Elections aux Comores/ Nous pataugeons pieds et poings liés dans la médiocrité, la lâcheté

Par Faïssoili Abdou

Le juge du contentieux électoral a tranché. Ce 5 mars, la Cour constitutionnelle des Comores s’est prononcé pour confirmer les résultats des primaires pour la présidentielle et des gouverneurs des îles proclamés le 24 février dernier par la Ceni. Des petits rectificatifs de certains bureaux de vote ont suffi à la Cour pour se donner bonne conscience et valider des élections que l’on sait entacher  d’irrégularités manifestes. La volonté du peuple est ainsi méprisée. L’ultime insulte ! La désillusion est au plus haut et le moral au plus bas dans les rangs de ceux qui espéraient un moment que la Cour constitutionnelle allait réparer les injustices dénoncer par la vingtaine de candidats à la course vers Beit-salam. Selon l’arrêt de la haute juridiction, le trio de tête de la présidentielle est composé de Mohamed Ali Soilihi alias Mamadou (candidat du pouvoir) qui recueille  17,88 suivi de Mouigni Baraka, gouverneur de Ngazidja (15,62%) et de l’ancien président Azali Assoumani (15,10%). Ce sont ces trois candidats qui devront se confronter le 10 avril prochain.  Fahmi Said Ibrahim, candidat soutenu par le Juwa de l’ancien président Sambi arrive en 4ème position (14,86%).

La Cour a donc décidé d’ignorer royalement les revendications des 20 candidats qui réclament un recomptage des voix en présence de leurs représentants. Et pourtant, ce serait la moindre des choses qu’il fallait faire pour lever toute suspicion. Mais, ce n’est pas chez nous qu’on pourrait accorder une importance à ce genre de choses.  Il est clair qu’en optant de publier ces résultats, le juge du contentieux électoral a pris le risque d’installer un climat de méfiance dans l’archipel fragilisant du même coup le climat social.  Acculés, le groupe de 20 candidats  se trouvent  maintenant devant deux choix : participer aux élections en soutenant l’un des deux prétendants qui sont dans leur rang, Azali ou Mouigni Baraka et espérer ainsi barrer la route à Mamadou soit continuer la contestation ce qui reviendra à boycotter les élections, reculer, lécher leurs plaies, se réorganiser et attendre les prochaines élections.

Pendant ce temps, dans l’autre camp des nouvelles alliances se forment autour  du candidat du pouvoir, Mohamed Ali Soilihi. Convaincus que ce dernier a déjà un pied à Beit-salam certains perdants des primaires ont décidé de s’accrocher à son navire espérant ainsi recueillir les dividendes de leur ralliement, une fois que le « Mzé Nguena npvu » sera aux manettes. Ce qui saute aux yeux c’est qu’encore une fois les petits intérêts personnels prennent le pas sur l’intérêt du pays. Les convictions, engagements et autres principes sont remisés au placard. L’essentiel c’est d’être au rendez vous lors du festin.  La plèbe, elle, n’y verra que du feu ! Alors qu’il y a peine un mois ces mêmes candidats n’avaient pas de maux assez durs pour qualifier la gestion chaotique de notre pays sous le régime actuel, tout leur semble entrer dans l’ordre maintenant. Tout va mieux dans le meilleur des mondes.

Mamadou,  le vice président en charge de l’économie et des finances de l’actuel pouvoir, cet homme dont ces nouveaux alliés de circonstance vouaient aux gémonies, lui l’homme qui est parmi ceux qui sont à « l’origine du drame comorien » comme disait de lui un de ses nouveaux alliés, est soudain devenu fréquentable. Il serait l’homme dont le pays a besoin pour se redresser. Ce diable, dont, il y a quelques mois, on ne pouvait imaginer qu’il existait une cuiller assez longue qui pouvait justifier de partager avec lui ne fut ce qu’un casse croûte impromptu est soudain devenu un ange…. En gros, tous ces discours que ces messieurs alignaient à longueur de meetings pour dénoncer les méfaits de la gouvernance actuelle, ce n’était qu’une comédie. Le fait qui parait évident aujourd’hui, c’est le discrédit de notre classe politique. La parole politique n’a plus aucune valeur sous nos cieux. Elle est décrédibilisée par nos chers politiciens, ces hommes sans repères ni boussole. Nous pataugeons pieds et poings liés dans la médiocrité, la lâcheté.

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Une réflexion sur “Elections aux Comores/ Nous pataugeons pieds et poings liés dans la médiocrité, la lâcheté

  1. Cet article m’a mis la puce à l’oreille et réconforté-dans mon entreprise citoyenne de sensibilisation/conscientisation de la jeunesse comorienne. La politique a perdu depuis longtemps ses lettres de noblesses. Depuis un certain juin , Motion de Censure contre Feu Said Ibrahim et un 13 et 29 mai 1978 chute et Assassinat de Mongozi. Elle est usurpée par des professionnels du pouvoir qui n’ont ni foi en notre nation ni respect de la loi. Sans foi ni loi un politicien cesse d’être un défenseur des droits de ses compatriotes. Il devient un pourfendeur des conditions de vie du peuple en lui refusant ses droits élémentaires. Le pouvoir de ces 38 dernières années a leurré le peuple et usurpé l’idéal républicain.

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