Patronat comorien/ Modec, le clap de fin ?

Par Faïssoili Abdou

Ici, des membres de l'ancien bureau exécutif du Modec (photo d'archives)

Ici, des membres de l’ancien bureau exécutif du Modec (photo d’archives)

Grand chambardement dans le secteur privé comorien. Un nouveau palier a été franchi cette semaine dans la crise qui  mine depuis plusieurs mois le Mouvement des entreprises comoriennes (Modec). Une dizaine de membres a décidé « collectivement » de claquer la porte de cette organisation  pour protester, disent-ils, contre l’élection à la tête du Modec « d’un jeune entrepreneur dont le projet est en gestation ».  Autant dire un novice dans le secteur privé local. Un acte qui, selon eux, « discrédite » cette plateforme créée voici trois ans.  « La fonction de président du patronat qui rime avec activité d’envergure et de maturité économique a été galvaudé », ont soutenu ces chefs d’entreprises  dans leur lettre de démission. Et d’ajouter : « dans un souci d’éviter un dialogue de sourds, nous avons jugé utile de vous laisser l’organisation que nous avons construite pour porter très haut le secteur privé comorien ». Ambiance…

Ces entrepreneurs envisagent de créer prochainement une nouvelle organisation. De son côté, Mohamed Abdallah Irchadidine, l’actuel président du Modec, se dit « serein » face à cette vague de protestation. « En tant que président, je prend acte de la démission de moins d’une dizaine d’entreprises dans un mouvement qui compte soixante dix adhérents. Je suis plus que jamais motivé et déterminé à défendre les intérêts du principal mouvement patronal comorien », a-t-il confié à nos confrères du Quotidien Alwatwan.

En réalité, cette élection controversée n’est que la dernière manifestation de la crise profonde dans laquelle est plongée le Modec depuis près de deux ans.[lire aussi :https://comoressentiel.wordpress.com/2015/12/16/comorespatronat-le-modec-sen-va-a-vau-leau/ ] Créée en 2014 avec la fusion des principales organisations patronales existantes et avec comme but de dynamiser un secteur  privé comorien en léthargie, le Modec s’est très vite englué dans des bisbilles internes qui ont sapé son impulsion.

La gestion de certains dossiers (affaires LaFarge et Handouli etc.…) par la précédente équipe dirigeante a été vivement critiquée par des membres de la plateforme. Une situation qui suscitera une certaine lassitude et grognement des adhérents. « Nous avons connu des difficultés de parcours pour ne pas dire des échecs. Le Bureau exécutif s’est implosé à mi-mandat. Nous avons navigué dans des eaux troubles et avons réussi à mener la barque jusque-là même si des dommages sont perceptibles. Les textes fondamentaux de l’organisation, statuts et règlements intérieurs sont décriés et jugés insuffisants mais perfectibles », a avoué récemment, Hamidou Mhoma, le vice-président sortant du Modec lors de l’Assemblée générale.

« Devrons – nous continuer à voguer dans des eaux troubles ? Devrons – nous laisser le mouvement s’émietter ? Ressaisissons-nous pour l’intérêt du pays en général et du secteur privé en particulier. Chacun de nous est responsable.», a-t-il lancé à l’assemblée pour s’alarmer de la situation. Un appel qui n’a, visiblement, pas  été entendu et qui a conduit à l’implosion de la jeune organisation patronale. Car, il semble, que c’est justement une faille des textes réglementaires en vigueur qui a été exploité par les uns et les autres et qui est à l’origine de ce tohu-bohu aux conséquences néfastes pour le Modec.

 Il s’agit précisément des « articles 8 des statuts et 3.1 du règlement intérieur qui stipulent que toute demande d’adhésion doit être examinée par le Bureau Exécutif qui dispose d’un délai de huit jours pour se prononcer », a indiqué Hamidou Mhoma dans son discours. « Force est de constater que la majorité des membres présents ce jour et candidats aux postes du bureau exécutif viennent d’adhérer cette semaine voire hier sans que nous ayons disposé du temps matériel pour valider leur adhésion », a relevé ce patron de l’imprimerie Graphica lors de l’assemblée. Et le même de souligner : « Malgré l’insuffisance des textes fondamentaux, nous ne pouvons plus continuer à les violer. Aussi, il sera impossible d’organiser ces élections avec des membres qui s’inscrivent la veille et se portent candidats pour le lendemain. Accepter de telles pratiques, ce serait dénaturer la charte de l’organisation qu’aucun nouveau membre n’ait signé. Je fais donc appel à votre sens des responsabilités pour éviter le pire ». Des élections ont été organisées malgré cet avertissement. Elles ont aboutis à la situation actuelle. On ne peut que  le déplorer.

Rappelons que nonobstant les différents tiraillements vécus jusque là par le Modec, cette structure aurait enregistré quelques « succès », selon le Vice-président sortant qui se trouve parmi les membres démissionnaires. «Deux ans et demie de mandature est très court pour reconstruire sur les cendres d’un secteur privé qui était parti en lambeaux. Et pourtant en si peu de temps, le Mouvement des Entreprises Comoriennes, notre organisation a su s’imposer dans le paysage du pays. Elle est reconnue par les pouvoirs publics, les syndicats et tous les partenaires au développement », a-t-il énuméré indiquant que « de grands projets institutionnels et politiques ont été lancés ». Et maintenant, retour à la case départ ?

 

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