Sambi et les autres…

Sambi et Ikililou en 2010

Sambi et Ikililou en 2010

Adulé par les uns, honni par les autres. Près de cinq ans après avoir quitté Beit-Salam, l’ancien président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi suscite le débat entre fidèles et opposants autour de sa personnalité. Alors que les uns ne jurent que par lui, les autres le vouent aux gémonies ; il les agace.

Dans son livre intitulé « Le mystère Sambi », publié en 2014, le journaliste Ali Mmadi relève ces foules que « l’homme au turban vert » draine à chacune de ses apparitions alors qu’ «  une partie importante du microcosme politico-journalistique, ainsi qu’une poignée de leaders religieux continuent de le considérer comme le pire des présidents que les Comores aient connu ».

Sur la blogosphère comorienne et sur les réseaux sociaux aussi les attaquent pleuvent. Les partisans de ses adversaires se lâchent. La toile pullule de commentaires plus acerbes les uns que les autres et parfois injurieux à l’égard de l’ancien chef de l’Etat. Mais pourquoi Sambi suscite-t-il autant de passion ? En quoi est-il différent des autres hommes politiques de la place ?

Lorsqu’il accéda au pouvoir en 2006, ce religieux qui a fait toute sa formation universitaire dans le monde musulman est présenté par un envoyé spécial de Rfi comme « le premier chef d’Etat comorien à n’avoir été coulé dans le moule français ». Et c’est là, peut-être, un des traits qui le différencie des autres.

Le messie ?

Plus inspiré par les méthodes politiques des monarchies arabes que ceux des républiques occidentales dont se réfèrent la grande partie de nos hommes politiques, Sambi peut, parfois, irriter même ses plus proches collaborateurs. Les ruptures politiques entre lui, Moussa Toyibou, Ikililou Dhoinine, Anissi Chamsidine et tant d’autres  en témoignent. « Plus que la nostalgie de l’ivresse des cimes et de ses adversaires réunis, Sambi a  un ennemi autrement plus terrifiant. Il s’appelle Sambi. Un ego surdimensionné, lesté d’une ambition inassouvie, au point de s’autopersuader, et les siens avec, qu’avant le 26 mai 2006 et après le 26 mai 2011, les Comores n’étaient que ruines et désolation. Un pays ex-nihilo ; et le sauveur, ça ne peut-être que lui. «  C’est par ces mots que le journaliste Aboubacar Mchangama concluait un éditorial évoquant la rupture entre Sambi et son ex-poulain Ikililou Dhoinine (Archipel n°245 septembre 2013).

Pour ses partisans, Sambi est le « recours face à la faillite de la classe politique ». Il représenterait le renouveau, alors que les autres font partie de l’ancien système. Et le mythe fonctionne toujours, malgré un bilan plus que mitigé de son mandat de cinq ans à la tête de l’Etat et ses nombreuses promesses de campagne non tenues.

L’ancien chef de l’Etat conserve, il est vrai,  un soutien sans faille auprès d’une frange importante de l’électorat. « La magie Sambi opère encore », s’est exclamé le journaliste Ahmed Ali Amir dans les colonnes du journal Al-watwan, au lendemain d’un grand meeting tenu par le leader du parti Juwa lors de la campagne des législatives à la place Ajao à Moroni. Les résultats issus de ces élections le prouveront d’ailleurs : Juwa est arrivé en seconde place après l’Updc, le parti au pouvoir. C’est probablement grâce cette popularité que des politiciens qui le présentaient encore hier comme le « diable en personne », se sont rapprochés de lui en vu des prochaines échéances électorales.

Entre rêve et réalité…

L’objectif affiché par l’ex-président Sambi de se présenter aux élections présidentielles de 2016 irrite au plus haut les tenants du pouvoir actuel. Au niveau du gouvernement on use de tous les arguments (politique, religieux et constitutionnel)  pour contrecarrer cette volonté jugée comme susceptible de créer des troubles. « Il (Sambi) va complètement à l’envers de toutes les valeurs d’unité nationale et d’attachement à la constitution », confiait Mohamed Ali Soilih, vice-président en charge du ministère des Finances, en début de cette année à l’Agence France presse (Afp), au lendemain des élections législatives.

Etiqueté « populiste », Sambi représenterait, selon ses adversaires, un danger sur le plan religieux à cause de ses supposés « penchants  chiites » et ses liens avec l’Iran. Dans son livre « Français, si vous rêviez », le journaliste français Alain Genestar définit ainsi le populisme : « C’est capturer les rêves du peuple ; c’est lui faire croire que tout est possible, qu’il suffit d’exposer des idées simples et de critiquer les élites pour résoudre les difficultés. La politique est le rêve plus la réalité. Le populisme est le rêve plus le mensonge ». Que le politicien qui n’a jamais menti, lève le doigt…

En 2006, Ahmed Abdallah Sambi fut élu  à la faveur d’un soutien massif de l’électorat qui voyait en lui un homme neuf, l’homme idéal face à la situation chaotique laissée par son prédécesseur Azali Assoumani. Il promettait lui-même d’injecter du sang neuf dans la gouvernance du pays. Maintenant que les électeurs l’ont vu à la manœuvre pourra-t-il encore renouveler l’exploit ? A voir… Dans son livre « Comores, les nouveaux mercenaires » paru en 1994, le journaliste français Pascal Perri, signalait  l’ascension dans l’opinion anjouanaise d’un nommé Abdallah Sambi, « un homme cultivé, formé dans les universités iraniennes et saoudiennes »,  qui n’avait alors que 34 ans. « Son influence menace désormais les bastions politiques traditionnels de l’île », avait-il souligné avant de conclure : « La misère et la corruption ostensible des hommes politiques sont à l’évidence ses meilleurs alliés. Aux Comores comme ailleurs, les religieux profitent des faiblesses des laïcs ». Mais la corruption fait aussi partie des maux qu’on reproche au pouvoir de Sambi.

Faïssoili Abdou, article paru dans l’Hebdomadaire « Le Courrier d’Anjouan n°001 du 7 au 13 septembre 2015 »

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