Licenciement d’une journaliste à Al-watwan, le bras de fer s’installe

Faiza Soulé Youssouf, la journaliste licenciée

Faiza Soulé Youssouf, la journaliste licenciée

Climat délétère à Al-watwan. En ce début d’année l’ambiance n’est pas vraiment à la fête au sein de la rédaction du journal gouvernementale après le licenciement d’une journaliste pour « abandon de poste ». « C’est un bras de fer entre le directeur général et la rédaction », résume un journaliste du quotidien. Le 31 décembre, l’équipe de la rédaction a publié sur les réseaux sociaux une lettre ouverte au directeur général, Mohamed Abdou Soimadou, pour lui signifier leur « vive opposition à cette décision dont les motifs nous paraissent mal fondés, en tout cas pas assez solides pour justifier cette  »fatwa » ».

« Au-delà du cas de Faiza Soulé Youssouf, votre mesure, à laquelle le Conseil d’administration du journal n’a pas été associé, nous interpelle par son caractère brutal, unilatéral et illégal », ont-ils protesté estimant au passage que la décision du directeur est  d’une « gravité inouïe » et « n’est pas proportionnelle à la faute prétendument commise. » La journaliste Faiza Soulé Youssouf que nous avons contacté a pour sa part indiqué qu’elle est « attristée par cette décision mais confiante d’une prochaine réintégration ».

Dans leur missive les journalistes ont rappelé au directeur général une règle établie dans la maison à savoir qu’il  « existe, à Al-watwan, une certaine automaticité entre la demande et le fait d’octroyer le congé au requérant. Sauf en cas de personnel non suffisant au sein de la Rédaction ». Une évocation qui ne semble pas avoir infléchie la position du directeur général qui soutient mordicus que la journaliste « est partie « en congé » sans titre de congé, ce qui équivaut à un abandon de poste, pendant plus de deux mois ».

« Elle a certes déposé une demande de congé, mais a estimé pouvoir se permettre de partir sans attendre la décision de la direction. Et une demande de congé n’équivaut pas à un titre de congé. Le moyen le plus simple de vérifier tout cela est de demander à Madame Faïza de produire son titre de congé qui lui a permis de s’absenter du travail pendant deux mois », poursuit-t-il. L’équipe de la rédaction pense que les motivations réelles de ce licenciement reposent plutôt sur les « prises de position publiques de la journaliste sur des sujets aussi divers que la crise d’électricité et la liberté d’expression ».  C’est pourquoi, ils formulent cette demande qui s’apparente à une mise en garde : « Nous vous demandons, au nom de l’ensemble de la Rédaction, de bien vouloir procéder à une annulation pure et simple de votre mesure de licenciement à l’encontre de Faiza Soulé Youssouf ». Et de menacer « d’observer un arrêt de travail les jours à venir en guise de solidarité avec notre consœur, victime d’une lecture biaisée et subjective du droit, mais surtout d’un acharnement injustifié ».Ambiance

 Faïssoili Abdou

Nous vous proposons de lire ci-dessous l’intégralité des déclarations des deux parties.

1-Qu’est-ce que l’affaire Faiza Soulé ?

Comme à leur habitude l’équipe rédactionnelle d’Alwatwan s’est littéralement ruée sur les réseaux sociaux pour exposer à leur façon ce qu’elle appelle l’affaire Faiza Soulé. Que s’est-il passé en réalité et pourquoi est ce que ce n’est pas vraiment une « affaire » ? Faiza Soulé est (était) journaliste à Al-watwan depuis deux ans après avoir été licenciée successivement à l’ex-quotidien Albalad et à Al fadjr.

Elle est partie « en congé » sans titre de congé, ce qui équivaut à un abandon de poste, pendant plus de deux mois. Elle a certes déposé une demande de congé, mais a estimé pouvoir se permettre de partir sans attendre la décision de la direction. Et une demande de congé n’équivaut pas à un titre de congé. Le moyen le plus simple de vérifier tout cela est de demander à Madame Faïza de produire son titre de congé qui lui a permis de s’absenter du travail pendant deux mois.

Pour plaider sa cause devant le directeur, trois « doyens » de la maison dont Ahmed Ali Amir et Hassane Moindjie, ont peint leur consœur comme « une caractérielle, instable et rebelle à toute autorité ». Avouons, pour dire le moins, que ce n’est pas là un plaidoyer qui présente des circonstances atténuantes.

Dans l’embarras, ces « doyens » au lieu de discuter du fait d’abandon de poste, qui est incontestable, préfèrent s’attaquer à la direction en la traitant de tous les noms. La décision prise est pour eux une « fatwa », elle est « brutale », etc.. C’est plutôt verser dans le dénigrement et l’insulte.

Mohamed Abdou Soimadou, directeur de publication du journal Alwatwan

2-Lettre ouverte au Directeur général du journal Al-watwan,

Mohamed Abdou SOIMADOU

Objet: Protestation contre  le licenciement de Faiza Soulé Yousssouf

Monsieur,

Nous venons d’apprendre avec consternation votre décision de licencier notre consœur Faiza Soulé Youssouf, journaliste à Al-watwan depuis novembre 2012, pour  »abandon de poste ».

Nous voudrions vous exprimer, par la présente, notre vive opposition à cette décision dont les motifs nous paraissent mal fondés, en tout cas pas assez solides pour justifier cette  »fatwa ».

Au-delà du cas de Faiza Soulé Youssouf, votre mesure, à laquelle le Conseil d’administration du journal n’a pas été associé, nous interpelle par son caractère brutal, unilatéral et illégal.

Notre consœur a, en effet, bénéficié, dans le cadre de son congé annuel, d’une permission de trente jours. Est-il besoin de vous rappeler qu’il existe, à Al-watwan, une certaine automaticité entre la demande et le fait d’octroyer le congé au requérant. Sauf en cas de personnel non suffisant au sein de la Rédaction.

A titre de rappel, Faiza Soulé Youssouf a dû reporter son départ de congé (pour des raisons de santé), à la demande expresse de la Rédactrice en chef, Saminya Bounou, étant donné que de nombreux journalistes étaient, au même moment, soit en formation à l’extérieur, soit en permission. Quel bel exemple de dévouement!

Une fois partie à l’extérieur, elle s’est scrupuleusement conformée aux conseils que vous lui avez prodigués avant son départ, en vous adressant, notamment, un certificat médical en bonne et due forme (son médecin traitant avait requis un placement sous surveillance de deux mois). Le fait que ce document soit écrit en anglais ne peut aucunement servir de motif valable pour lui dénier la qualité de preuve matérielle.

Monsieur le directeur général,

Malgré vos entretiens avec les  »doyens » de la maison qui, avec insistance, vous ont invité à revenir à de meilleurs sentiments, vous persistez toujours dans votre volonté de renvoyer Faiza Soulé Youssouf (la note de licenciement vient d’être signée à l’heure où nous écrivons ces lignes).

Une fois encore, nous estimons que votre décision (d’une gravité inouïe) n’est pas proportionnelle à la faute prétendument commise. Et nous rendons ici un vibrant hommage à la Directrice adjointe du journal, Saminya Bounou, et au Directeur administratif et financier (Daf), Mohamed Taoufik Thabit, qui se démarquent ouvertement de votre position. Vous ne pouvez pas avoir raison contre tous les autres!

Nous nous interrogeons, par ailleurs, sur les motivations réelles de ce licenciement depuis que, en face de trois responsables d’Al-watwan, vous avez déclaré, sans aucune précaution langagière, que c’était  »une aubaine pour vous débarrasser » de Faiza Soulé Youssouf.

Nous comprenons que les prises de position publiques de la journaliste sur des sujets aussi divers que la crise d’électricité et la liberté d’expression puissent, un moment, vous gêner, mais, de grâce, la gestion du journal Al-watwan ne peut pas être une affaire d’humeur.

Monsieur le directeur général,

Nous vous demandons, au nom de l’ensemble de la Rédaction, de bien vouloir procéder à une annulation pure et simple de votre mesure de licenciement à l’encontre de Faiza Soulé Youssouf.

Dans le cas contraire, nous envisageons d’observer un arrêt de travail les jours à venir en guise de solidarité avec notre consœur, victime d’une lecture biaisée et subjective du droit, mais surtout d’un acharnement injustifié.

En attendant une réponse de votre part, veuillez croire à l’expression de nos salutations distinguées.

 

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