Ça se corse sérieusement, pour le président de la Ceni !

Par Faïssoili Abdou

Ahmed Mohamed Djaza, président de la CENI

Ahmed Mohamed Djaza, président de la CENI

Dernière développement de l’affaire,

Dans une lettre adressée ce 21 décembre au président de la Cour des Comptes, les 5 membres de la Ceni qui mènent la fronde contre le président de la Ceni se disent disposés « à être entendus dans ce dossier pour étayer les éléments de preuves« . Ils ont salué au passage « le professionnalisme et l’impartialité » de la Cour dans son travail, mais aussi « l’attitude des autorités politiques et en premier lieu le président de l’Union des Comores, qui se sont tenus en retrait dans la gestion de ce dossier, qui conditionne la crédibilité de la Ceni et la probité professionnelle de ces membres« 

Lettre au Président de la Cour de compte

Décidément, les mois de décembre se suivent et se ressemblent pour  Ahmed Mohamed Djaza, président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), l’organe en charge des élections mise en place en Union des Comores en juillet 2014. Et ce n’est pas du tout être superstitieux que  de le penser… Rappelez-vous, au mois de décembre 2014, le président de la Ceni a failli perdre son poste suite à une motion signée par 7 des 13 membres composant cette instance qui demandaient sa démission pour « fautes graves ». Il n’a pu alors conserver son poste qu’après plusieurs tractations. Tout était entrait dans l’ordre ou plutôt il y avait un semblant de normalité jusqu’à un récent audit de la Cour des comptes qui a mis au jour des errements au niveau de la comptabilité de la Ceni rouvrant ainsi la boite de pandore.  Le document de 20 pages publié par l’Institution supérieur de contrôle des finances publiques révèle que « la Cour a constaté que plus de 153 213 509 Fc (312 680 €) ont été dépensés soit sans pièces justificatives soit avec insuffisance de pièces justificatives », lors des élections harmonisées de 2015. Dans les détails ce document révèle des pratiques douteuses et effarantes quand on sait que les membres de la Ceni sont grassement rémunérés.  On notera par exemple ce fait qui n’est pas la plus importante, mais qui résume jusqu’à la caricature les pratiques de ces gens dont on réclame « probité et droiture ».

La Cour des comptes, relève une opération de payement de facture d’un montant de 5 388 000 fc à la CEII de Mohéli le 9 avril 2015, « sans justificatif de payement à part une copie d’un chèque ». « Le même montant a été payé par virement d’un chèque le 21 avril suivant pour régler les mêmes factures (double payement) », souligne la Cour des comptes qui remarque : «  malheureusement après constat du double payement ce montant a été partagé en deux parties et par le comptable de la Ceni et le responsable de la CEII de Mohéli dans leurs comptes personnels ». Autrement dit, ils se sont servis de l’argent publique sans vergogne…

La Cour rappelle que « de tels manquements graves en matière de gestion des fonds publics sont susceptibles de plusieurs interprétations lesquelles certaines sont parfois mal ressenties par les responsables concernés, mal perçues par les autorités et les citoyens ».  Et comme on pouvait s’y attendre la Cour des comptes prévient que « les responsables de la Ceni ont le devoir et l’intérêt de justifier toutes les dépenses payées durant cette période pour des raisons de clarté et de transparence de leur gestion, de bonne image et réputation de l’institution ». Rendez vous et donc pris pour le mois de janvier prochain devant le juge de la Chambre de discipline financière.

En attendant, à quelques mois de l’ouverture de la campagne pour les élections présidentielles et des gouverneurs des îles, cette affaire fait grand bruit au sein même de la Ceni. Un climat malsain s’y installé depuis. Une partie des Commissaires demandent ni plus ni moins que la démission du président de cet organe et son secrétaire général. « Nous vous demandons de bien vouloir faire preuve de nationalisme et concéder de la notoriété de la Ceni et à l’Etat comorien, en vous retirant de vos fonctions respectives de membres de bureau de votre propre gré, et vous mettre à la disposition de la justice pour laver votre honneur et celui de l’institution », lit-on dans une lettre signée par 5 membres de la Ceni et adressée aux deux responsables le 16 décembre dernier. « Votre démission permettra à la Ceni de jouer pleinement son rôle de garant de la gestion d’élections paisibles, transparentes et acceptables sans équivoque à l’interne ni suspicion à son endroit de la part des parties prenantes, des partenaires et de la part des citoyens comoriens », soutiennent ces Commissaires qui craignent que l’évolution de cette affaire ne soient « pénible pour l’institution ».

Dans un autre courrier adressé au président de la Ceni, ces mêmes membres de l’organe en charge des élections demandent de « recevoir sans délai, l’ébauche auditée du rapport financier des élections de 2014-2015 avec les pièces justificatives jointes, le rapport préliminaire et le rapport définitif de l’audit de la Cour des comptes ». Une demande  qui serait restée sans réponse pour le moment, ce qui ne fait qu’augmenter la défiance entre les membres de la Ceni. Un climat qui n’est pas pour rassurer à propos des prochaines échéances électorales. Ce qui étonne c’est le silence assourdissant constaté jusqu’ici de la part des acteurs politiques aussi bien de la majorité que ceux du pouvoir ainsi que les organisations de la société civile.

A travers une lettre datant du 26 novembre dernier, Ahmed Mohamed Djaza s’était élevé contre le Commissaire Latuf Abdou, au motif qu’il « avait fait une déclaration publique suivie de la distribution d’un communiqué pouvant affecter la crédibilité de la CENI », lors d’un point de presse que ce dernier avait tenu le 25 novembre au siège de l’organe en charge des élections en « violation des procédures habituelles établies au sein de cette institution » avait souligné Ahmed Mohamed Djaza. Le président de la Ceni avait alors donné un « avertissement » au Commissaire Latuf Abdou tout en lui signifiant qu’une « notification allait être adressée à son entité de désignation », le gouvernorat de Ndzouani en l’occurrence. La question qui se pose est de savoir si les responsables de la Ceni, plus particulièrement le président et le secrétaire général dont les autres membres rejettent la responsabilité des « manquements » constatés par la Cour des comptes pourront  se dépatouiller dans cette affaire avec une boulette de 153 213 509 Fc dans leurs pattes. Tout ce qu’on peut dire pour le moment c’est que l’argent facile a un prix….

La lettre de demande de démission

DémissionCENI1

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