« L’écriture est mon refuge, mon oasis, mon ashram »

Coralie Frei, romancière

Coralie Frei, romancière

Un délice littéraire. Voilà, le mot qui s’est imposé pour qualifier le dernier roman de Coralie Frei, « Le journal de Maya »  publié récemment aux Editions le Manuscrit. Il s’agit de l’histoire d’un chat relatée avec talent par cette Comoro-helvète déjà auteure de deux précédents romans « La perle des Comores », « L’autre côté de l’Océan » et de deux CD  de poésies (en français et en allemand). Maya, un « chat de race européenne à dominance siamoise » est « un animal domestique et sophistiqué qui reçoit tout de la vie sans bouger le petit doigt », nous relate l’auteure. Une histoire pleine d’enseignements sur la vie des animaux et des Hommes d’ailleurs…Entretien.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ? Qui est Coralie Frei?

Coralie est le prénom que j’ai choisi de me faire appeler (officiellement) en remplacement de Courachia qui m’avait été attribué sans mon consentement, (une affirmation de ma liberté). FREI (en allemand libre) est le nom que mon époux actuel m’a offert. C’est mon nom marital, qui correspond exactement à ce à quoi j’aspire. Ceux qui ont lu mon roman autobiographique, « La perle des Comores », ainsi que les facebookers et autres internautes qui ne manquent pas de se documenter sur mon profil le savent : J’ai vu le jour à Ouani, île d’Anjouan, archipel des Comores. J’ai quitté les Comores sitôt après l’obtention du baccalauréat (mon passeport pour la liberté) et la célébration de mon grand mariage qui prit fin avec mon départ pour la France, pour poursuivre mes études à Toulouse, Pau, La Réunion et Albi. J’ai obtenu mes diplômes universitaires et autres, me suis remariée, ai travaillé à Albi tout en élevant mes trois garçons et les deux filles du côté de mon mari. Puis… crise de la quarantaine ou démon du midi – c’est comme il vous plaira –, j’ai tout plaqué du jour au lendemain pour suivre le courant de cette rivière turbulente qu’est ma vie, me suis réfugiée dans les montagnes suisses, région d’Appenzell, où j’ai enfin trouvé mon Havre de paix. Voilà mon court CV. Les détails croustillants se trouvent dans mes deux romans autobiographiques : « La perle des Comores » et « L’autre côté de l’Océan ».

 Comment vous définissez-vous, quel genre de romancière êtes-vous ?

Je suis tout simplement une qui se plaît à embellir les histoires vécues, heureuses ou tristes. J’apprécie particulièrement la biographie et l’aventure me tente quelque peu. J’associe le réel au fictif pour alléger mon écriture et la rendre accessible à tous. En revanche, je ne sais pas écrire les polars, car là il faut inventer des intrigues que je ne sais pas trop faire et n’aime pas particulièrement. Je n’en lis pas non plus. Je ne donne pas non plus dans les romans à la rose, les histoires d’amour pures dans lesquelles le dénouement est prévisible du genre « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants », me fatiguent. Oh ! J’en ai eu écrites, mais jamais publiées.

Au début de cette année vous avez publié  un roman intitulé « Le journal de Maya » dont le personnage principal, Maya, est un « chat de race européenne à dominance siamoise ».  Qu’est ce qui se cache derrière ce chat ? Ou est-ce vraiment l’histoire d’un chat que vous racontez ?

 Maya est un animal domestique et sophistiqué qui reçoit tout de la vie sans bouger le petit doigt : un toit au-dessus de la tête, une nourriture de choix, un amour sans conditions, des soins tous azimuts. C’est un être chanceux qui se laisse vivre tout simplement, heureux et libre. À côté de Maya domicilié existent les chats errants qui triment chaque jour de leur existence sans se demander comment va se terminer leur journée et qui, eux aussi, sont heureux et libres. « Le journal de Maya » fait référence aux deux mondes qui sont les miens ; celui où j’ai vu le jour et celui dans lequel je vis. C’est toutefois une histoire réelle, embellie avec des sous-entendus. Un roman quoi. Je l’ai écrite en observant non seulement mes chats – j’en ai toujours un à la portée –, mais également les humains qui les accompagnent, moi y compris. Le comportement des uns et des autres, des uns par rapport aux autres est absolument fascinant. Entendons-nous bien, je ne donne pas dans le comportemental. Je ne juge ni ne condamne. Je n’interprète pas non plus,  je laisse le soin aux lecteurs de le faire, chacun à sa manière et serai très heureuse de lire leurs commentaires, dans mon site internet www.coralie-frei.ch rubrique « blog », ou dans les médias, électroniques ou papier qui ont l’amabilité de présenter mes ouvrages : blogs, journaux, magazine etc.

Quel message voulez-vous passer à travers ce roman ?

Des messages. L’amour et la générosité en est l’un d’eux, la tolérance, le respect de soi et de son prochain, les animaux entre autres. Et si nous autres humains n’étions que des animaux déguisés et ceux que nous considérons comme des animaux des humains pur-sang ? Maya n’est-il peut-être pas qu’un chat ? Et si nous échangions nos places, un peu pour voir quelle est la nôtre parmi les vivants ?  J’ai pris le chat comme personnage principal de mon roman, ç’aurait pu tout autant être une vache, un oiseau, ou tout autre animal à deux, quatre ou sans pattes. Le monde est rempli d’animaux exploitables ( j’y inclus les humains) pour permettre de s’interroger un cours instant et dans la plus simple des situations – celle d’un animal en position domestique pourquoi pas ? – sur le sens de l’existence, le thème principal de mon œuvre. En prenant le temps de réfléchir sur ce qu’on est, on peut peut-être mieux connaître l’autre et l’aimer tel quel : tel est mon principal message.

 Pouvez-vous nous dire pourquoi vous avez choisi ce thème ?

C’est un thème comme un autre. Il se trouvait là un certain soir où je me suis sentie inspirée. Un soir où je m’interrogeais sur ce que j’étais réellement, pour moi-même et aux yeux des autres. Il s’est imposé,  je l’ai adopté et il s’est développé.

 Combien de livres avez-vous écrit jusqu’ici ?

J’en ai écrit quelques-uns mais seulement trois d’entre eux ont vu le jour (en français et en allemand), parce que j’ai osé les présenter au public. Les autres font la sieste dans un tiroir, un carton ou dans un coin de mon ordinateur. Un jour peut-être… J’ai également publié un CD de poésie (également en français et en allemand) accompagnée d’une musique originale composée par mon fils aîné, musicien de profession. Coralie en est le titre. Je n’ai pas encore prévu de publier un recueil de poèmes, je laisse cet exercice aux spécialistes qui l’exécutent à merveille et préfère introduire ma poésie dans mes romans.

Vous écrivez pour quel public ?

J’écris pour tout public confondu, pour les enfants de 9 à 99 ans, quel que soit leur position ou leur milieu social. Toute personne capable de déchiffrer l’écriture latine y trouve son compte. Qu’on aime les animaux ou pas, le chat en particulier, on ne peut qu’aimer Maya. Avec son intelligence, son humour, son humilité et toutes ses autres qualités que le lecteur découvre en lisant son histoire, Maya ne peut que conquérir le cœur de « son ami (e) » qui « l’écoute » raconter sa journée, sur quatre pattes. Quant à mes deux romans autobiographiques, ils sont destinés à la jeune génération comorienne (ainsi que les nostalgiques) et aussi et surtout aux sociétés autres que la comorienne, qui découvrent ainsi Les îles de la lune, la vie telle qu’elle était dans l’ancien archipel des Comores, et qui a très peu changé du reste.

 Quels sont vos thèmes de prédilection et pourquoi ?

L’amour, la tolérance et la générosité, des thèmes faciles à exploiter et à assimiler par et pour tout un chacun. La réflexion sur la signification de la vie, l’impuissance de l’être humain face à un monde corrompu par la violence, la misère et l’injustice sont des thèmes fragiles mais qui ne manquent pas de charme à la lecture.

 Petite, vous rêviez de devenir écrivaine ?

Je n’ai jamais rêvé d’être écrivaine,  je l’ai toujours été dans mon quotidien et dans mon étoffe. J’ai commencé à écrire dès que j’ai été capable de m’exprimer. Mes rédactions dans le primaire et plus tard mes dissertations étaient « des romans », me reprochaient gentiment les enseignants. Mes exposés oraux empiétaient du double ou triple le temps autorisé et mes devoirs écrits prenaient trois pages quand on ne m’en demandait qu’une demie. Il m’était très pénible, voire insupportable d’ôter de mes écrits le moindre petit mot, un mot que j’avais choisi, réfléchi, pesé, soupesé, et adjugé à la mise en page. Aujourd’hui encore, mes éditeurs doivent se battre pour me faire réduire la longueur de mes ouvrages.

 Comment êtes-vous venue à l’écriture ?

Je me suis adonnée à l’écriture quand le moment s’y est présenté. Très tôt. Par exemple au cours d’une situation ennuyeuse dans laquelle j’éprouvais le besoin de m’isoler ; ce fut le cas dès mon jeune âge. J’écris pendant les pauses lors de mes nuits de travail (j’ai eu souvent travaillé la nuit), pour combler un manque, d’assurance ou autre, pour exorciser une colère ou une frustration, pour communiquer avec moi-même et avec les autres de par ma timidité maladive et, le plus important de tout ; pour me faire plaisir. J’écris surtout la nuit, mon inspiration me vient d’elle.

 Qu’est-ce qu’elle représente pour vous ?

L’écriture est mon refuge, mon oasis, mon ashram. Elle nourrit mon esprit, me repose, me console, me stabilise, me stimule, me responsabilise, et j’en passe. Elle me donne de l’assurance. Derrière mon ordinateur ou penchée sur ma feuille de papier,  je me sens sereine, forte, confiante et libre. Avec elle, je ne crains rien ni personne, je m’épanouis. C’est mon amie. Elle ne me juge ni ne m’oblige, je lui confie mes chagrins et mes peines, mes joies et mes satisfactions, elle me comprend, comble mes manquements et me soutient dans toutes mes activités. Elle me réconforte et me protège de la laideur de ce monde.

Comment conciliez-vous vie professionnelle, vie privée et l’écriture ?

Vous l’avez dit, je concilie les trois. Je vis mes trois vies dans une harmonie parfaite. Je suis mère et grand-mère, épouse, employée et, entre deux, je suis moi-même ; c’est là qu’intervient l’écriture. Je n’ai pas de temps libre, il n’y a pas de temps mort dans mon quotidien. J’ai une vie sociale très riche et suis toujours disponible pour ceux que j’aime et les autres. Je déteste m’ennuyer, j’exploite entièrement chaque minute de mon temps de veille.

 Votre impression par rapport à la littérature dans l’archipel des Comores ?

Au temps du colonialisme, seule était étudiée dans les écoles la littérature française. Les écoliers avaient pour référence des Stendhal, Voltaire, Malraux, Diderot, Baudelaire, Rousseau etc., des auteurs français pour la plupart (ou francophones). Les jeunes de nos jours citent encore ces mêmes glorieux auteurs dans leurs compositions, écrites et orales. Une littérature comorienne, latente jusqu’à ce jour est en éveil progressif. Les auteurs comoriens fleurissent de partout dans l’archipel et s’expriment sans trop de référence. Cette jeune littérature comorienne avec son tempérament a de l’avenir. J’ai confiance en une littérature purement comorienne et je suis convaincue que, dans un proche avenir, les jeunes citeront avec fierté leurs poètes, leurs philosophes, leurs romanciers etc.

 Propos recueillis par FAÏSSOILI ABDOU

« Le Journal de Maya », tout comme les précédents romans de Coralie Frei, « La perle des Comores » et « L’autre côté de l’Océan » sont disponibles dans tous les librairies ou aux Editions Le Manuscrit à Paris www.manuscrit.com.

Aux  Comores vous pouvez, vous les procurer :

– à Ndzouani, bibliothèque de Ouani et à l’alliance française à Mutsamudu

 – à Ngazidja, Librairie à la Page et CNDRS à Moroni

– à Mwali, bibliothèque de Fomboni

– à Mayotte, par l’intermédiaire de Madame Hayati Daroussi. Téléphone  06.39.65.09.11

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