Quand Idriss Mohamed raconte l’Asec

En librairie/ « Fragments d’expérience. Parcours d’un révolutionnaire comorien », Editions Coelacanthe

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Un plongeon au cœur de ce que fut l’Association des stagiaires et étudiants comoriens (Asec) et son émanation le parti Front démocratique (FD) de 1970 à 2003. C’est ce à quoi nous invite Idriss Mohamed Chanfi, président du comité Maoré, dans son livre « Fragments d’expérience. Parcours d’un révolutionnaire comorien » paru aux Editions Cœlacanthe en août dernier. L’auteur retrace l’histoire de trente années de son engagement politique dans le mouvement révolutionnaire comorien. Un parcours qui se mêle à l’histoire politique de l’archipel. Aux côtés d’Idriss Mohamed, on pénètre dans les coulisses du combat patriotique qui était le sien et celui de sa génération imprégnée par les idées marxistes des années 60. On découvre l’ambiance et l’intensité des débats qui prévalaient à cette époque. Le fonctionnement, les forces et les faiblesses de ce mouvement, les coups bas, les retournements de veste de certains membres de l’organisation y sont également décrits sans ambages. Edifiant…

 Idriss Mohamed Chanfi, fait partie de cette jeunesse qui rêvait de faire la révolution. Avec ses idées progressistes, la jeune élite comorienne du début des années 60, en formation en France, aspirait à faire bouger les lignes dans une société comorienne jugée trop conservatrice. Ils ont lutté pour l’indépendance avant de se battre contre le régime d’Ali Soilihi, puis celui d’Ahmed Abdallah et les mercenaires français. Si le premier les dédaignait, Ali Soilihi, nourrissait « une haine viscérale contre l’Asec », comme l’affirme l’auteur, les seconds, Ahmed Abdallah et les mercenaires, leur ont fait subir les affres de la prison et la torture. Une répression qui a, notamment, connu son apogée à la suite de l’opération militaire avortée de 1985 visant à liquider les affreux de Bob Denard.

Des éminents membres de cette mouvance politique ont, depuis, tourné casaque abandonnant les idéaux qui étaient les leurs au début…« Ils ont cru pouvoir transformer les Comores. Ce sont plutôt eux qui ont été transformés par les dures réalités d’un archipel complexe en proie à la déstabilisation et à l’instabilité », comme le résume Ahmed Ouledi dans son ouvrage dédié à cette association. « Depuis le milieu des années 90, le rêve de l’Asec n’est que ruines », écrivait le journaliste Kamal Eddine Saindou dans un long article consacré à cette« plus puissante organisation étudiante que les Comores aient connues » dans les colonnes du mensuel Kashkazi.

C’est la somme de tout cela que développe Idriss Mohamed Chanfi dans son ouvrage. « L’expérience de l’ASEC et du FD appartient au patrimoine des révolutionnaires comoriens. Le mouvement patriotique et révolutionnaire comorien doit se l’approprier et en tirer le maximum d’enseignements. (…) pour avoir joué un certain rôle dans la direction de ce mouvement, je crois qu’il est de mon devoir d’apporter ma modeste contribution au travail d’appropriation de cette expérience », explique-t-il pour justifier sa démarche.

Le livre « Fragments d’expérience. Parcours d’un révolutionnaire comorien », est, en fait, un récit écrit sous forme d’un carnet de route dans lequel l’auteur raconte, critique, exprime avec la liberté de ton qui le caractérise son point de vue sur les faits qui ont jalonné le combat de sa génération pour faire triompher leurs idéaux. Et cela  dans l’espoir que ce combat puisse inspirer  la génération actuelle dans son engagement politique. D’ailleurs, à la fin de son livre Idriss Mohamed, un des principaux animateurs du Comité Maoré, une structure de la société civile qui milite pour le retour de Mayotte dans son giron naturel, propose des pistes pour redonner vie et sens à la politique. Il prône notamment la constitution d’un large front patriotique susceptible de « rassembler tous les patriotes » autour d’un « programme de salut  national qui donnera un contenu vivant et concret au nouveau patriotisme » comorien. Tout un programme…

Faïssoili Abdou

IDRISS Mohamed Chanfi, Fragments d’expérience. Parcours d’un révolutionnaire comorien, août 2014, Coelacanthe, 148 pages, 14 euros/7000 FC. A commander auprès de : eds_coelacanthe@yahoo.fr ou sur http://www.editions-coelacanthe.com

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