Sur la Braise/ Chronique. Éternels quémandeurs !

Une vue de l'hôpital de Bambao Mtsanga

Une vue de l’hôpital de Bambao Mtsanga

Il vaut mieux apprendre au pauvre à pêcher plutôt que de lui offrir du poisson tous les jours. Proverbe intelligent qui vient, parait-il, de nos amis les chinois. Ah ! Les chinois ! Ils nous ont pourtant davantage offert qu’appris ! Majestueux édifice pour nos députés et somptueux palais pour nos présidents, écoles, biens d’équipement, médecins coopérants, argent liquide… mais seulement quelques bourses par an dans leurs universités ! Bon il n’y a pas de quoi jaser : ça peut être nous qui n’avons pas demandé, que sais-je !

Dans ce jeu d’attrape-nigaud (pensez au malin pêcheur qui jette un seau d’appât aux poissons pour les attirer dans sa nasse, ou au fermier qui rembourre sa vache pour tirer plus de viande), le manche entamé dernièrement à Bambao-mtsanga est riche en leçons de morale. Dans ce gros village d’Anjouan a été construit un hôpital d’une valeur de 4 milliards de francs comoriens, « symbole de plus de la solidité du partenariat Chine-Comores », qui « a tout pour être un centre hospitalier moderne », selon les qualificatifs d’une haute autorité de l’Etat comorien. « 106 lits, un service de pédiatrie, de gynécologie, une unité d’accueil des urgences, deux blocs opératoires, une unité d’imagerie, un laboratoire d’analyses biologiques, ainsi que d’autres services et équipements ultramodernes », nous l’a-t-on ainsi décrit. Tout donc.

Tout, et rien ! Tout du côté chinois, mais presque rien du côté comorien, l’autre « partenaire » du projet. L’on n’a ni personnel qualifié ni suffisant pour tenir ce « joyau », ni l’argent pour entretenir le bâtiment, l’équipement, et payer le personnel, évalué à plusieurs centaines. Bref, c’est comme offrir un boubou à un serpent ! « Quand il pleuvra de la bouillie, les mendiants auront des fourchettes », dit cette maxime brésilienne.

Après 39 ans de souveraineté, les présidents comoriens roulent dans les mêmes berlines que celles de l’Elysée et touchent les mêmes émoluments que leurs homologues du G8 ! Et c’est à peine croyable lorsqu’on entend un vice-président piailler : « Oh ! Cet hôpital, nous ne pourrons certainement pas le faire fonctionner nous-mêmes ! Nous avons demandé à nos amis chinois de le prendre en charge pour au moins trois ou cinq ans ! C’est du matériel sophistiqué, et puisqu’on dit que certains de nos médecins ont fait leurs emplettes de diplômes à Mada, alors vous imaginez… »

Si toutes les aumônes n’étaient données que par pitié, tous les mendiants seraient déjà morts de faim, disait un certain Friedrich Nietzsche. A méditer.

 

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