Opinion/La première classe politique comorienne, ces initiateurs de l’unité du pays..

Par Saïd Ali Mohamed-SABA (Ancien premier des Comores)

L'ancien Premier ministre Said Ali Mohamed

L’ancien Premier ministre Said Ali Mohamed

Contrairement aux premiers politiciens comoriens qui ont œuvré pour maintenir coûte que coûte l’unité du pays, leurs héritiers « n’ont pas su accomplir la tâche qui leur revenait »,c’est à dire « faire avancer avec lucidité tout un peuple vers le progrès, en cohérence avec son Histoire. Chaque génération devant apporter sa pierre et monter sa marche mais cette responsabilité n’a pas été honorée », estime l’ancien premier ministre Said Ali Mohamed dans une réflexion adressée à Comoressentiel.   Mais, cet homme politique et observateur averti de la vie politique nationale pense toutefois qu’une « autre voie est encore possible »…

Dr Saïd Mohamed Cheikh, Prince Saïd Ibrahim, Mohamed Ahmed et Ahmed Abdallah, forment la première classe politique du pays et je ne peux pas oublier leurs frères, dans la lutte politique qu’ils ont menée ensemble, pour l’unité du pays, tout en défendant avec ardeur les intérêts supérieurs de leur territoire uni, face aux exactions atroces de la colonisation.

Les frères dont je parle plus haut, sont des anciens Ministres sous l’autonomie Interne. Il s’agit de Mrs Mohamed Dahalani, Salim Ben Ali, Anfane Mohamed, Ahmed Dahalane, Daniel Salim, Saïd Mohamed Jaffar, Saïd Mohamed Djohar, Abdou Bacar Nomane, l’un des anciens Ministre de l’autonomie Interne, souvent oublié, dans les archives officielles du pays.

Et les deux anciens gouverneurs de Mohéli Mrs Matoir et Harib Chébane, sans oublier les lieutenants mahorais tels que Mrs Ibrahim Ramadan, Ali Baco, Ahmed Soilih, Abdou Raquib et Youssouf Sabili avec son fidèle du combat nationaliste comorien Saïd Toumbou.

L’histoire de notre pays, ne doit jamais omettre ces vaillants artisans de la patrie. L’entente indéfectible de ces illustres Comoriens, doit nous permettre de tirer les leçons qui s’imposent et prendre conscience du devoir qui nous incombe de renforcer l’unité et la confiance mutuelle entre nos régions (les quatre îles). Ainsi, consolider notre peuple et le dérouter de la trajectoire actuelle, de désintégration déjà amorcée reste la seule alternative viable. Malgré l’arrogance et l’humiliation de la colonisation, cette équipe, avec ses divergences, légitimes pour chacun, a pu mener le bateau, « Comores », sans heurts majeurs, à bon port.

Malheureusement, en comparaison à ce qui se passe aujourd’hui, avec les générations successives de responsables politiques, c’est une totale déception. Aussi, le pardon s’avère facile pour les erreurs commises par ces premiers bâtisseurs qui, malgré leurs manquements étaient armés d’une volonté de faire et de construire un meilleur avenir commun.

II est vrai que les critiques fusent en direction de cette première génération mais l’objectivité oblige à relativiser, surtout lorsqu’on met en perspective l’Histoire plus récente du pays. En effet, le constat retenu, dans le registre de l’Histoire du pays demeure amère, car les héritiers de nos vieux sages, n’ont pas su accomplir la tâche qui leur revenait, faire avancer avec lucidité tout un peuple vers le progrès, en cohérence avec son Histoire. Chaque génération devant apporter sa pierre et monter sa marche mais cette responsabilité n’a pas été honorée.

Les ambitions personnelles, les intérêts individuels, le désir d’arriver au sommet du pouvoir, au plus vite, seul et sans partage, sans le souci de participer à établir un cadre politique fort et responsable, sont autant de freins à la conception d’un véritable projet politique et davantage encore pour sa réalisation.

Il est urgent d’envisager une complémentarité des énergies, condition nécessaire à toute réalisation significative. Aucune intelligence ni richesse, ne peut bâtir seul un édifice, des vitraux à la plomberie. Quelle que soit la fragilité de ton voisin, tu l’attends toujours, pour te compléter quelque part et réciproquement, à son tour, il compte bénéficier de ton concours, pour pouvoir réaliser son œuvre.Surtout les malices détruisent, certains de nos hommes politiques, pour ne pas dire tous. Et malheureusement, malices et tromperies sont devenues la règle générale, à tout niveau du pouvoir.

Je crois fermement que nous aurons beaucoup à gagner à reconnaître nos erreurs, un mea-culpa, sans complaisance, pour notre intérêt, pour un nouveau départ. Un nouvel élan où la franchise serait l’ultime outil, où la confiance nationale serait rétablie, où l’influence de l’ancien colonisateur ne serait qu’un vieux cauchemar et où le politique aurait suffisamment confiance en lui pour ne pas faire appel comme à l’accoutumé, aux réseaux obscures de la France-Afrique pour atteindre le pouvoir. Aussi, il serait judicieux de redynamiser les partis politiques, en leur redonnant leur fonction première, à savoir celle de structurer la pensée politique, de véritables incubateurs d’idées, de philosophies en général et de développement de modèles de société. Je pense qu’un parti politique est en effet une grande école de la vie. Pour cela, il faut appliquer, une méthode pédagogique bien étudiée, facile à manier pour transmettre avec aisance, le patriotisme, aux citoyens. Je reste convaincu que l’unité du pays doit se renforcer au travers des partis politiques.

On remarque que toutes les réussites des grands pays de ce monde, passent par les appareils de leurs différents partis politiques. Ce sont les grands projets pensés, conceptualisés, par les différents partis qui bâtissent, les territoires nationaux et construisent les États.

Tout ceci pour illustrer la défaillance notoire des héritiers politiques de notre pays, héritiers directs de nos vieux sages, première classe politique des Comores. Ainsi, les générations ayant suivi ont également préféré jouer seul, au risque de l’échec. Échec dans lequel est entraînée la nation entière.

Or, un peuple est géré par un programme, établi pour des objectifs bien conçus et raffinés pour la construction du pays, l’éducation de son peuple et tout cela se fait, dans un cadre collégial des citoyens d’où la création de plusieurs partis qui peuvent dégager, celui qui mérite conduire la gestion du pays.

Malheureusement les partis se créent, dans notre pays par malice, chaque parti porte dès sa création, le nom du candidat éventuel et l’unité du pays continue à vaciller toujours à travers les régimes, les différents pouvoirs politiques et notre développement économique, social et autres restent condamnés pour longtemps. Mais une autre voie reste toujours possible.

 

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