Firozali Dramsi/ président d’honneur du Modec: « Seule la confiance des entreprises locales dans l’environnement des affaires peut constituer une vitrine à des investisseurs étrangers « 

FIROZALI Dramsi, ancien président de l'Opaco et actuel président d'honneur du Modec

FIROZALI Dramsi, ancien président de l’Opaco et actuel président d’honneur du Modec

Climat des affaires, dialogue entre secteur public et secteur privé, Modec,prêts bancaires aux entreprises…Firozali Dramsi, le patron de l’hôtel les Arcades à Moroni et président d’honneur du Mouvement des entrepreneurs comoriens (Modec), la principale organisation patronale de l’archipel, nous fait ici le point sur tous ces sujets. Interview…

Pour commencer, pouvez-vous nous présenter brièvement le Modec et sa différence avec l’Opaco?

Enfin le Modec est une organisation représentative de tout le secteur privé comorien avec à la tête une jeune entrepreneuse qui était la vice-présidente de l’Opaco avec des entreprises jeunes nouvellement créées qui ont une culture d’une organisation car elles sont toutes dans le secteur formel avec un esprit d’entreprise plus accentué que le nôtre et qui possèdent donc tous les atouts pour réussir en s’appuyant sur les acquis de l’Opaco. Le seul bémol est qu’aujourd’hui le Modec ne rassemble qu’une centaine d’entreprises ou de commerçants quand on sait que le Service de Fiscalité des Entreprises a identifié 800 entreprises dans le formel quand elles sont au nombre d’au moins trois fois plus en comptant celles qui sont dans l’informel.

 Lors du lancement de votre Mouvement vous avez dit que « Le bureau du MODEC aura la lourde tache de sortir le secteur privé comorien de la léthargie dans laquelle il est plongée, de constituer une institution forte et efficace pour la défense des intérêts des membres, d’œuvrer au développement économique et social des Comores en se constituant en une force de proposition responsable et citoyenne au côté des pouvoirs publics et des partenaires au développement ». Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Oui, lors de mon discours lors de l’Assemblée Générale Elective du Modec j’ai prononcé effectivement cette phrase que vous avez reprise, car l’Opaco dont je fus le dernier Président devait passer le relais à ce nouveau mouvement qui a pris naissance après huit mois de long travail acharné que j’ai mené et avec les organisations professionnelles locales pour leur sensibilisation qu’avec les experts du BIT. La différence profonde entre ces deux organisations est que nous avions les mêmes objectifs de faire représenter chaque secteur d’activités et la différence profonde est que l’Opaco existait en tant qu’organisation patronale reconnue localement, régionalement et internationalement qui demandait en vain aux autres organisations professionnelles de la rejoindre. Le Modec est au contraire créé à la suite d’une volonté commune de toutes les organisations professionnelles représentatives du secteur privé de s’unir pour former un seul bloc pour consolider le dialogue social avec son partenaire l’Etat et au cas échéant constituer un noyau dur de résistance face à l’arbitraire.

Quel est votre appréciation du  climat des affaires aux Comores ?

Le climat des affaires n’est pas propice aux investissements productifs malgré un code des investissements très attractif du fait même du problème de l’énergie et de l’eau d’une part et de réceptif sanitaire d’autre part. Un investissement productif exige de la part d’un pays une visibilité sur un moyen terme de 7 à 10 ans et malheureusement notre pays ne l’offre pas bien que des progrès certains aient été réalisés dans les tournantes où les Comores restent un exemple de démocratie. Il faut avouer qu’un franc placé dans le commerce traditionnel de pure négoce est récupéré au bout d’un an ou moins alors qu’un franc placé dans les l’économie de production est récupéré au bout d’un minimum de 4 ans et qu’aucune mesure d’accompagnement n’est à attendre de l’Etat quand le secteur dans lequel évolue l’entreprise connaît une difficulté structurelle.

Il a toujours été ainsi dans le passé ?

Dans le passé ces contraintes existaient mais la Banque de Développement des Comores avait joué un rôle tampon très appréciable pour soutenir les entreprises en difficulté qui a fini par avoir des difficultés elle-même dans l’équilibrage de ses comptes. On apprend aujourd’hui que cette Banque de Développement des Comores va être privatisée et fonctionner comme les banques d’affaires sur place. Depuis l’abolition du monopole de la BIC, d’autres banques ont vu le jour telles qu’EXIM Bank, la BFC, la MECK, la SNPSF mais elles sont restées toutes comme des banques d’affaires c’est à dire des prêts à des taux exorbitants sur des périodes courtes ne dépassant pas 5 ans, qui ne favorisent pas l’émergence d’une économie de production et on ne peut que déplorer la disparition de notre seule banque de développement. Notre pays ne possède pas de plan cadastre brûlé à 95% sous le régime de Feu Président ALI SOILIHI quand on sait qu’un crédit à moyen terme est subordonné  à la production d’un titre de propriété en garantie du prêt. Même quand les banques octroient des prêts à moyen terme pour certains projets portés par des opérateurs économiques sérieux dans un créneau porteur elles rencontrent des difficultés dans la réalisation des hypothèques en cas de défaillance de l’entreprise car les procédures judiciaires sont longues et fastidieuses.

Quel est l’état des relations entre le gouvernement comorien et le secteur privé ?

Depuis le régime du Président AZALI au régime du Président IKILILOU nous avons œuvré pour instaurer cet indispensable dialogue entre le secteur privé et le secteur public qui s’est soldé par une rupture nette avec le régime SAMBI, quand nous avons dénoncé, dès leur arrivée, les investisseurs opportunistes tels que Bashar, Jaroudi, Kazma, … et d’autres qui conforte aujourd’hui notre vision que le pays allait sombrer dans une impasse difficile à surmonter. Les volontés politiques de tout temps sont affichées pour un partenariat social et économique avec le secteur privé mais elles ne sont pas suivies d’effets et quand il arrive au secteur privé de dénoncer certaines dérives il est considéré comme un parti politique d’opposition et s’en suit une rupture totale dans les rencontres. Il nous est arrivé de dénoncer les hausses illicites du prix des produits pétroliers du fait d’un approvisionnement avec un fournisseur véreux, de dénoncer la concurrence déloyale d’un investisseur étranger qui avait tous les avantages fiscaux pour concurrencer une entreprise nationale dans le concassage, de dénoncer l’octroi des marchés publics à des entreprises étrangères non enregistrées aux Comores sans appel d’offres, de dénoncer l’arrêt brutal d’une entreprise nationale qui voulait desservir les îles et la région par la mise en place d’un bateau aux normes Véritas de 200 passagers parce qu’une exclusivité avait été donnée à une société chinoise fantôme, etc. ….

Est-il facile aujourd’hui, pour  les entreprises comoriennes d’accéder à des prêts bancaires ?

 Je viens de vous relater les difficultés de tous ordres que rencontrent un opérateur économique comorien pour accéder à des prêts bancaires dont le taux du crédit est exorbitant compte tenu du risque pays malgré des opportunités d’affaires nombreuses qui ont un taux de rentabilité interne supérieur à 20%. Les banques qui ont des liquidités énormes sont frileuses pour injecter de l’argent dans l’économie comorienne.

Selon vous qu’est ce qui décourageraient aujourd’hui un investisseur étranger qui souhaiterait venir investir dans l’archipel ?

Quand l’entrepreneur national n’arrive pas à émerger dans son propre pays comment voulez-vous qu’un investisseur étranger parvienne à le faire ? Seule la confiance des entreprises locales dans l’environnement des affaires peut constituer une vitrine à des investisseurs étrangers et je ne parle pas d’opportunistes d’affaires tels que nous avons vus proliférer dans le pays sous le régime de Président SAMBI et les différentes rencontres avec nos partenaires du Golfe n’ont abouti à aucune concrétisation de projet, la Conférence de Maurice pour la reconstruction des Comores, la Conférence de Doha autant de promesses qui sont tombées dans les oubliettes. Outre les problèmes de cadastre et des banques l’épineux problème est l’isolation de notre pays au monde extérieur par carence des transports maritimes fiables, des transports aériens, de l’état de nos routes et des gros problèmes d’eau et d’électricité. Le marché intérieur étant vraiment restreint l’entreprise tournée vers l’économie de production doit pouvoir exporter dans le COMESA et profiter de tous les avantages de cette zone économique et le problème crucial des transports maritimes et aériens doit être résolu. Beaucoup de réformes ont été prises pour l’amélioration du climat d’affaires et je dois reconnaître que l’Etat a consenti beaucoup de sacrifices , le nouveau Code Général des Impôts, la Cour d’Arbitrage des Comores, le Code de Passation des Marchés Publics,  etc … et via le Secrétariat Exécutif des Réformes financé par la Banque Mondiale pour améliorer nos critères de classement pays dans le « Doing Business » dont l’inscription d’hypothèque dans un fichier informatique,  le traitement des dossiers litigieux par la Justice dans des délais raisonnables , la mise en place du crédit bail pour faciliter l’octroi de crédit fournisseur et éviter les garanties hypothécaires, etc.… mais sa stricte application pose problème.

Alors quelles sont les réformes qui vous paraissent urgentes pour donner plus de poids au secteur privé ?

Des réformes plus terre à terre doivent aller vers l’octroi de gros avantages fiscaux aux entreprises qui veulent s’investir dans les transports maritimes et aériens, dans les énergies renouvelables, dans des projets immobiliers pour que les Comoriens puissent accéder à la propriété et tout ce qui touche le tourisme qui sont les créneaux porteurs de l’économie nationale. Et surtout formaliser un dialogue permanent entre le secteur public et le secteur privé pour éviter tous ces dérapages dans les signatures de conventions particulières qui échappent à l’organisme de contrôle des investissements qui est l’Agence Nationale pour la Promotion des Investissements. Elle se trouve souvent court-circuitée par des décideurs politiques dans des circonstances souvent opaques.

Le Modec a-t-elle des relations avec les autres organisations patronales de la région du sud-ouest de l’Océan indien ?

Bien entendu que le Modec, s’appuyant sur les acquis de l’Opaco entretient des bonnes relations avec les organisations patronales de la sous-région de l’Océan Indien mais comme l’Europe il faut une réelle volonté des pays riches comme Maurice et la Réunion pour booster l’économie des pays pauvres comme Seychelles, Madagascar et les Comores et avec le recul je n’ai jamais constaté cette volonté.

Quelles mesures pourraient-être entreprises par les décideurs de cette zone pour booster l’économie de la région ?

L’Union des Chambres de Commerce des Comores s’attèle durement à cette tâche pour palier à tous les problèmes évoqués dans la libre circulation des personnes par la création d’un couloir COI pour affirmer l’identité indianocéanique de la région et d’inciter par l’octroi d’avantages fiscaux les opérateurs économiques œuvrant dans des compagnies maritimes et aériennes, de desservir la région avec des coûts raisonnables.

Il y a quelques mois, vous étiez en pointe parmi les chefs du mouvement de protestation qui se réunissait  régulièrement à la place de l’indépendance pour revendiquer « l’eau et l’électricité ». Depuis vous avez rangez vos pancartes et banderoles. Est-ce à dire que vous avez eu satisfaction de vos revendications ?

Effectivement je fus parmi les responsables du Printemps Ylang et nous avons rangé nos banderoles dans les placards comme vous le dites, car notre mouvement a été interdit. Je n’en veux à personne car ayant permis à des personnes de s’exprimer, elles ont souvent dérivé dans leurs propos et puis la déclaration du Président SAMBI de rallier notre mouvement ainsi que la présence de certains leaders politiques qui ne prenaient pas la parole dans nos meetings a donné une coloration politique à notre mouvement alors que nous restions un mouvement apolitique et pacifique de protestation contre les abus des responsables des sociétés d’Etat. Je pense que nous avons pu sensibiliser les responsables des sociétés d’Etat ainsi que les politiques sur la justesse de nos revendications et que malgré tout des gros efforts ont été fournis pour palier aux carences dénoncées : pour moi ce fut une victoire.

Propos recueillis par Faïssoili Abdou

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