« Boulle Mining gate» et quelques ersatz au menu des élections de 2016

Par Faïssoili Abdou

Une électrice entrain de glisser son bulletin dans l'urne

Une électrice entrain de glisser son bulletin dans l’urne

Ce 2 janvier, la Cour constitutionnelle des Comores a publié la liste définitive des prétendants aux élections présidentielles et des gouverneurs des îles prévues en ce premier trimestre 2016. Une petite particularité sur cette liste mérite d’être relevée : trois  des principaux instigateurs de l’affaire Boulle Mining (Mohamed Ali Soilih (Mamadou), M’tara Maecha et Nourdine Bourhane) y figurent en bonne place, les deux premiers en qualité de candidats titulaires aux présidentielles et le troisième en tant que vice président de Mamadou. Pour mémoire, « l’affaire Boulle Mining » que nous avons rebaptisée « Boulle Mining gate » a éclatée suite à la signature en 2011 d’un contrat léonin passée dans une totale opacité entre cette société mauricienne et le « gouvernement comorien » pour l’exploration et l’exploitation gazière et pétrolière dans les eaux territoriales comoriennes.

Le seul hic dans cette histoire est que les prétendus représentants de l’Etat comorien n’étaient  pas habilités à passer un tel accord et ont ainsi usurpé des prérogatives qui n’étaient pas les leurs pour signer un document qui engageait le pays pour une durée de 40 ans. Cela sans que l’Assemblée nationale en soit informée. Un accord qui finira à la Cour d’arbitrage international de Londres où, heureusement pour notre pays, le gouvernement comorien représenté par le Vice président Fouad Mohadji a eu gain de cause, l’accord ayant été purement et simplement annulé.

Les responsabilités de Mohamed Ali Soilihi et Nourdine Bourhane, respectivement vices- présidents en charge des finances et de l’aménagement du territoire du gouvernement actuel, ont été clairement démontrées dans le jugement de la Cour arbitrale de Londres. De même que celle de l’ancien ministre des affaires étrangères, M’tara Maecha qui a servi d’intermédiaire entre Boulle Mining Group et ses amis du gouvernement dans cette affaire très alléchante pour ses instigateurs.

Curieusement, ce dossier qui a, pourtant, failli mettre notre pays dans une situation désastreuse n’a pas soulevé trop de vagues. Tout se passe comme si c’était normal. On sait que sous d’autres cieux cela aurait provoqué un véritable scandale, disqualifierait ses auteurs, leur priverait même le fait de solliciter le suffrage de leurs compatriotes, mais chez nous ça n’a pas choqué grand monde. Conséquences : ses  deux hauts responsables comoriens qui, dans cette affaire, ont usé des méthodes se rapprochant beaucoup plus du grand banditisme que de la gestion saine des affaires publiques continuent, peinards, leur bonhomme de chemin. Et les voilà, qui vont sillonner les quatre coins de l’archipel pour vendre leur « vision » des Comores de demain et promettre à l’occasion, monts et merveilles et  même le paradis sur terre aux électeurs.

Une chance que n’aura finalement  pas, Mohamed Ali Said, dont la candidature au poste du gouverneur de l’île de Mwali a été invalidée par la Cour constitutionnelle. La haute juridiction a, en effet, jugé que le chef de l’exécutif de Mwali, qui a été élu président de l’île en 2007 et gouverneur depuis 2010, ne pourra rempiler en 2016, au motif que  la Constitution de 2001 révisée en 2009, limite à deux le mandat des gouverneurs des îles. Cette  décision restera sans doute très longtemps au travers de la gorge du chef mohelien. Le malheureux qui, pourtant, au début de son mandat avait montré toute sa disponibilité à travailler en bon terme avec Ikililou, allant même jusqu’ à se déclarer le « Moussa Toybou de Mwali », en référence à cet ancien président/gouverneur de l’île d’Anjouan (2007-2010) qui faisait preuve d’une loyauté sans faille au président de l’Union Ahmed Abdallah Sambi,  se voit ainsi payer en monnaie de singe…

Le taiseux de Bonovo (siège du gouvernorat de Moheli) n’a pas encore fait une déclaration après cette décision de la Cour constitutionnelle, on ne sait pas s’il va lui aussi déclarer le samedi 2 janvier, un « samedi noir », comme  l’a fait l’ancien Raïs Ahmed Abdallah Sambi à propos du vendredi 25 décembre  dernier qu’il n’a pas hésité à qualifier de « journée noir » après le rejet de sa candidature au motif que lui « le ressortissant anjouanais » selon les termes de la Cour constitutionnelle, ne pouvait concourir à une élection ouverte aux seuls « ressortissants » Grands comoriens.

Sa candidature ayant été invalidée Sambi a déclaré qu’il apporte son soutien à celle de l’avocat Fahmi Saïd Ibrahim. C’est donc Fahmi qui défendra les couleurs du Juwa/ Pec lors des élections présidentielles de 2016 sous l’œil vigilant de l’ancien président. Mais, d’ores et déjà, on peut supposer que c’est plutôt de Sambi et de sa gestion lors de sa présidence de 2007 à 2011, que les adversaires politiques de Fahmi vont parler et même attaquer lors de la campagne. L’ancien chef de l’Etat est notamment très critiqué à propos de la fameuse loi controversée sur la citoyenneté économique. Certains l’accusent d’avoir « honteusement vendu le pays à des étrangers ». Pourtant, cette loi de la citoyenneté économique  a été adoptée en 2008, il est vrai dans une totale confusion, par l’Assemblée de l’Union. On a constaté, il vrai aussi, que la manne financière ayant découlée de cette loi a été gérée dans l’opacité la plus totale aussi bien sous Sambi que sous son successeur, Ikililou Dhoinine. On a même vu le Vice-président Mohamed Ali Soilihi refuser de répondre à une question d’un député qui lui demandait plus de détails sur ce qui est fait à cette manne arguant du fait qu’il s’agissait d’un… secret

L’autre sujet évoqué par les détracteurs de Sambi c’est sa supposée appartenance au courant Chi’ite. Certains l’accusent, sans preuves formelles pour le moment, d’avoir favorisé l’implantation de ce courant religieux dans l’archipel. Alors que la majorité des Comoriens sont sunnites de rite chaféites, certains chefs religieux et aussi des opposants politiques de l’ex-président Sambi exploitent ce sujet pour essayer de décrédibiliser l’homme au turban vert. L’ancien président Azali, candidat lui aussi pour les élections présidentielles de 2016, n’est pas épargné.  Plusieurs dossiers qui lui concerneraient, certains relatifs à des présumés détournements de fonds sont cités sur internet sans qu’on puisse démêler le vrai du faux. Tous ces sujets et bien d’autres seront certainement étalés sur la place publique lors de la campagne présidentielle. Ils seront utilisés comme autant de munitions destinées à atterrer l’adversaire. Espérons que les électeurs ne se laisseront pas conter fleurette et qu’ils sauront distinguer le bon grain de l’ivraie…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s