Interview / Said Larifou, président du Ridja : « Des engagements dangereux pris par nos gouvernants exposent des générations futures de Comoriens à un risque de surenchère »

Said Larifou, président du  Ridja

Said Larifou, président du Ridja

Le 1er novembre dernier, quelques jours avant la déclaration de sa candidature aux élections présidentielles de 2016, le 8 novembre, l’avocat franco-comorien et président du parti Ridja, Saïd Larifou nous avait accordé cette interview paru la semaine dernière dans les colonnes de l’Hebdo Le Courrier d’Anjouan N°007 du 09 au 15 novembre p.4. 

Jeux des îles de l’océan indien, le problème des étudiants à l’Université des Comores, élections présidentielles de 2016,  affaire Boulle Mining etc.… L’avocat Saïd Larifou, président du parti Ridja a accepté de répondre à nos questions surtout  ces dossiers brûlants de l’actualité comorienne. Entretien…

La semaine dernière, on vous a vu  avec des jeunes pour réclamer le maintien des jeux des îles de l’Océan indien 2019 aux Comores alors que la commission internationale des Jeux qui avait remis le drapeau au comité olympique comorien a décidé au dernier moment de les confier  à l’île Maurice. Quelles sont les actions que  vous envisagez d’entreprendre pour  arriver à votre objectif ?

La décision du CIJ de retirer aux Comores le droit d’organiser et accueillir les jeux des îles de l’Océan Indien en 2019 est discriminatoire  et les motifs évoqués par cette instance pour justifier sa décision et le choix de Maurice sont fallacieux. Et ce d’autant que Maurice n’a pas fait une demande officielle en ce sens.
La réunion du 20 octobre 2015 au terme de laquelle cette décision a été prise est une réunion d’étape et d’évaluation à la fois des démarches entreprises par les Comores pour organiser ces jeux et que techniquement le dossier des Comores semble réunir suffisamment d’éléments crédibles pour rassurer les instances du CIJ.  L’absence certes regrettable du gouvernement comorien à cette réunion ne saurait à elle seule justifier cette décision honteuse qui instaure une discrimination au sein de cette instance olympique.
En tout cas cette décision est contraire aux dispositions de la charte des jeux des îles de l’océan indien dont l’objet est la « solidarité entre les Etats et la coopération  entre les îles par le développement du sport ». Un comité a été créé par des jeunes et des sportifs comoriens pour exiger à juste titre le maintien des jeux aux Comores en 2019.
Les jeunes comoriens attendent d’accueillir leurs cousins des îles voisines dans la simplicité et dans un  un esprit fraternel.
Ils attendent cela depuis 1979 et n’entendent pas accepter une nouvelle fois qu’on leur vole leurs jeux. Des manifestations sont prévues aux Comores pour sensibiliser l’opinion à ce sujet et un déplacement des athlètes dans les iles voisines est prévu également.
Il ne faut pas exclure la saisine des instances olympiques internationales pour signaler la violation de la charte des jeux et de la discrimination dont est victime les Comores. 

L’autre sujet qui vous a mobilisé concerne les étudiants de l’Université des Comores qui rencontrent des problèmes avec leur droit d’inscription….Le problème a été résolu ?

Au sujet des frais d’inscription à l’Université des Comores, ma démarche consiste à demander que la date butoir imposée aux étudiants de payer ces frais soit reportée afin de permettre à ceux dont les parents rencontrent des difficultés financières de s’en acquitter par échelonnement.
L’Université s’en tient à sa décision alors qu’il est de notoriété publique que la situation sociale aux Comores est extrêmement tendue du fait d’une part que les fonctionnaires accumulent cinq mois d’arriérés et l’Université ne se pose même pas la question de savoir comment les parents peuvent payer ces frais au demeurant exorbitants au regard du pouvoir d’achat du salarié de base.
Il conviendrait de revoir ce système des frais d’inscription des étudiants issus des familles  en difficulté , l’Etat comorien a l’obligation d’assurer l’accès de tous à l’éducation et qu’il lui est interdit d’instaurer une forme de discrimination entre Comoriens.
Le système tel qu’il est, instaure une discrimination par l’argent et exclut bon nombre des jeunes Comoriens de la scolarité et cela est pour nous une situation intolérable.
J’ai toujours été proche des jeunes et notamment les étudiants, la création de la bibliothèque triangle de l’Espoir, la réception des bacheliers à l’étranger et cette année aux Comores et la création d’une station de radio et télévision pour des jeunes dont la plupart sont devenus des journalistes sont les témoignages de mon attachement à leur avenir et celui de notre pays.
Nous avons ouvert un registre pour établir la liste de ceux qui rencontrent des difficultés pour payer ces frais et nous nous rendront à l’université pour demander un paiement échelonné.

Le Ridja, votre parti, est membre du Rassemblement des républicains (RP), un groupement de partis d’opposition qui milite pour que l’ancien président Sambi puisse être candidat aux élections présidentielles de 2016. En même temps, on constate que d’autres leaders membres de ce même rassemblement se portent candidats à cette même élection. Pouvez-vous nous expliquer la base d’une telle stratégie ?

Le rassemblement des patriotes dont le RIDJA est l’un des membres fondateurs se bat pour le respect de la Constitution et pour empêcher toute forme de discrimination qui instaure le critère insulaire comme condition d’éligibilité à l’élection présidentielle, notre coalition n’interdit aucun des membres de se  porter candidat aux échéances politiques à venir et des discussions sont en cours pour nous permettre de constituer des tandems crédibles pour remporter les élections présidentielles de l’Union des Comores et des Gouverneurs.
Il est de notre devoir de définir une très bonne stratégie pour mettre fin aux  souffrances endurées aux Comoriens et à la liquidation de tout ce que possède notre pays.
Des engagements dangereux pris par nos gouvernants exposent des générations futures de Comoriens à un risque de surenchère et il est temps de doter à ce pays une vision et une équipe soucieuse de son avenir.

Serez-vous vous-même candidat ?

Je ferai savoir très prochainement ma décision sur ma candidature éventuelle aux prochaines échéances électorales.

Selon vous quels sont les grands chantiers qui attendent le prochain président de l’Union des Comores ?

La prochaine équipe devrait dire aux Comoriens l’état du pays et établir un diagnostic des priorités sociales. Il y a mon avis des urgences sociales qui nécessitent un vrai plan quinquennal de lutte contre la pauvreté. Ensuite, il faut réfléchir et doter les Comores des infrastructures indispensables pour le développement économique du pays et en premier lieu instaurer un système judiciaire compétent et efficace et qui protègent les personnes et leurs biens. L’embauche des magistrats étrangers pour renforcer et mieux encadrer le système actuel est indispensable si nous voulons attirer des vrais investisseurs. En ce qui concerne l’énergie, il faut en urgence réfléchir à une solution immédiate et de long terme à ce problème.

Quel commentaire faites-vous par rapport au jugement de l’affaire Boulle Mining ?

Au sujet de cette affaire et les autres dossiers notamment ceux liés aux pavillons comoriens le président Ikililou a une lourde responsabilité. Il doit donner des explications aux comoriens sur les raisons qui ont poussé son gouvernement à des magouilles qui n’honorent pas notre pays. Il y a une autre procédure engagée contre notre pays devant cette même instance arbitrale au sujet des pavillons. Une nouvelle fois le même Mamadou a annulé un premier contrat de concession des pavillons comoriens sans donner des motifs légitimes pour signer un autre contrat avec une autre compagnie et ce en violation des engagements pris et en contradiction des intérêts de notre pays. Il est temps que les Comoriens sanctionnent cette équipe d’incompétents peu soucieux de notre pays et de notre avenir. Si nous ne faisons rien pour mettre fin à la casse de notre pays l’avenir de nos enfants sera encore plus sombre.  Il est du devoir de chaque comorien de se soulever contre ces individus. Aucune famille comorienne n’est épargnée par les souffrances provoquées par nos dirigeants successifs qui ne se soucient pas de notre avenir ni celui des générations futures de Comoriens.

Peut-on parler d’une victoire du gouvernement comorien dans cette affaire ?

Il s’agit d’un échec pour notre pays et surtout pour Mamadou qui voit ses manœuvres de casse et vente de tout ce que possède notre pays échouer. Ce monsieur et d’autres qui sont avec lui et avant lui sont à l’origine du drame comorien. Ils n’incarnent rien et en aucune manière l’avenir de notre pays. Leurs noms symbolisent les maux dont nous souffrons. Le plus inquiétant est leur insouciance et l’assurance qu’ils semblent afficher sur l’incapacité des comoriens à se soulever.  Cela constitue un élément déterminant pour mon engagement dans les prochaines échéances. Je ne peux en aucune manière laisser ces gens enfoncer encore plus notre pays.

Propos recueillis par Faïssoili Abdou

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