Comores-Politique/ Doit-on craindre le retour du colonel Bacar?

Par Kamal’Eddine Saindou (Journaliste indépendant)

Mohamed Bacar, ex-chef séparatiste d'Anjouan

Mohamed Bacar, ex-chef séparatiste d’Anjouan

Malgré de nombreuses accusations de “tortures et exactions” recensées par l’Association comorienne des droits de l’Homme (ACDH), aucune décision judiciaire ou déclaration publique n’interdit le colonel Mohamed Bacar de revenir dans son pays.

Depuis la capitale béninoise où il est en exil après avoir été chassé du pouvoir par les troupes de l’Union africaine en 2008, le colonel Mohamed Bacar a annoncé ce mardi sur Kwézi-TV, une chaîne de télévision privée mahoraise,  son intention de retourner à Anjouan. L’ex-chef de l’exécutif anjouanais a fait savoir que ce retour se fera avec l’accord  “des partenaires”. Autrement dit, avec l’aval des pays de l’Union africaine et la France, qui l’ont exfiltré d’Anjouan au cours de l’opération militaire “liberté et réconciliation”. Il n’a pas en revanche précisé la date de son retour ni répondu à la question du journaliste sur l’attitude  du gouvernement comorien au sujet de son retour au pays. 

Il faut dire qu’à Moroni, le pouvoir central joue un rôle ambigu. Tantôt il fait l’autruche, pour laisser les autorités anjouanaises en première ligne comme s’il s’agissait d’un problème anjouano-anjouanais, tantôt le souffleur. En réalité, le retour des bakaristes arrange les affaires du président Ikililou Dhoinine et de son entourage, non par souci de réconcilier enfin les Comoriens entre eux, mais pour couper l’herbe au pied de son ex-mentor et parrain, le président Sambi devenu son pire adversaire. A la fin du mois d’août dernier, “deux vice-présidents de l’Union [le pouvoir central comorien, ndlr], ont soutenu et financé la marche que nous avons projeté d’organiser sur Mutsamudu”, a indiqué un soutien du parti bakariste à Anjouan. La manifestation a été cependant interdite par les autorités insulaires qui ont prétexté un “risque de débordement” entre pro et anti bakaristes.

Après 4 années d’exil, celui que la communauté internationale avait accusé de “rébellion” contre la légalité institutionnelle et d’avoir pris “en otage” l’île d’Anjouan au détriment du processus de normalisation engagé pour sortir l’archipel de la crise séparatiste, ne cache pas ses intentions.  A la tête du Renic (Rassemblement pour un nouvel élan des îles Comores), Mohamed Bacar a réitéré son projet d’instaurer une “Confédération des Comores” dans laquelle chaque île pourra “gérer librement ses propres affaires” et s’est fixé trois priorités : “lutter contre la montée du fondamentalisme religieux, arrêter le flux migratoire vers Mayotte et renouer avec la communauté internationale”. Interrogé sur le litige opposant les Comores et la France sur l’île de Mayotte, “ma position n’a pas changé. Il faut accepter le choix des Mahorais” a-t-il déclaré.

Plus que son retour que rien n’oppose de fait, c’est sans doute le maintien de ses positions politiques au cœur du bras de fer qui l’a opposé durant deux années au régime de l’époque et à la communauté internationale, qui risque de rallumer les clivages et les tensions autour du cadre institutionnel, ce serpent de mer, et précipiter le pays vers de nouvelles secousses politiques. Surtout à un moment où le pays se trouve fragilisé par un contexte de dégradation économique, de grogne sociale et se prépare à entamer un long processus électoral propice à la résurgence des vieux démons et aux grandes manœuvres politiciennes dont le pays s’est malheureusement accoutumé.

Un cocktail d’autant plus explosif qu’à moins d’une année de la fin du mandat présidentiel, le régime du président Ikililou Dhoinine se lézarde, coupé de sa base électorale et démuni d’un cap politique clair pour redresser le pays.  A quoi s’ajoutent les incertitudes sur la poursuite ou pas d’une présidence tournante qui s’essouffle et dont une partie de la classe politique et de l’opinion nationale demande de redessiner les contours. Dans ce contexte trouble qui ouvre la voie à tous les scénarios, les principaux artisans du démantèlement de l’archipel, semblent reprendre du service.

Si rien ne s’oppose donc à ce que Mohamed Bacar retrouve son pays et les siens, la similitude avec le retour de Marc Ravalomanana à Madagascar réveille le spectre de la déstabilisation. Sans jouer aux oiseaux de mauvais augure, tout laisse penser que la parenthèse de la  “réconciliation nationale” de 2001 se referme tout doucement laissant apparaître les prémices d’un nouvel acte de la comédie cyclique qui se joue dans cet archipel qui s’apparente depuis 40 ans à un espace sans conscience. Depuis les fameux accords de 1974, dont on ne dira jamais assez au risque d’être accusé de pathologie obsessionnelle, qu’ils ont inscrit dans le marbre, le tragique destin de l’effondrement de ces quatre îles de l’entrée du canal de Mozambique.

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