Elections aux Comores : A quoi joue le gouvernement?

Des électeurs devant des listes électorales

Des électeurs devant des listes électorales

Finalement, il apparaît de plus en plus évident  que les élections initialement prévues pour se tenir au mois de novembre prochain n’auront pas lieu à cette date. Le processus déclenché à la fin du mois de juillet avec le décret désignant les membres de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et puis la convocation du collège électoral début août semble avoir du plomb dans l’aile. D’un côté la Ceni peine à se mettre en place et de l’autre le gouvernement comorien rencontre toutes les difficultés du monde à réunir les fonds nécessaires à l’organisation de ce rendez vous électoral.

Rappelez-vous, c’était le 2 août dernier. Quelques heures avant de s’envoler au pays de l’oncle Sam où il allait participer au Sommet Etats-Unis-Afrique, le président comorien Ikililou Dhoinine signe dans la précipitation un décret convoquant le corps électoral pour le 2 novembre 2014 aux fins d’élire « les représentants de la Nation, les Conseillers des îles et les Conseillers municipales ». Cela sans attendre l’aboutissement du processus de mise en place des organes en charge des élections notamment la Ceni. Or, la loi électorale indique clairement que « c’est la Ceni qui propose le chronogramme au chef de l’Etat qui, après, convoque le collège électoral. Mais Iki est allé très vite », rappelle Mahamoudou Ali Mohamed, président du parti Alliance nationale pour les Comores (ANC). Cette célérité du président avait d’ailleurs surpris plus d’un au sein des états majors politiques et de l’opinion publique.

Depuis, le décret du chef de l’Etat désignant les membres de la Ceni  a été contesté et remanié plusieurs fois compliquant encore un peu plus un processus dont, le moins que l’on puisse dire, était mal engagé dès le départ. Alors que les autorités se voulaient rassurant sur la possibilité de la tenue des élections aux dates prévues, plus l’échéance s’approche et plus les espoirs s’amenuisent. Aujourd’hui, il parait évident que les scrutins ne pourront pas se tenir au mois de novembre prochain. « Nous étions convaincus dès la signature du décret que le report était inéluctable du fait du piétinement du code électoral et notamment dans les dispositions concernant la Ceni ainsi que l’incapacité à réunir 3 milliards kmf en trois  mois. Cela étant nous trouvons ce budget extrêmement excessif pour près de 400 000 inscrits. C’est pourquoi nous demandons la plus stricte transparence dans l’aval et l’exécution de ce budget par la Ceni », a réagi, hier,  Houmeid Msaidie, le secrétaire général du parti Radhi. « Juridiquement nous ne sommes pas dans les règles et donc les élections ne peuvent pas se tenir », renchérit Mahamoudou Ali Mohamed du parti Anc, ajoutant que « les autorités avaient maladroitement convoqué le collège électoral alors que les membres de la Ceni n’étaient pas au complet ». Mahamoud Mohamed Elarif, Coordinateur à Ndzouani du parti Juwa de l’ancien président Sambi affirme quant à lui : « le pouvoir se ridiculise. Tout le monde savait que le gouvernement ne pourrait pas organiser ces élections pour deux raisons : ils n’ont pas l’argent et puis ils ont peur de les perdre ». Et de pronostiquer : « En vérité avec la crise actuelle, le pouvoir perdrait les élections à coup sûr. Donc, ils ne les organiseront pas ».

Et pourtant, les membres des partis politiques que nous avons réussi à joindre sont unanimes : « il faut que ces élections se tiennent vite », proclament-ils en chœur, même si certains semblent douter de la volonté réelle du gouvernement à vouloir organiser ce grand rendez vous électoral. « Techniquement les élections, avec la grande volonté de tous, peuvent arithmétiquement se tenir en janvier 2015 », estime le président de l’Anc. « Maintenant nous demandons le respect strict du code électoral dans l’élaboration et l’exécution du chronogramme par la Ceni pour qu’en avril la nouvelle assemblée soit en place », réclame pour sa part Houmeid Msaidie.

Ces membres de partis d’opposition revendiquent aussi qu’ils soient impliqués dans le processus en cours. « Nous ne pouvons pas laisser les autorités gérer seules le processus. Nous devons pousser le gouvernement, l’aider. Mais les intentions des autorités sont elles bonnes ? Veulent-elles vraiment organiser ces élections ? », se questionne le président de l’Anc. Et lui de soulever une interrogation relative à ce nouvel organe en charge des élections qu’est « la direction générale des élections (Dge) », un organe qui semble se superposer à la Ceni et  dont beaucoup de gens s’interrogent sur son utilité. Il s’agit d’ « une administration créée par un décret du 2 août 2014 par Ikililou en catimini et dans la foulée de la convocation du corps électoral. Les autorités n’ont pas communiqués là-dessus et nous savons pourquoi, c’est que la Dge a les mêmes attributions que la Ceni. Sous l’autorité du ministre en charge des élections (le ministère de l’intérieur, donc) la Dge (non prévu par la loi électorale) est un variable qui va troubler le jeu indépendant de la Ceni. Ou bien c’est un variable qui pourrait « remplacer » la Ceni si celle-ci ne peut être mise en place ? », avance Mahamoudou Ali Mohamed, incrédule…

Faïssoili Abdou

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