Comores/Patronat : le Modec s’en va à vau l’eau

Par Faïssoili Abdou

Des membres du Modec en conférence de presse

Des membres du Modec en conférence de presse

Depuis près de 6 mois le Mouvement des entrepreneurs comoriens (Modec) est en proie à une crise interne qui menace de l’emporter,  minant ainsi tous les efforts consentis jusqu’ici par ses membres pour dynamiser cette jeune structure, pilier de l’économie nationale. Dans un entretien publié sur le site de l’Ambassade de France, Faharate Mahamoud Housseine, la présidente du Modec, avait déclaré que sa structure comptait 102 entreprises qui représentent 3 000 employés.

Dans la tête de ses initiateurs, le Modec, né à la fin de 2013 de la fusion de l’Organisation patronale comorienne (Opaco) et la Fédération du secteur privé comorien (Fspc), était censé donner un coup de fouet à un secteur privé en léthargie depuis plusieurs années. Cette structure devait en même « constituer un seul bloc pour consolider le dialogue social avec son partenaire, l’Etat, et le cas échéant constituer un noyau dur de résistance face à l’arbitraire ».

Seulement, après près de deux années d’existence cette organisation du secteur privé comorien montre des signes de relâchement. Le navire Modec semble au creux de la vague. Même si un membre du bureau exécutif semble minimiser la tension qui prévaut au sein de l’organisation. « Je ne parlerai pas de crise. Il existe certaines divergences de vue sur un dossier. Le dossier Lafarge. Pour moi, ces divergences sont normales et représentent un signal fort du fonctionnement démocratique de l’organisation », tempère-t-il, pédagogue. Et lui d’ajouter : « Pour moi, il est normal qu’à un moment de la vie d’une organisation des divergences puissent apparaitre sur sa gouvernance ».

Des propos  qui tranchent avec celles des autres interlocuteurs qui ont accepté de nous décrire sous couvert d’anonymat l’ambiance qui règne au sein du Modec. « Cela a débuté par la démission de la directrice exécutive, ensuite les différentes approches pour résoudre les problèmes économiques envers l’Etat que la Présidente prônaient ne correspondaient pas à l’avis de la majorité des membres du bureau », nous raconte un cadre du Modec. Soulignons que l’ancienne  directrice exécutive du Modec, Farahati Moussa, a présenté sa démission au mois de juillet dernier. Elle a été remplacé, depuis, par Mohamed-Zaki Housseine (connu sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme de Abu Hachimia), qui se trouve être un cousin (simple coïncidence ?) du mari de la présidente du Modec, Faharate Mahamoud Housseine.

Incompétence, trahison…

Un « mélange des genres » qui semble indisposer au sein de l’organisation patronale. « La plupart des membres l’ont jugé peu qualifié et sans expérience pour un tel poste mais la présidente a passé outre », indique l’un de nos interlocuteurs. La démission de la directrice exécutive a été suivie quelques temps après par celle du chargé du dialogue social au sein de l’organisation, Abdoul Anzize Said Attoumane, Président Directeur Général de SEAM Holding Comoros. Des désistements qui semblent refléter le climat de malaise et le sentiment de lassitude que nous décrivent nos interlocuteurs. Une situation dont des membres de l’organisation imputent à leur présidente. Un de nos sources indique que « l’affaire Lafarge et l’affaire Handouli sont les éléments déclencheurs » de cette crise. En fait, un contrat entre Lafarge et  l’Entreprise Générale de Terrassement (EGT), dont la présidente du Modec est la directrice financière, pour la construction de la nouvelle station de fabrication de ciment du groupe français a été ressenti par les autres membres de l’organisation comme « une grave trahison ».

« La présidente est tombée dans le piège que Lafarge lui a tendu et elle a mordu à l’hameçon. Rappelez-vous qu’elle avait conduit le combat contre les actes de non respect de la législation comorienne de Lafarge. Et bien, le groupe français  a tout fait pour accorder à EGT le marché de terrassement de son site à l’ancien aérodrome de Moroni sans appel d’offre », peste un membre du Modec, visiblement désappointé. Il relève que « ce site accordé gratuitement à Lafarge par le gouvernement est en plein centre ville et ne sied pas pour l’édification d’une usine industrielle de production de ciment. Maintenant la présidente est la risée de tous ». Avant de confier : « Certains d’entre nous avons demandé la démission de la présidente, mais elle refuse ».

Intérêts personnels…

Ce climat de méfiance entre la présidente du Modec et certains des membres expliquerait-il la lassitude dont semble exprimer ces derniers à l’égard de leur organisation ? Il est, en effet, apparu que nombre d’entre eux ne versent pas leurs cotisations, ce qui met à mal le fonctionnement même du Modec. Il parait que des arriérés de salaires seraient parmi les raisons qui ont poussé l’ancienne directrice exécutive du Modec à claquer la porte de cette structure. « Déjà à l’Opaco, les membres cotisaient peu, au Modec c’est pire. Même les membres du bureau ne cotisent pas », souffle un connaisseur de l’organisation. Des  membres du bureau qui auraient également déserté  les réunions. « Depuis bientôt trois mois le Bureau Exécutif s’est réduit à la présidente et le vice-président et Advis Dijoux, les autres membres ne vont plus aux réunions », témoigne un membre de l’organisation patronale soulignant qu’ « au stade où est arrivé le Modec, il faut un leader, un rassembleur ».

« Je pense que la solution n’est ni la fuite ni l’abandon mais plutôt le dialogue pour que les ajustements nécessaires se fassent », glisse le membre du bureau exécutif. Le grand mouvement patronal dont la création du Modec avait permis de rêver est-il entrain de sombrer dans les abysses des intérêts personnels ? C’est la question que se posent nombre de connaisseurs. « Il faut reconnaître que les opérateurs économiques comoriens n’ont pas de culture d’associations professionnelles et voient en elles, uniquement un instrument pour défendre leurs intérêts propres et non l’intérêt général », tranche, amer, un membre du Modec.

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