Débat présidentiel aux Comores/ Chronique d’un sabotage programmé

Par Kamal Eddine Saindou (Kes)

Siège de l'Office de la radio et télévision comorienne

Siège de l’Office de la radio et télévision comorienne

Le pari était osé certes. Mais quel bel acte démocratique que serait ce premier débat présidentiel radiotélévisé. D’obstructions en désistements, l’ORTC a privé le pays d’un rendez-vous historique.

Dans la cacophonie d’une campagne électorale où les candidats se satisfont de monologues qui ne font émerger aucune vision argumentée de ce qu’ils projettent faire une fois élus à la tête du pays, seule la confrontation publique offrait l’occasion d’entendre un discours-programme. La dynamique initiée par la société civile à travers le mouvement Ngoshawo d’un débat entre les candidats à la primaire de février dernier devait amorcer cette nouvelle culture. Mais ni la portée démocratique d’un tel débat, ni son caractère inédit, n’ont fait prendre conscience de la signification d’un tel événement. Un silence qui a malheureusement réduit l’impact de ces débats au périmètre des réseaux sociaux auxquels n’ont pas accès la plupart des Comoriens.


Pour corriger le tir, le Conseil National de la Presse et de l’Audiovisuel (CNPA), avec le soutien moral de la CENI, ont approché la direction de l’ORTC afin d’examiner les conditions d’organisation d’un débat entre les trois candidats à la présidentielle du 10 avril sur la chaîne publique. Le directeur de l’ORTC avait souscrit à la proposition, mais seulement du bout des lèvres. Dans les faits, Abdullah Saadi et son premier cercle qui tient d’une mais de fer le média national, n’ont eu de cesse d’estropier le projet. Oubliant sans doute qu’il se trouve à la tête d’un média de service public qui plus est, fonctionne avec l’argent des contribuables comoriens soumis à la redevance télé de 250 francs tous les deux mois, le patron de l’ORTC a mis en place une stratégie de sabotage avec comme arme, la fameuse carence des moyens techniques sans lesquels l’émission n’est pas réalisable. Nous laissons les Comoriens juger de cet aspect.

Certes nous aspirons tous à l’idéal qui voudrait que la télévision nationale dispose d’un studio digne de ce nom pour un évènement très attendu par l’ensemble des Comoriens. Mais au fait, qu’est-ce qui empêchait le patron de ORTC de se retrousser les manches pour relever ce défi ? A défaut de ce tempérament qui fait les grands responsables et alors qu’il avait le soutien organisationnel du CNPA et l’engagement du ministère de l’Information en charge des élections, Monsieur A. Saadi s’est recroquevillé sur un orgueil mal placé au point de laisser dans l’ignorance tout le personnel de la station lequel jusqu’à ce 7 avril, n’était pas informé du projet de ce débat présidentiel.

La tête dans le sable, le patron d’ORTC ira jusqu’à affirmer dans les colonnes d’Alwatwan, qu’il «n’est pas saisi officiellement … je ne sais pas où nous en sommes ni sur le déroulement ni sur les autres volets. Je ne sais même pas qui va participer au débat et qui sont les intervenants ». Doit-on lui rappeler à ses souvenirs pour se remémorer qu’il est l’un des trois signataire de la lettre de convocation de la rencontre de cadrage du débat qui avait réuni les représentants des trois candidats, le conseiller du CNPA chargé de ce dossier, l’organisation des femmes journalistes et des membres du mouvement Ngoshawo.
Ni l’accord de principe des candidats à participer à ce débat, ni la mobilisation de la société civile, ni l’intérêt manifeste de l’opinion, n’ont eu raison de la logique d’obstruction du patron de l’ORTC. Il a fallu la pression du ministère de l’information pour qu’il feigne de lâcher prise sans jamais renoncer à sa stratégie de sabotage. De mémoire de journaliste, c’est la première fois qu’un patron de média censure la liberté d’expression là où ce sont les autorités politiques qui s’en chargeaient.

Le 7 avril, le jour du débat, alors que deux des trois candidats en lice étaient prêts à débattre, (Azali Assoumani s’étant désisté pour des fausses raisons), c’est l’un des bras droits du patron de l’ORTC qui a fait courir la rumeur sur une annulation du débat présidentiel. Une intox savamment orchestrée au point de dérouter le candidat Mohamed Ali Soilih (Mamadou). Kemba, chargé de communication de Mamadou avoue avoir été induit en erreur : « Après que deux responsables de l’ORTC m’aient annoncé que le débat n’a pas lieu, j’ai informé par texto notre candidat ». Mamadou et son équipe se présente néanmoins dans les locaux de l’ORTC un quart d’heure après l’heure de convocation. Le premier débatteur, Mouigni Mbaraka venu de Mohéli par la mer pour être au rendez-vous, avait déjà quitté l’Ortc après avoir constaté l’absence des responsables de la station.
Un quart d’heure fatal qui a privé les téléspectateurs comoriens d’un important rendez-vous politique qui aurait peut-être fait de cette campagne électorale, un moment historique pour la démocratie comorienne en construction.

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