoumani, un ancien « compagnon de combat » dit-il, tout en égratignant au passage les responsables actuels du parti Radhi. Il accuse ces derniers de faire « peu de cas des militants et vouloir trancher à leur place ».

« Il y a ceux qui voulaient ramener le Radhi dans la coalition de l’opposition et ceux  qui estimaient que le meilleur développement du parti se trouvait dans le sillage du pouvoir actuel », a-t-il confié dernièrement à nos confrères du journal Alwatwan pour expliquer l’origine de la division qui ravage cette formation de l’opposition. « L’autre tendance a voulu confisquer l’appareil, et bloquer son expression, craignant certainement que la majorité du Radhi ne s’exprime en faveur du pouvoir actuel », a-t-il encore soutenu.

Le moins que l’on puisse dire c’est que la démarche de l’ancien ministre qui proclame être à la tête d’une « tendance autonome » du Radhi, un parti dans le parti dans les faits, exaspère plus d’un au sein de son mouvement politique. Ses méthodes passent très mal auprès des dirigeants du parti et d’une frange importante des militants. C’est ainsi que lors d’une récente conférence de presse à Moroni, le bureau exécutif par la voix de son président Abidhar Abdallah a rappelé à l’ordre ceux qui veulent « diviser » le parti, en soulignant son caractère « indivisible ».

Egalement, très remontés contre la démarche de l’ancien ministre, une soixantaine de membres issus des différentes fédérations du Radhi dont celle de France ont lancé une pétition pour réclamer l’exclusion pure et simple des anciens ministres Aboudou Soefo  et Mihidhoir Sagaf. « Ces deux là font plus de mal au parti », a confié un membre influent du Radhi en écho à cette demande. Les signataires de la pétition dénoncent vigoureusement le comportement de ces deux ténors du Radhi, par ailleurs secrétaires nationaux de cette formation politique, qui « ont décidé de créer au sein de notre parti, une faction dénommée « Radhi autonome » avec pour objectifs d’obtenir d’une part un congrès extraordinaire et d’autre part, la sortie de notre parti de l’opposition et le soutien au gouvernement du président Azali Assoumani, pour disent-ils, à terme, pourvoir participer au gouvernement ».

« Nous cadres et militants du parti Radhi déplorons une telle attitude de la part de ces hommes et l’opprobre que ceux-ci jettent sur un parti comme le nôtre », ont-ils asséné. « Nous demandons au bureau national d’appliquer nos statuts et par conséquent de prier ceux qui s’éloignent des décisions communes, qui ne respectent ni le bureau ni les militants de quitter le parti Radhi », ont-il ajouté.

En réponse à cette pétition, l’ancien ministre et secrétaire général du Radhi, Houmed Msaidie, jouant l’apaisement, s’est fendu d’un court communiqué pour signifier que le bureau national du parti « préfère le dialogue pour régler les contradictions » et se refuse  ainsi « à prendre des sanctions contre celles et ceux qui parfois portent des opinions divergentes ». « Ainsi la pétition de la fédération de France est malvenue et je leurs invite à rectifier rapidement le tir. L’œuvre de reconstruction est incompatible avec la passion », a-t-il poursuivi. Mais visiblement, les pétitionnaires ne sont pas convaincus de la réponse du secrétaire général. Ils ont, en effet, publié un communiqué quelques heures après pour « s’étonner » qu’une pétition dans « laquelle les militants expriment leur opinion sur des actions qui entachent le parti dans son ensemble a provoqué une réaction du Bureau National alors que des responsables du parti s’expriment contre le parti et contre des dirigeants dans les médias sans jamais avoir été rappelés à l’ordre ». Ambiance…

« Le dernier est le député Abdoulatuf qui s’est exprimé il y a deux jours, prétendant qu’il a nommé un Secrétaire Fédéral à Anjouan et s’en prenant au Président et au Secrétaire Général dans des propos très virulents. Le Bureau Fédéral à l’unanimité reste vigilant et n’acceptera pas des propos qui mettent à mal l’unité du parti », ont-ils relevé. Alors, le Radhi est il face à un schisme qui risque de lui être fatal ou une simple crise de croissance. L’avenir nous le dira…

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Une réflexion sur “Vie politique/Conflit larvé au sein du Radhi

  1. Au-delà de ce conflit des chefs, il me semble que le débat de fond porte sur la ligne politique de de ce parti (et au delà, de toutes les formations politiques comoriennes). Le Radhi est fondé suite à une mésentente au sein de la CRC sur le mode de désignation du candidat à la présidentielle et non sur une divergence politique sur le fond. En aparté, Azali a regretté en aparté le départ de Msaïdié. C’est la même raison qui a poussé aussi Aboudou Soefo à faire le grand écart. Hormis donc cela, en quoi le Radhi est-il différent de la CRC? Des retrouvailles de ces dirigeants historiques de la CRC avec Azali ne m’étonneraient pas. surtout que politiquement, l’avenir semble bouché avec la tournante prochaine à Anjouan. La prudence de Msaïdié sur la colère des militants du parti montre qu’un rapprochement de ces vieux amis n’est pas impossible et que la position d’Aboudou Soefo est une opportunité que le parti ne veut pas rejeter d’un revers de la main, mais si l’orgueil de l’un lui fait traîner les pieds pour suivre l’opportunisme de l’autre.

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