Culture/Hortense Belhôte : « Notre objectif est la mise en place d’un festival de théâtre itinérant »

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Elle s’appelle Hortense Belhôte.  Elle est comédienne metteur en scène et historienne de l’art. Vers la fin décembre dernier, cette jeune fille de 28ans était partie dans l’archipel des Comores , plus précisément à Anjouan, où elle a animé des séances de formation auprès de jeunes  de l’île, dans les domaines du « court métrage, le documentaire, la musique, les arts appliqués, le théâtre, la danse, le livre, la pédagogie ou le journalisme ». De retour à Paris où elle vit et travaille, Comoressentiel s’est rapproché d’elle pour nous parler de cette expérience. Entretien...

Vous venez d’effectuer une tournée à Anjouan dans l’archipel des Comores où vous avez notamment prodigué des formations à des jeunes sur place. En quoi consistait cette formation ?

La formation que nous venons d’achever à Anjouan était composée de deux volets : D’abord il s’agissait de faire de l’accompagnement de projets culturels à destination des jeunes de Mutsamudu. Nous avions lancé en amont un appel à projet, relayé par l’Alliance française et les radios locales, pour sélectionner 10 projets « culturels » relevant de divers domaines tels le patrimoine, le court métrage, le documentaire, la musique, les arts appliqués, le théâtre, la danse, le livre, la pédagogie ou le journalisme.

Du 20 au 26 décembre tous les porteurs de projets ont été réunis à l’Alliance Française pour suivre une série d’ateliers de formations autour de l’audio-visuel, la communication, la pédagogie et le travail de groupe. Affiner le projet, le retranscrire en un dossier ou une vidéo était l’objectif parallèle de chacune des équipes. Il s’agissait d’un programme modulaire, qui s’adaptait aux propositions en essayant de les aider de manière ciblée.

La deuxième semaine nous sommes allés, avec Inrfane et Farid donner des stages de théâtre de deux jours dans les villes de Moya et de Domoni, au sein de structures invitantes. A Moya la troupe locale est gérée par un Docteur et son épouse, et est spécialisée dans les spectacles de prévention santé. Nous avons travaillé avec eux autour d’exercices scéniques puis nous avons choisi d’adapter une de leur séquence à l’écran. En quelques heures et avec une équipe qui n’avait jamais fait cela auparavant nous avons réussi à tourner un film de prévention sida entièrement en langue comorienne. Dans la ville de Domoni nous avons été accueillis par le CLAC (centre de lecture soutenu par la Francophonie) où nous avons monté avec les jeunes participants venus de divers horizons, deux scènes présentées lors d’une cérémonie de remise des certificats dans la grande salle de spectacle, devant quelques amis et notables de la ville.

Quel est l’objectif de votre démarche ?

L’objectif culturel et économique général est de désenclaver l’île d’Anjouan à l’échelle de l’archipel et l’archipel à l’échelle internationale. Alors que les jeunes rêvent de formations à l’étranger qu’ils seront très peu à expérimenter réellement, c’est la formation qui vient ici à eux, de leur initiative, de manière ciblée, efficace et continue. Au niveau local l’objectif était de fédérer les différentes villes de l’île. En effet, l’état catastrophique des routes comme du réseau électrique et internet à certains endroits réduit énormément le dialogue entre des populations vivant à seulement quelques kilomètres les unes des autres. Enfin au niveau humain et social il s’agit de faire travailler les gens ensemble. On cherche à développer les partenariats locaux, faire se rencontrer par le travail des jeunes gens qui ont des compétences souvent très complémentaires : l’acteur et le caméraman, le groupe de musique et l’animateur du patrimoine et les danseurs.

Qui sont ces jeunes ?

Les jeunes viennent de milieux divers mais sont tous déjà plus ou moins actifs dans des associations ou des activités culturelles locales et régulières. Ils ont le désir d’apprendre, de découvrir. Dans un endroit où comme ils disent « il n’y a rien à faire », s’occuper un après midi c’est déjà de l’activisme. Certains ont fait des études supérieures, d’autres ont juste le bac ou même pas. C’est le grand avantage des domaines de la culture : il n’y a pas besoin de diplôme, et c’est peut être le seul secteur où une véritable mixité sociale fondée sur des critères de motivation et de travail peut se mettre en place.

Comment vous les avez repérés et sélectionnés ?

Je les ai trouvé très bien ! (rires) Je les ai connus par le biais des associations locales, c’était principalement le travail de Farid Rachad, directeur de la troupe du Théâtre N’Gomé, qui œuvre depuis des années pour la pérennité de sa structure, et dont l’effet positif sur des générations de jeunes gens n’est plus à prouver. Ces associations, comme celles de Moya ou de Domoni sont des noyaux structurants pour mener ce genre d’action. Puis au delà, il y a les amis. J’étais déjà venue en 2014 à Anjouan pour animer un stage de théâtre et j’y avais rencontré beaucoup de gens, avec qui j’ai gardé contact sur les réseaux sociaux, et qui ont relayé l’information. Nous sommes en train de constituer, notamment par facebook et la page du programme Horizons Partenaires, un véritable réseau.[https://www.facebook.com/horizonspartenaires/] Je fais là dedans un peu office d’alibi, vous savez, comme souvent la venue d’un étranger va être le prétexte, l’événement nécessaire à constitution d’un collectif. Nous essayons de profiter mutuellement des évidences structurelles de nos sociétés concernant le travail de groupe, la confiance en l’autre, le sens du collectif. Et on essaye mutuellement de faire bouger nos tendances respectives à l’individualisme ou au repli sur soi.

Peut-on parler des financements de ce projet ?

Le budget de la mission est à vrai dire assez faible, c’est surtout de l’huile de coude ! L’ambassade de France aux Comores paye le billet d’avion et avec les défraiements j’ai acheté le peu de matériel dont nous avons eu besoin.  L’Alliance Française œuvre pour une bonne part au financement en nature en nous prêtant les locaux et en mettant à notre disposition ses outils logistiques. De même le FCDD, le Clac de Domoni, celui de Moya et la troupe du Docteur Faouz ont eux même financé et organisé notre venue dans les différentes villes de l’île. Enfin, le Collectif du Patrimoine des Comores, basé à Paris, a gracieusement participé à couvrir certaines dépenses, et l’entreprise Coca Cola d’Anjouan à offert des boissons pour la soirée de clôture. C’est par la multiplication des partenaires que Farid Rachad et moi même avons réussi à monter de toute pièce ce projet novateur dont il fallait avant tout prouver le bien fondé et l’efficacité. Il semble que nous ayons réussi, et chaque mission œuvre pour offrir davantage d’envergure à la suivante.

Comment s’est passé votre séjour à Anjouan?

C’est toujours d’une grande richesse. J’adore, je m’y sens bien et de plus en plus. Rester quelques jours à Moya et Domoni m’a fait découvrir de nouvelles choses et de nouvelles personnes, c’était superbe. Mais comme toujours j’ai beaucoup travaillé, non-stop du coup, il y a plein de choses que je n’ai pas eu le temps de faire. Mon vrai regret c’est la langue… Je dois apprendre un peu quelques rudiments, je vais m’y mettre. « Ewa ».

Avez-vous prévu de revenir?

Evidemment ! L’aventure doit se faire sur du long terme. C’est comme une histoire d’amour, c’est une affaire de confiance, de choix et de travail sur la durée. Il n’y a que comme ça que nous pourrons à chaque fois aller un peu plus loin. Depuis le départ avec Farid notre objectif est notamment la mise en place d’un festival de théâtre itinérant, qui favoriserait l’intégration mutuelle des territoires et les rencontres artistiques. Petit à petit nous créons les outils nécessaires à sa réalisation et il devrait voir le jour dans une forme minimaliste dès l’année prochaine. Pour le reste, les chantiers sont nombreux ! Nous avons des projets de travail sur la langue, sur l’édition d’un ouvrage, des tournages de films… les envies ne manquent pas, vous entendrez bientôt reparler de nous.

Propos recueillis par Faïssoili Abdou

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